Privilèges

 

 

 

 

 

 

 

Il est fils de comte, de marquis ou de roi. Il est entouré, dès sa naissance, d’une foule de serviteurs. Il sera revêtu des plus beaux vêtements, habitera les plus beaux palais, sera honoré des plus beaux compliments. Il aura des terres nombreuses dans lesquelles travaillent de nombreux serfs, souvent à la limite de la survie. Il n’en saura même pas le nombre. Il peut faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut. Cela est une donnée normale, injustifiable parce que traditionnelle. D’ailleurs il ne s’en aperçoit même pas, c’est tellement dans la nature des choses.

 

Bravo au jeune duc d'Aiguillon (29 ans) et au vicomte de Noailles d’avoir lancé l’idée de « l’abolition des privilèges ». C’était le 4 août  1789. Une révolution ! Une vraie révolution ! Un renversement des choses !

 

 

 

Il est fils de pdg ou de haut fonctionnaire. Il est entouré dès sa naissance de serviteurs. Il est revêtu des plus beaux vêtements, habite de beaux palais, parfois même nationaux. Il sera admis dans les plus grandes écoles. Il peut faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut. Il semble que tout le monde soit à son service.  Et Dieu sait si il y a du monde à l’extérieur, des millions de salariés exploités jusqu’à la corne, des millions de chômeurs, etc. Mais lui n’en a que faire. Parfois quelques-uns parviennent à s’infiltrer dans la caste, c’est bon pour l’apparence d’égalité que l’on veut bien montrer.

 

 

 

Pourtant il en ait qui commence à se tourmenter de cette situation. Dans une note publiée le vendredi 18 août 2017, la banque Natixis alerte les investisseurs sur la possibilité de voir les salariés se révolter face à des inégalités de plus en plus fortes, celles des revenus, le partage toujours en faveur des profits, une pauvreté en progression constante, une faible hausse du salaire depuis l’an 2000 et une hausse constante de la pression fiscale.

 

 

 

Selon OXFAM, huit, oui seulement huit, milliardaires possèdent autant de richesses que 3 milliards 600 millions de personnes soit 50% de la population mondiale.

 

 

 

Que faire ? Nous ne sommes plus dans le cadre d’une nation mais d’une mondialisation à marche forcée.

 

Nous ne sommes même plus dans  le contexte de lois discutées, négociées, acceptées, mais seulement dans celui des chiffres.

 

Nous sommes dans une mécanique aveugle sans foi ni loi.

 

Il faudra bien qu’un jour ou l’autre nous cassions cette machine infernale.

 

Fernand COMTE

 

  25 août 2017

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

Le Mépris

 

 

 

Effrayants, répugnants, ces qualificatifs que donnent nos maîtres au « bas peuple ».

 

 

 

Les « sans-dents », disait déjà l’ancien président. Mais le nouveau en a ajouté salariés illettrés, chômeurs fainéants, nordistes alcooliques, ces gens qui ne sont rien et les bateaux qui amènent du Comorien à Mayotte. Sarkozy avait été jusqu’à l’insulte : « Casse-toi, pauvre con. » Imaginons cinq minutes des suites, si l’insulte avait été lancée non par Sarkozy mais à Sarkozy.

 

 

 

Et cela leur vient tout naturellement. Ce n’est pas calculé, cela fait partie de leur nature. Eux personnellement, ils ne se sentent pas de la même race.

 

Pourtant en France il y a des petits et des grands, des intellectuels et des manuels, des forts et des faibles, des handicapés et des valides, des noirs et des blancs, des malchanceux et des chanceux. Mais de cela ils ne s’en sont jamais aperçus et demandent à l’estropié de courir le cent mètres, au faible de porter de lourds fardeaux. Nous sommes pourtant tous différents.

 

 

 

Curieusement nous sommes encore au Moyen âge quand les féodaux vivaient de fêtes et de chasse, et se rendaient à peine compte que leur subsistance reposait uniquement sur leurs serfs. Leurs terres, disaient-ils. Mais le revenu de ces terres dépendait totalement des hommes qui y vivaient, d’ailleurs très chichement.

 

 

 

Nos maîtres ne se sont pas rendu compte aussi que les plus grandes entreprises françaises sont entre les mains d’héritiers. Ils n’ont donc eu aucun mérite à être là où ils sont. Une chance, un hasard qui est souvent à la base de la réussite quoi qu’on dise. Naturellement on peut ne considérer que ceux qui ont de la chance et c’est ce qu’ils font.

 

Ils veulent gérer l’Etat comme une entreprise industrielle, mais comme la pire des entreprises industrielles, une entreprise prédatrice, exploitant tous les bons coups qui se présentent. Sans se rendre bien compte que toutes ces richesses qu’elles produisent sont en fait l’œuvre de leurs salariés, le résultat de l’exploitation de leurs salariés et cela n’empêche aucunement leurs pdg de s’attribuer des revenus mirobolants, voire dernièrement les 7,2 millions d’euros attribué à Carlos Ghosn.

 

Il est pourtant des entreprises qui se préoccupent du bien être de leurs employés, de l’intérêt au travail, de la qualité des services rendus et de la qualité des objets fabriqués, des entreprises qui tiennent compte de l’avis de chacun. Il y en a même qui donnent le même salaire à tous.

 

Il est vrai qu’elles sont rares et ce sont surtout de petites entreprises.

 

 

 

Cela dit ce ne sont pas à ces exemples que se réfèrent nos gouvernants.

 

Pour eux l’exemple à suivre est la pire des entreprises industrielles, celles qui n’existent que pour le profit.

 

Ainsi les indemnités chômages coûtent cher et ne rapportent rien, réduisons-les avant de les supprimer purement et simplement.

 

Le Coût du travail ! Elle est merveilleuse cette expression qui ne considère que le poids sur  les comptes de l’entreprise et non sur la vie et peut-être même la survie du travailleur. De toutes façons il s’agit de le réduire le plus possible

 

Les négociations sociales, quelle perte de temps et donc d’argent, rendons cela plus simple, mettons simplement l’employé ou le futur employé face à son patron, tant pis si le premier n’a rien d’autre à offrir que lui-même, lui-même d’ailleurs en concurrence avec quelques millions de chômeurs, et que le second a les coudés franches.

 

Les indemnités maladies, il faut surtout que le moins possible puisse en profiter : il faut apprendre aux gens à résister à la maladie.

 

Les retraites, mais elles ne font plus du tout partie de l’économie de croissance, etc.

 

Dans l’ouvrage  « L’économie des Toambapiks », Laurent Cordonnier propose un dialogue aussi imagé que juste. « L’un des protagonistes, Caduc, estime en bon néolibéral que pour résoudre le chômage, il faut remettre les gens au travail, il faut en finir avec l’assistanat. Or son interlocuteur, Happystone, keynésien sans trop le savoir, n’était pas convaincu que ce soit le fait de partir à la recherche des champignons qui faisait pousser les champignons. »[1]

 

Fernand COMTE

 

7 juillet 2017

 



[1] Politis n°1461 6 juillet 12 juillet 2017

 

Le commandeur

Je l’ai vu ce matin : il était à réparer son podium, cette structure qui lui permet de dominer. Il avait pris une planche et voulait l’ajouter à la construction. Une pointe ?  Non, trop bruyante, trop radicale, plutôt une vis, c’est plus « vicieux » et l’on peut toujours serrer la vis sans trop se faire voir.

Il s’installe sur son trône, Celui-ci est très élevé, de là il voit très bien en haut, mais pas du tout en bas. C’est comme une infirmité. Ce n’est pas grave, en bas il n’y a  que bruit, saleté, misère, pauvreté. Rien de bien intéressant.

Il est arrivé là avec l’appui, sinon grâce, aux chansonnettes que lui ont servies sans retenue et sans arrêt ses amis, surtout les amis qui imposent leurs idées à tout le monde, dans les journaux, les télévisions, les medias de toutes sortes.  Il est vrai : c’est un jeune homme beau, grand, paraissant intelligent, capable de parler des heures pour ne rien dire, un vrai bibelot à présenter. Et cela, ils savent vendre et ils l’ont d’ailleurs bien vendu..

Il est arrivé là avec le soutien de beaucoup, mais surtout des plus riches qui dépensent sans compter pour leur propre intérêt. Car il s’agit en fait et uniquement de leur seul intérêt.

On pensait qu’il allait écouter le peuple, en fait, il le corrige, le dompte, le sanctionne, le réprimande comme on fait avec les enfants.

On pensait qu’il allait servir le peuple, en fait il ne fait que l’asservir.

On pensait qu’il allait faire la révolution, il n’a fait que changer les têtes.

Il fait tout comme avant, mais en pire et, cette fois sans scrupule.

Il a la vérité, mais ne la divulgue qu’avec parcimonie.

Sûr de lui, il veut bien converser avec tout le monde, mais reste arrêté sur ses idées.

Son projet n’est que pour les riches, ceux qui font vivre l’économie.

Faire de l’argent est le seul but.

Faire de l’argent avec n’importe quoi, l’industrie d’armement, le nucléaire, l’agriculture intensive, les pesticides, les grands travaux inutiles, etc.

Faire de l’argent même avec les hôpitaux, l’administration, les services publics, les routes, etc.

Faire de l’argent pour les riches et seulement pour les riches.

Faire que les patrons, surtout les grands patrons, aient les mains les plus libres possible pour exploiter leurs employés, les réduire à des « ressources », on dit d’ailleurs « les ressources humaines », les considérer peu à peu comme des machines à bas prix, faire de l’argent sur leur dos.

Faire n’importe quoi pourvu que cela rapporte, quelques qu’en soient les conséquences pour les travailleurs, pour les clients, pour la planète, pour le bien être de chacun. On verra bien plus tard.

 

Faire comme l’Allemagne qui a réussi à augmenter son nombre de pauvres de 15% en un an (Paritätischer Wohlfahrtsverband de 2013). çà, il faut le faire, mais quelle réussite économique (pour les riches du pays) !

Faire comme la Grande Bretagne et ses contrats de travail zéro heure : 1,5 million de contrats avec quelques heures par mois et 1,3 million de plus sans aucune heure travaillée.

Une vraie succès, n’est-ce pas.

Il faut reconnaître que la manipulation est machiavélique : Réussir à se faire donner tout pouvoir précisément par ceux qui sont et ceux qui seront ses victimes.

Et en plus il ne s’en cache pas.

Chapeau l’artiste !

  28 mai 2017

Ce n’est pas de leur faute, ils ne savent pas compter

 

 

 

 

 

Nous, nous savons le prix du ticket de métro, de la baguette de pain et du demi pression dans un bar. Mais eux, ils ne le savent pas, il ne leur est jamais arrivé de prendre le métro, d’acheter une baguette ou de prendre un demi pression, ou bien si cela leur est arrivé c’est que cela leur était offert. Donc l’addition, ils ne savent pas ce que c’est, ils ne savent pas faire.

 

Nous, nous savons le montant d’un loyer de petit appartement à Paris, le prix d’un bleu de travail ou celui d’une bicyclette. Pour eux cela est du chinois, et même le chinois ils savent souvent mieux. Ce qui est sûr, est que ces additions-là sont complètement en dehors de leurs compétences. Ils n’ont jamais fait, ils ne savent pas faire. Ils sont d’une certaine façon handicapés de ce côté.

 

Par contre lorsqu’il s’agit de grosses sommes, ils savent, ils savent même à l’occasion ajouter un zéro et  faire participer la famille, les copains, tout une groupe pour que cela passe. Dans ce domaine, ils savent faire les additions, même si souvent ils les cachent.

 

Un autre monde !

 

Et  ils veulent qu’on leur donne tout pouvoir.

 

Eux qui utilisent un avion  ministériel pour aller prendre leur week-end dans leur « maison » de campagne, une maison aux quatorze chambres, quatorze salles de bain avec robinetterie en or massif, je suppose.

 

Eux qui proposent rien de moins que « du sang et des larmes » - pour les autres naturellement-  afin de sauver la nation. Et en plus ils sont sincères. Ils ont bien vu les choses, mais à leur façon. Vous savez ce que disait Hannah Arendt à propos d’Eichmann, on peut se demander si l’on ne peut pas dire la même chose à leur propos : « Il disait toujours la même chose, avec les mêmes mots. Plus on l’écoutait, plus on se rendait à l’évidence que son incapacité à parler était étroitement liée à son incapacité à penser– à penser notamment du point de vue de quelqu’un d’autre. Il était impossible de communiquer avec lui, non parce qu’il mentait, mais parce qu’il s’entourait du plus efficace des mécanismes de défense contre les mots et la présence des autres, et partant, contre la réalité en tant que telle. »[1]

 

Et nos hommes se présentent tout de même pour sauver la nation.

 

Leur atout, leur seul atout, est leur réussite, leur réussite personnelle, même si celle-ci est plombée par des vices de forme parfois susceptibles de poursuites judiciaires. Mais puisqu’ils ont réussi pour leurs affaires personnelles, ils doivent pouvoir réussir pour les affaires de la nation.

 

Oui, je sais il y a des ratés :  Tapie, Carignon et autres Cahusac. Il y en a d’autres qui frisent la catastrophe : Sarkozi, Le Pen et autres Balkani. On peut même se demander s’ils ne sont pas tous plus ou moins dans cette situation. Mais dans l’ensemble ils réussissent assez bien à cacher les choses déplaisantes ou du moins à les travestir pour le grand public.

 

Aussi des propositions pour les élections présidentielles, il n’y en a à peine besoin : Macron l’avoue lui-même et en distille seulement quelques-unes, mais au compte-goutte. De toutes façons il a du mal à se  défausser de son passé dans le gouvernement Hollande et à ses relations avec les plus gros patrons. En plus « Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le comte de Champignac, dans Spirou ? »  dit Daniel Schneidermann. Quant à  Marine Le Pen, elle pioche dans tous les râteliers tout en gardant sa seule originalité qui est l’exclusion des autres, de tous les autres qui ne sont pas comme elle. 

 

Alors « gourou », « mystique », « évangéliste », tous les surnoms sont possibles pour qualifier les candidats et, à la limite, ils se les donnent eux-mêmes. Oui, ils ont cet aplomb-là pour éviter de dire l’essentiel, un essentiel qu’ils ne connaissent pas. Pour eux seul compte, le fait d’être élu.

 

Nous sommes dans une comédie grotesque dans laquelle on ne parle que du décor.

 

C’est seulement une sorte de concours de beauté !

 

Fernand COMTE

 

14 février 2017

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

 



[1] Hanaah Arendt, Eichmann à Jérusalem, page 117

 

 

 

 

 

Ni de droite ni de gauche

 

 

 

Oui, certains candidats se proposent de n’être ni de droite ni de gauche comme Marine Le Pen ou Emmanuel Macron.

 

Facile à dire, difficile à faire : ni de droite ni de gauche. Ce ne sont que des mots dont le seul but est de ratisser large dans l’électorat. Car être ni de droite ni de gauche, c’est en fait prétendre être à la fois de droite et de gauche, ou plutôt c’est vouloir attirer à la fois les électeurs de droite et les électeurs de gauche ou du moins ceux qui se disent tels. Et cela est-il possible ?

 

« Lorsqu’on me demande, dit le philosophe Alain, si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche. »

 

Il y  a, en effet, une ligne de démarcation : ou bien on défend les exploités (90% de la population) contre les exploiteurs (10%), les pauvres contre les riches, ou bien  on défend les entreprises à tout crin sans soucis ni de ceux qui la font fonctionner, les salariés, ni de ceux pour qui en principe elles sont faites, les consommateurs. « La concurrence libre et non faussée » exige.

 

Il y a même une candidate aux élections présidentielles (Aliot Marie pour ne pas la citer) qui propose de supprimer le droit de grève pour les fonctionnaires. Mais pourquoi s’arrêter en si bonne voie. Supprimons le droit de grève pour toute entreprise, c’est effectivement une gêne pour son fonctionnement, interdisons les syndicats, c’est une perte de temps énorme et diminuons les salaires, pourquoi pas. Sarkozy avait parlé d’une droite décomplexée, ah oui, elle est sérieusement  décomplexée, elle affiche même la couleur, sûre de pouvoir  manipuler les  plus pauvres. Continueront-ils à se laisser faire ?

 

Il y a donc parmi les prétendants en politique ceux qui se soumettent pieds et mains liés aux structures actuelles de l’économie, au libéralisme et  aux dogmes européens, en clair à l’austérité pour les plus pauvres, Sarkozy, toujours lui, parlera « du sang et des larmes », à propos du programme de Fillon.  Il est bon juge.

 

Pour les riches c’est autre chose. Eux, ils dirigent l’économie, donc pas question de les handicaper. Il faut qu’ils soient entièrement libres, qu’ils disposent de tout l’argent possible pour investir ou pour seulement les mettre dans leurs poches.

 

Et puis il y a ceux qui veulent changer cela, changer la politique de l’économie, redonner le pouvoir au politique, aux citoyens, à tous les citoyens, c’est-à-dire en fait refuser que la loi du marché s’impose à toute démocratie, penser aux hommes, à leurs conditions de travail et de vie avant de penser à la rentabilité, préférer le partage à la concurrence, etc. Tout un programme sans doute difficile à mettre au point mais auquel il importe de s’atteler.

 

On voit tout de suite la tendance dans les termes utilisés : certains parlent de « coût du travail » quand d’autres parlent de « niveau de salaire », certains parlent de « plan de sauvetage de l’emploi » que d’autres qualifient de « plans de licenciement », on ne cesse de parler de charges salariales, ce qui n’est que cotisations sociales, donc salaire différé. Et n’oublions pas cette loi du travail que les ministres Macron et El Khomri s’épuisent à déguiser en conquête sociale. Eh oui, on va jusque-là : prétendre qu’un salarié et un patron puissent négocier d’égal à égal, prétendre que la valeur travail est essentielle, le travail de Macron qui négocie une transaction entre Nestlé et je ne sais plus quelle filiale de Pfiser, laquelle lui rapporte au bas mot deux millions d’euros, et le travail du terrassier qui creuse la terre sous la pluie et le vent et peine à vivre de son salaire. Alors il faut tout de même le reconnaître nous n’avons pas à faire au même monde.

 

Mais tout cela n’est pas innocent. Il s’agit seulement de faire passer la pilule : les riches toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres et l’on ne cesse de traiter d’assistés les six millions de chômeurs, précaires et travailleurs harassés dont le produit des impôts vont alimenter les pacte de responsabilité et autre CICE.

 

On me dira nous n’en sommes pas tous là. Oui, il n’y a que six millions de chômeurs, mais il y a aussi les autres.

 

Souvenons-nous alors du poème de Martin Niemöller

 

« Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas communiste.

 

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas syndicaliste.

 

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas juif.

 

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas catholique.

 

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester
 »

 

 

 

Ne votons pas pour nos tortionnaires, même si leurs opposants ne sont pas exactement ce que l’on voudrait qu’ils soient

 

Fernand COMTE

 

29 janvier 2017

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

Au pays des souris

 

« Au pays des souris, les petites souris vivaient, s’amusaient, naissaient et mourraient, un peu comme vous et moi. Elles avaient même un parlement et, tous les quatre ans, elles organisaient des élections. (…) A chaque fois, le jour des élections, les petites souris se rendaient dans les bureaux de vote pour élire leur gouvernement. Un gouvernement composé de gros chats noirs. (…)

Oh, je n’ai rien contre ces chats. Ils étaient plutôt sympathiques. Ils présidaient aux affaires de façon tout à fait digne. Ils votaient de bonnes lois, c’est-à-dire, des lois bonnes pour les chats.

Mais ces lois, bonnes pour les chats, l’étaient beaucoup moins pour les souris.

L’une des lois établissait que les trous des souris devaient être assez grands pour qu’un chat puisse y passer sa patte. Une autre prévoyait que les souris ne devaient se déplacer qu’en-deçà d’une certaine vitesse, de sorte que les chats puissent prendre leur petit-déjeuner sans trop d’effort. Toutes les lois étaient bonnes pour les chats mais ô combien dures pour les souris. Pour ces dernières, la vie devenait de plus en plus difficile.

Lorsque les souris en eurent assez, elles décidèrent qu’il fallait faire quelque chose : elles se rendirent aux urnes en masse. Elles chassèrent les chats noirs du pouvoir, et les remplacèrent par des chats blancs.

Les chats blancs avaient conduit une excellente campagne. Ils avaient dit que ce dont le pays des souris avait besoin, c’était de davantage de vision. Ils avaient expliqué que le problème, c’était les trous ronds qu’utilisaient les souris. « Si vous votez pour nous, nous légiférerons pour que les trous soient carrés. » Et c’est ce qu’ils firent une fois au pouvoir. Les trous carrés étaient deux fois plus larges que les anciens, ronds : les chats pouvaient dorénavant y passer les deux pattes. Et la vie des souris devint encore plus difficile.

Lorsque les souris en eurent assez, elles votèrent contre les chats blancs, et remirent les noirs au pouvoir. Puis, ce fut à nouveau le tour des chats blancs, puis à nouveau celui des noirs. Elles essayèrent même des chats mi-blancs, mi-noirs : elles appelèrent cela une coalition. (…) Il y eut en outre des chats qui imitaient le cri des souris… mais qui mangeaient comme des chats.

Voyez-vous, mes amis. Le problème n’avait rien à voir avec la couleur des chats. Le problème venait du fait qu’il s’agissait de chats. Et en bons chats, ils s’intéressaient plus au sort des chats, qu’à celui des souris.

Un jour, une petite souris eut une idée. Ecoutez bien, mes amis, l’idée de la petite souris. Elle se planta devant les autres souris et leur dit : « Ecoutez les gars, pourquoi est-ce que nous continuons à élire des gouvernements de chats ? Pourquoi n’élirions-nous pas un gouvernement composé de souris ? » « Oh, répondirent les souris, mais c’est un bolchevik ! » Et elles le mirent en prison.

Mais, chers amis, souvenez-vous qu’on peut enfermer une souris ou un homme, mais qu’on ne peut pas enfermer une idée. »

Ainsi parlait Thomas Douglas, dirigeant politique canadien en 1944

 

N’est-ce pas ce qui nous arrive ? Pourquoi donne-t-on toujours le pouvoir à des châtelains milliardaires, Fillon, Macron et autres Le Pen ?

Eh oui, nous allons peut-être passer des chats noirs aux chats blancs, mais ce sont toujours des chats, profiteurs, ne voyant toujours que leurs propres intérêts.

C’est tellement clair dans le projet Fillon :

Augmentation de la TVA, cet impôt que les pauvres payent plus que les riches puisque qu’il repose sur les dépenses et non sur les recettes thésaurisées par les riches.

Retour aux trente-neuf heures et retraites à 65 ans, ce qui ne concerne que les salariés.

Plafonnement des allocations chômages.

Suppression de l’ISF anciennement appelé IGF, impôt sur les grandes fortunes,

Etc.

Tout le monde le sait, l’austérité, ce n’est que pour les pauvres, les riches ne sont pas concernés. Et pourquoi donc les pauvres votent-ils pour les chats ?

Fernand COMTE

 4 décembre 2016

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

Aujourd’hui la servitude volontaire

 

 

 

 

 

La foire aux enchères des candidats à la primaire de la droite.

 

 

 

 

 

Juppé et Sarkozy proposent de supprimer 300 000 emplois publics, Fillon parle même d’en

 

 

 

supprimer  600 000, et Bruno Lemaire un million. Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

 

 

 

Tant pis pour les infirmières qui se crèvent dans les hôpitaux, les postiers stressés au point

 

 

 

de se suicider, les juges qui  traînent des affaires sur des années, les inspecteurs du travail

 

 

 

qui ont quelques milliers d’entreprises sur  les bras.

 

 

 

Tous les candidats et avec un même ensemble condamnent le coût du travail, belle

 

 

 

expression pour ne  pas dire niveau des salaires. Alors on parle de revenir aux 39 heures (payés 35 ou 37 ?)1.

 

 

 

 

 

Tous veulent supprimer le compte pénibilité, tous veulent réduire l’aide médicale d’état.

 

Donc à chacun de trimer sans relâche. Il n’y a plus de limites.

 

 

 

 

 

Tous encore et avec un bel ensemble veulent reculer l’âge de la retraite à 67 ans pour

 

tous.

 

 

 

Et tant pis pour les six millions de chômeurs qui ne trouvent pas de travail.

 

 

 

 

 

Tous veulent réduire les allocations chômage sans dire que déjà la moitié des chômeurs

 

ne  touchent  rien du tout.

 

 

 

Tout le monde sait bien, n’est-ce pas, que, s’ils sont chômeurs c’est qu’ils le veulent bien,

 

car   pourquoi refuseraient-ils de travailler pour des salaires de misère, qui parfois ne leur

 

 

 

permettent même  pas d’avoir un logement.

 

 

 

 

 

Et d’ailleurs, réfléchissons un peu, pourquoi accepteraient-ils de donner leur temps et leurs

 

 

 

forces,même contre de l’argent, pour des journaux fascistes, des usines d’armement, des

 

 

 

fabricants de  pesticides ou autres réacteurs nucléaires quand ils pensent que tout cela est

 

 

 

nuisible à la société? C’est tout simplement une incitation au crime. On pourrait plutôt leur

 

en   savoir gré de ne pas accepter  n’importe quel emploi. Oui, certains acceptent cette

 

 

 

compromission, mais on ne peut pas condamner  ceux qui la refusent.

 

 

 

 

 

 

 

En 1549, Etienne de la Boétie qui n’avait alors que 18 ans publiait « le Discours de la

 

 

 

servitude  volontaire ». Il ne s’agissait alors que d’une situation établie de tout temps.

 

 

 

 

 

« Les hommes nés sous le joug, dit-il, puis nourris et élevés dans la servitude, sans

 

  regarder  plus  avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir

 

d’autres  biens ni d’autres  droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de 

 

nature l’état  de leur naissance […]  L’habitude, qui exerce en toutes choses un si grand

 

pouvoir sur nous, a surtout celui de nous  apprendre à servir et, comme on le raconte de

 

Mithridate, qui finit par  s’habituer au poison, celui de  nous apprendre à avaler le venin de

 

la servitude sans le  trouver amer.»

 

 

 

Mais La Boétie parle d’une situation établie dans laquelle les gens du peuple n’avaient rien

 

à  dire.

 

 

 

Aujourd’hui nous sommes en train de franchir une étape invraisemblable. On demande au

 

 

 

peuple, aux  électeurs d’accepter officiellement l’austérité, soit une servitude aggravée.

 

Non  seulement on leur  demande d’accepter cette dégradation de leur situation, mais on 

 

leur  demande de voter pour, de faire  un acte positif pour s’appauvrir. Du véritable

 

masochisme !

 

 

 

 

 

Les candidats de la droite parlent même de gouverner par ordonnances comme cela on

 

aura  même  plus besoin de demander leur avis aux électeurs ni même à leurs

 

représentants.

 

 

 

Ainsi la coupe est pleine.

 

 

 

 

 

 

 

Il faut voter pour eux et même avec enthousiasme, il faut voter avec enthousiasme pour

 

 

 

notre propre  esclavage parce qu’il n’y a vraiment pas de raison que cela s’arrête.

 

 

 

Fernand COMTE

 

31 octobre 2016

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

 Voir le blog www.fernandcomte.fr

Bouillonnement
 

Comment cuire la daurade au vin blanc ?

Prendre une marmite, y déposer la daurade préalablement vidée bien sûr, la recouvrir de vin

blanc sec, mettre le tout au four, laisser cuire pendant quelque trente minutes. Puis retirer du four

le poisson et le mettre bien au chaud.

Ensuite faire fondre du beurre à feu vif dans une casserole à fond épais, y faire revenir l'échalote

environ 2 minutes.

Ajouter le vin blanc, tout le vin blanc qui a servi à la cuisson du poisson, le faire bouillir à gros

bouillon. Le bouillonnement est essentiel, il envoie dans l’air tout ce qui est accessoire et garde,

met en valeur et purifie la substantifique moelle de la potion. Le bouillonnement remue tout sur

son passage. Il faut que le vin soit réduit non pas à dix pour cent, mais à vingt, trente, cinquante,

voire à quatre-vingt pour cent. Alors vous retirez la casserole du feu, et à cette liqueur ajoutez la

crème. Celle-ci ne doit pas cuire.

Mélanger bien et servir avec le poisson. Bon appétit !

Ici en politique nous en sommes toujours au bouillonnement. Cela part de partout. Les candidats

naissent comme des petits lapins. Ils font des proclamations irréprochables et convaincantes, se

présentent comme les sauveurs de la patrie, font du vent dans tous les médias, rassemblent les

« béni oui oui » de tout le pays. Ça bouillonne ferme. On voit même un ex-président qui a trahi le

suffrage universel en ratifiant un traité européen qu’un referendum avait rejeté à près de 60 %,

revenir demander le même pouvoir à ce même suffrage universel. Quel aplomb ! Mais tout est

possible, n’est-ce pas même les plus grandes contradictions, les plus grandes trahisons.

Pourquoi se compliquer la vie puisque le peuple gobe tout sans problème et que l’essentiel est

de pouvoir se gaver à n’en plus finir au frais des citoyens.

On voit même un jeune ancien ministre de l’économie se lancer dans l’aventure. Pourtant il est

difficile de penser qu’il est près du peuple, lui qui affirme que pour se payer un costard il suffit de

travailler (il oublie qu’il y a 6 millions de chômeurs), que les travailleurs sont trop protégés, lui qui

prône une société sans statut, eh oui « le renard libre dans le poulailler libre ».

Nous en sommes là et au bout du compte ce qu’on aura, est-ce une substantifique moelle ?

Ce sera plutôt

Des autocrates, élus par 10 ou 20 % au maximum de citoyens, qui pourront envoyer 300 000

policiers tabasser les manifestants pacifiques qui les gênent ;

Des autocrates élus par 10 ou 20 % au maximum de citoyens qui pourront nous engager tous,

la France entière, dans une guerre en Afrique ou ailleurs, peut-être même ici et aujourd’hui (cela

n’est pas impensable).

Des autocrates élus par 10 ou 20 % au maximum de citoyens qui pourront détruire (et ils ont

déjà commencé à le faire), par pans entiers, la sécurité sociale, les trente-cinq heures, le salaire

minimum, les conventions collectives, les retraites, les allocations chômage, etc ;

Des autocrates élus par 10 ou 20 % au maximum de citoyens qui se vautreront sur les yachts de leurs amis

milliardaires et se goinfreront au Touquet ou ailleurs ;

Des autocrates élus par 10 ou 20 % au maximum de citoyens qui déjà ne penseront qu’à

conserver leurs places, leurs avantages, leurs privilèges.

Tous peuvent le faire, tous ont le pouvoir de le faire, heureusement tous ne le font pas

Alors quoi faire ? Voter, ne pas voter ? That is the question.

En tout cas ne pas se laisser manipuler.

Et toujours résister, résister partout et toujours.

Fernand COMTE

 

 

La troisième guerre mondiale est une guerre sociale.

 

De 1939 à 1945, lors de la seconde guerre mondiale près de 70 millions de morts en quatre ans. Aujourd'hui dans la guerre sociale menée par l’oligarchie dominante nous n'en sommes encore pas là, mais cela vient, chaque année il y a 2,3 millions de décès dus au travail soit par accident soit par maladie. C'est naturellement plus discret, on en parle peu, sauf lorsqu'il s'agit d'un drame aussi important que l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh qui provoqua d'un seul coup plus de 1100 morts. Et d'ailleurs il manque toujours 6 millions de dollars américains pour indemniser les victimes, comme si les entreprises concernées ne se sentaient pas responsables.

 

Il est évident que les 1 % riches et puissants ont décidé de faire une guerre impitoyable aux 99 % autres. Et cela sans complexe aucun. Ne voyons nous pas le président de Renault sûr de lui, assurant qu'il a toutes les raisons de prendre tout cet argent, même contre la volonté des actionnaires. On se demande bien d'ailleurs pourquoi il ne s'arrête qu'à 7 millions .

 

Il s'agit d'une vraie guerre. Avec la crise de 2008, on a vu des villes entièrement détruites, Détroit, Baltimore. Avec l'affaire des subprimes, nombre d'habitants ont été expulsés de maisons restées intactes lesquelles sont récupérés par les banques prédatrices. Et puis le travail est devenu mécanique. Il n'est plus qu’une marchandise parmi d'autres, une marchandise à exploiter au maximum ou à jeter purement et simplement.

 

Ainsi 1,4 milliards de personnes vivent avec moins de 5 dollars par jour, 166 millions d'enfants sont astreints à des travaux dangereux. Près des trois-quarts de la population mondiale ne bénéficient d’aucune protection sociale.

 

On peut croire que c'est le monde, un monde qui n'est pas le nôtre. Et pourtant on peut voir les signes avant-coureurs d'une telle débâcle. La Grèce est déjà bien avancée dans cette décadence. L'Espagne, le Portugal viendront ensuite. Et la France n'est pas épargnée. La guerre menée par les puissances d'argent n'a pas de frontières. Ce sont les lois Macron et El Khomri. Nous devons réagir avant qu'il ne soit trop tard.

 

Il y a des périodes dans la vie d'un peuple où celui-ci n'a pas d'autres choix que la révolte... Le spectre de la misère hante l’Europe. Les ouvriers et les salariés doivent se dresser unis contre cette bourgeoisie rétrograde qui veut les ramener un siècle en arrière ...

Le corps (social)

 

 

 

Jusqu'ici, - et je ne suis plus tout jeune, - mon corps m'obéissait sans trop renâcler. Je dormais quand j'en avais envie, n'importe où, dans n'importe quelle position, autant de temps qu'il me plaisait et même parfois pas du tout. Je mangeais et buvais à ma façon, sans soucis de choix sinon des miens, de mes plaisirs, c'est-à-dire de mes phantasmes. Je faisais parfois de gros efforts physiques, je m'épuisais en un instant voulant jouir pleinement d'un corps courbaturé qui met du temps à se remettre, c'était comme un retour à la vie. Une vraie jouissance !

 

 

 

Mais voilà-t-il pas qu'un calcul biliaire d'un centimètre et demi de diamètre est venu troubler ce parfait équilibre. Maintenant plus question de liberté. C'est le corps qui commande. Il impose ses rythmes, ses actes. Il ordonne le temps, les lieux, les choses. Je ne dors plus quand je veux mais quand il le décide, je ne mange plus ce que je veux, mais seulement ce qu'il m'accorde, je ne me fatigue plus, il me l'interdit absolument. Parfois même il m'interdit de penser librement. C'est comme si il mettait une limite à ce que mon esprit peut concevoir. Il a pris le pouvoir.

 

 

 

Autant vous dire que ce que je vis me semble être une sorte de parabole de ce qu'est, de ce que devrait vivre, la société aujourd'hui.

 

Depuis de longues années, de longues dizaines d'années, le pouvoir politico-financier commande. Il réduit le corps social à un matériau que l'on prend, que l'on rejette, que l'on exploite, que l'on pressure, que l'on étrangle, que l'on tue à petit feu. Les événements récents montrent à quel point cela se fait sans scrupule aucun comme si c'était tout simplement une loi de la nature. Je ne sais plus quel homme politique français avait parlé de « la droite sans complexe », comme moi je n'avais pas de complexe à utiliser mon corps à ma façon.

 

 

 

Bien mal m'a pris en ce qui me concerne. Pour l'oligarchie, qui nous gouverne, il serait temps qu'elle se rende compte de la situation. Le corps social ne peut pas ne pas se rebiffer comme mon corps physique l'a fait pour moi. Et comme dans mon cas il est le plus fort, le plus persévérant, le plus permanent. Il ne disparaîtra pas d'un coup de baguette magique alors que les puissants peuvent, eux, disparaître au moins sous la forme qu'ils apparaissent et qu'ils agissent aujourd'hui.

 

Il est temps que le corps social prenne conscience de son pouvoir.

 

 

 

Fernand COMTE

 

 6 avril 2016

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

  1.  

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

Par ici la bonne soupe

 

 

 

 

 

Quand on voit l'énergie, la dépense, les déplacements de Sarkozy pour se placer, c'est que la place doit être intéressante.

 

En effet le Président de la République touche  21 026 EUR NET par mois quand Angela MERKEL ne touche elle, que  15 830 EUR, il loge dans un palais quand Madame Merkel rentre tous les soirs dans son appartement, dont elle paie le loyer, les factures d'eau et d'électricité.comme chacun de ses 8 ministres.

 

Quant aux déplacements, l’Élisée possède 121 véhicules, la chancellerie allemande 37. Le président français a à sa disposition  1 «AirbusA330-200 ,  2 Falcon7X,  2 Falcon900 et  3 Hélicoptères Super Puma, la chancelière fédérale voyage en train et en avion sur les lignes aériennes régulières.

 

Et en plus l’État français entretient à pont d'or trois anciens présidents, un vrai gaspillage.

 

On peut se demander effectivement si se présenter aux élections n'est pas d'abord pour gagner de l'argent. D'autant plus que les élus ont bien d'autres sources de revenus plus ou moins occultes. En effet une fois élu, les hommes politiques ne tiennent absolument pas compte des vœux des électeurs. On a vu ce qu'a fait Sarkozy du NON pourtant important au référendum européen.Il n'en a tout simplement pas tenu compte. Le successeur ne fait pas mieux lui qui se prétendait comme l'ennemi de la finance. Tout compte fait ils font ce qu'ils veulent, ils sont les maîtres absolus et

 

L'élection (surtout présidentielle) est

 

une escroquerie de grande envergure,

 

une manipulation mafieuse,

 

un hold-up légal.

 

C'est tellement commode d'écrire des lois pour se donner tous les avantages.

 

On peut se demander s'il n'y a pas un peu de masochisme chez des électeurs qui donnent le pouvoir à leurs propres tortionnaires.

 

J'aimerai bien voter pour un candidat qui se présenterait comme le dernier président de la cinquième république et qui s'engagerait à démissionner sitôt une constitution adoptée.

 

Cette constitution devrait d'ailleurs comporter

 

1 . une assemblée nationale de deux cents députés (au lieu de 577) élus pour cinq ans sur une liste proportionnelle nationale. Il paraît inadmissible que certains citoyens ne soient jamais représentés.

 

2. un sénat composé d'une centaine de citoyens tirés au sort pour un an. Ce sénat est chargé de vérifier si les promesses sont tenues et les règles respectées.

 

 

 

Car il y aurait des règles strictes :

 

1 .Pas de cumul de mandat et seulement deux mandats successifs.

 

2. Pas de cadeau : un cadeau avant, pendant ou après les élections rend l'intéressé inéligible .

 

3. Le vote est impératif, il repose sur des propositions précises.

 

4. Chaque élu et les fonctionnaires qui sont sous ses ordres reçoivent le revenu médian de la population qu'il représente, ainsi la moitié de la population considérée gagne moins et l'autre moitié gagne plus. C'est sans doute le seul moyen pour qu'il se sente responsable.

 

5. Par contre à la fin de son mandat, l'élu continue à recevoir ses indemnités jusqu’à ce qu'il ait retrouvé une situation économique normale.

 

6. L’élection est révocatoire : le sénat des citoyens tirés au sort peut y mettre fin comme le quart des électeurs.

 

7. Et naturellement le referendum d’initiative populaire.

 

Impossible direz-vous. Il est vrai que les féodalités en place feront tout pour garder leurs privilèges. On voit ce qui s'est passé en Islande, ce qui aurait pu se passer en Grèce. Il est vrai que dans ces pays il y a eu une balayage important de tous les caciques de la politique. A vous les Jeunes de vous remuer !

 

On dira aussi que l'on va se priver de compétence. Mais ces soi-disant compétences ont jusqu'ici montré surtout leur incompétence.

 

C'est utopique, oui c'est vrai.

 

« L’utopie est à l’horizon, dit E Galeano. Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas. Je fais dix pas de plus, elle s’éloigne de dix pas. Aussi loin que je puisse marcher, je ne l’attendrai jamais. À quoi sert l’utopie ? À cela : elle sert à avancer. »

 

19 Février 2016

 

 

 

Les techniques de domination

 

 

 

 

 

« On reproche aux jeunes gens d'user de la violence. Mais ne sommes-nous pas dans un état de violence perpétuelle ? Parce que nous sommes nés et que nous avons grandi dans un cachot, nous ne remarquons plus la fosse où nous sommes, avec des fers aux mains et aux pieds et un bâillon sur la bouche. Qu'appelez-vous légalité ? Une loi qui fait de la grande masse des citoyens un bétail bon pour la corvée afin de satisfaire les besoins artificiels d'une minorité insignifiante et corrompue ? Et cette loi que soutient la brutalité d'unpouvoir militaire et la roublardise imbécile de ces agents, cette loi est une violence brutale et perpétuelle faite au droit et à la saine raison et je combattrai contre elle, en parole et en action, où je pourrai. »

 

Georges Büchner, Lettre à sa famille, 5 avril 1833

 

 

 

Nous savons aujourd'hui combien les dominants, c'est-à-dire l'oligarchie politico-financière, s'imposent de façon de plus en plus outrancière, sur les dominés soit sur plus de 99 % de la population.

 

Les techniques utilisées pour ce faire sont des plus puissantes.

 

Les techniques les plus cruelles sont celles que décrit Noami Klein, dans « la stratégie du choc1« .

 

Ainsi on utilise une catastrophe naturelle, tel un tsunami, pour transformer complètement un territoire. Ainsi en 2004, la plage de rêve des Maldives s’est vue « nettoyée » de ses cabanes de pêcheurs par un tsunami, les politiciens et les hommes d’affaires ont alors envoyé la police pour empêcher les pêcheurs de revenir sur leur plage et reconstruire leurs cabanes. La plage « vierge » de son passé était totalement disponible pour bâtir de nouveaux complexes touristiques pour les vacanciers milliardaires du monde entier. Une terre véritablement volée par la force !

 

Mais s'il n'y a pas de catastrophe naturelle on la provoque ainsi le 11 septembre 1973, au Chili, un coup d’État militaire renverse la social-démocratie du président élu démocratiquement, Salvador Allende. C'est la chute d’un gouvernement qui gênait les intérêts de Washington. Alors une équipe de jeunes économistes sud-américains formés à l’école de Milton Friedman allait appliquer la norme néolibérale : privatisation – déréglementation – réduction des dépenses sociales.

 

Les techniques les plus indolores comme celle qui est magnifiquement illustrée par l'histoire de la grenouille : vous mettez une grenouille dans une casserole d'eau froide... puis vous portez la casserole à ébullition. Au fur et à mesure que la température monte, la grenouille s'acclimate, s'adapte au changement, ne bronche pas ; elle ne ressent pas l'envie de sortir. Alors que si vous changez trop brutalement son environnement et la plongez sans acclimatation préalable dans de l'eau bouillante, elle donnera un grand coup de patte et sortira immédiatement. Les grands de ce monde ont bien compris cette très simple théorie...mais pas nous, qui continuons à barboter gentiment, alors que la température ne cesse de monter.

 

La conclusion tragique de cette métaphore est pourtant que: la grenouille ne réagissant pas , fini par mourir dans sa casserole d'eau chaude. N'est-ce pas un peu ce qui se passe avec les mesures d'austérité imposées actuellement pas le gouvernement
Les techniques les plus rabâchées : il s'agit de la crise, de la dette. Nous vivons, paraît-il, au-dessus de nos moyens. Alors il nous faut réduire notre train de vie, entendons bien il s'agit du train de vie des plus pauvres, parce que les riches, eux, ne vivent pas au-dessus de leurs moyens, bien au contraire : Le PDG de Dassault touche 14 900 000 euros par an, soit 1112 années de SMIC, le salaire moyen des pdg du CAC 40 est de 2,25 millions d'euros, 40 milliards d'euros ont été donnés aux actionnaires du CAC 40 en 2013, en vingt ans c'est plus de 370 milliards d'euros qui a été donnés aux entreprises, 370 milliards pris sur les impôts de tous. La fraude fiscale en France est entre 60 et 80 milliards par an et ce n'est sans doute que la partie immergée de l'iceberg.

 

Les techniques les plus directes : il s'agit alors de la flexibilité du travail et de la précarité de l’emploi, l’individualisation des rémunérations et des carrières au service de la concurrence entre salariés, l’acceptation de conditions de travail dégradées par des salariés craignant le chômage, la suspicion généralisée envers les arrêts de travail, l’introduction brutale des méthodes managériales privées dans les services publics, les atteintes répétées à l’expression du droit syndical et l’intimidation caractérisée envers les velléités d’adhésion syndicale des salariés dans les entreprises de taille modeste, etc. Et surtout depuis quelques dizaines d'années les 10% de la part salariale volées aux travailleurs pour augmenter la part des propriétaires.

 

Les techniques les plus élaborées : eh oui, alors on change les mots : les cotisations salariales sont devenues subrepticement les charges salariales ainsi des parts salariales, appartenant donc au salariés, ce ne sont plus que charges imposées aux patrons ; les chômeurs ne seront bientôt plus des victimes mais des assistés ; il n'y a plus de salariés mais seulement des collaborateurs ; Le CNPF, Conseil National du Patronat français est devenu le MEDEF, le mouvement des Entreprises françaises.

 

Les organisations syndicales et patronales sont devenus partenaires sociaux, gouverner est devenu gouvernance, "programme politique" ,"feuille de route", et dans les services publics l'usager est devenu client, et il ne sera bientôt plus qu'un consommateur ... ? Une évolution sémantique qui n'est pas le fruit du hasard.

 

Les techniques les plus incontournables : les media s'imposent à tous : ce sont télévision, radio et journaux à grand tirage. Les dominants savent bien que ces moyens leur permettent de s'imposer. On est loin des décisions du Conseil National de la Résistance qui voulait assurer "la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances de l’argent et des influences étrangères " Aujourd'hui tous les grands médias sont entre les mains des multinationales, c'est-à-dire des "puissances d'argent" comme disait le texte du CNR2.

 

Les techniques les plus vitales : la pub et les supermarchés. Spots à la radio, à la télévision, affiches et panneaux dans la rue, dans les bus, nouveaux écrans envahissants dans le métro, messages multiples sur Internet… chaque jour nous sommes matraqués par des dizaines de milliers d’images et de slogans publicitaires pour nous inciter à consommer toujours plus, toujours plus vite. Alors que nous étions confrontés dans les années 90 à une moyenne de quelques centaines de messages publicitaires par jour, ce chiffre a explosé ces dernières années, atteignant les 3000 spots quotidiens. Or leurs effets sur nos vies, tant dans notre intimité que dans l’espace public, ne sont pas neutres. L’idéologie publicitaire, pour ses détracteurs, est le principal instrument de propagande nous incitant à adopter un comportement d’hyperconsommateur. Or notre monde est de plus en plus fragile, en pleine crise écologique, et on nous demande dans le même temps d’adopter des comportements éco-responsables.

 

Les techniques soi-disant les plus rationnelles : eh, oui, la justification rationnelle de la concurrence "libre et non faussée" doit permettre les prix les plus bas et la meilleure qualité, la justification rationnelle de la baisse des salaires doit aussi permettre les prix les plus bas, la liberté totale donnée aux employeurs doit permettre plus de croissance et même l'enrichissement des plus riches permet plus de miettes pour les pauvres. Le raisonnement est parfait mais il suppose précisément que tout soit parfait, et l'honnêteté des protagonistes, et la connaissance parfaite de tous les dossiers, et la fixation des prix, etc. Et si tout n'est pas parfait.…

 

Les techniques les plus expéditives qui assemblent en fait toutes les autres : l'argent. L'invention de la monnaie est une trouvaille merveilleuse. Elle facilite les relations les uns avec les autres. Malheureusement elle a vite prise les défauts de l'homme intéressé et cupide. Elle s'est même imposée dans des secteurs où elle devrait être plutôt malvenue : santé, éducation, culture et surtout politique. Les riches peuvent se permettent d'acheter le temps des pauvres, la force des pauvres, la santé des pauvres, la vie des pauvres. Et ils le font. Les pauvres n'en peuvent mais, c'est une question de survie.

 

 

 

Et voyez ce que cela donne :

 



 

« En 2015, 62 personnes possédaient à elles seules les mêmes richesses que 3,5 milliards de personnes (soit la moitié la plus pauvre de l'humanité), contre 388 personnes en 2010 », rappelle le dernier rapport Oxfam sur les inégalités, publié le 18 janvier. Ces 62 milliardaires ont vu leur fortune augmenter à la vitesse de la lumière : + 44 % entre 2010 et 2015, soit une hausse de 542 milliards de dollars. Leur fortune cumulée représente désormais 1 760 milliards de dollars. Dans le même temps, « les richesses de la moitié la plus pauvre de l'humanité ont diminué de plus de mille milliards de dollars au cours de la même période, soit une chute de 41 % », souligne Oxfam.

 

Entre 1988 et 2011, les 10 % les plus riches dans le monde ont capté 46 % de la croissance des revenus. Dans le même temps, les 10 % les plus pauvres n’en recevaient que 0,6 %.

 

 

 

1 Naomi Klein, La stratégie du choc, Acte Sud

 

2 Serge HALIMI, Les Nouveaux Chiens de Garde, Liber-Raison d'agir

Tout va très bien, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien

Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Un incident, une bêtise,
La mort de votre jument grise
Mais à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Martin, quelles nouvelles
Ma jument grise, morte aujourd'hui ?
Expliquez moi, cocher fidèle,
Comment cela s'est- il produit ?

Cela n'est rien, madame la Marquise
Cela n'est rien, tout va très,

Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Elle a périt dans l'incendie
Qui détruisit vos écuries
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Pascal, quelles nouvelles
Mes écuries ont donc brûlé ?
Expliquez moi, mon chef modèle
Comment cela s'est- il passé
Cela n'est rien, madame la Marquise,
Cela n'est rien, tout va très bien !
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Si l'écurie brûla madame,
C'est qu'le château était en flamme,
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Lucas, quelles nouvelles
Notre château est donc détruit ?
Expliquez moi car je chancelle !
Comment cela s'est- il produit ?
Eh! bien voilà, madame la Marquise
Apprenant qu'il était ruiné

A peine fut- il rev'nu de sa surprise
Qu' Monsieur l'Marquis s'est suicidé
Et c'est en ramassant la pelle
Qu'il renversa toutes les chandelles
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut
Le vent soufflant sur l'incendie,
Le propageant sur l'écurie
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre jument
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien,tout va très bien !

Voici ce que n'a pas dit mais ce qu'aurait pu dire la conclusion de la COP 21:

Nous savons que nous nous précipitons vers une catastrophe climatique irrémédiable. Nous en connaissons les causes qui sont innombrables. Mais les principales dont les responsables réunis à Paris ont été dessaisis par certains d'entre eux sont 

• le commerce international que les EU et la Commission européenne veulent absolument sans entrave même s'il est criminel;

• les transports aériens et maritimes que les mêmes veulent maintenir même s'ils polluent la planète entière;

• les industries extractives qui épuisent le terre, même si certains pays ne vivent que de çà;

•  La fuite en avant sans contrôle ni réflexion des productions  quelques qu'elles soient:

• etc.

 

 

Non, quoi qu'on dise la cop 21  officielle est un échec désastreux puisqu'elle n'a rien résolu. Ils étaient pourtant tous là, les maîtres du monde.

L'appât du gain l'a emporté sur l'instinct de conservation

 

Par contre le mouvement social qu'elle a suscité a été un vrai succès, même si les autorités ont tout fait pour l'interdire - et peut-être même parce qu'elles ont tout fait pour l'interdire -. Merci à eux.

Il a montré que les choses avancent localement, que le public est conscient des problèmes d'adaptation, du changement de vie nécessaire à la nouvelle situation climatique, que de multiples opérations se font à travers le monde entier .

Syndicats, ONGs environnementalistes et de solidarité internationale, mouvements sociaux, groupes de foi ou de jeunesse, ils ont des histoires très différentes et  ne  sont  pas  nécessairement  d’accord  sur  tout,  mais  ce qui les rassemble c'est cette certitude : la crise climatique nous concerne tou.te.s. Elle affecte déjà les plus démuni.e.s et elle menace ce qui est le plus cher : l'environnement, les vies et les saisons qui les rythment. Face à l’inertie des décideurs ils ont fait le choix de se retrouver et de s'organiser afin d’amplifier le mouvement pour la justice climatique, qu’il ne soit pas celui d’un seul Sommet mais bien celui par lequel le changement nécessaire s’imposera durablement.

Il est vrai que, si les décideurs restent dans leurs pantoufles, le monde bouge.

Il y a eu le printemps arabe, les Indignés ici et là, Syriza, Podemos, puis le Portugal, et même le parti travailliste  en Grande Bretagne. Tout ce remue-ménage montre à l'évidence combien les autorités politiques sont complètement séparées de ceux qu'ils devraient représenter. Cela ne peut durer.

Malheureusement en France cela ne bouge pas beaucoup.

Nous assistons de temps en temps à une querelle entre deux protagonistes. On se souvient du débat entre Sarkozy et Ségolène dans lequel les mensonges et approximations étaient pléthores, on se souvient aussi de celui de Hollande et de Sarkozy qui n'avait rien à voir avec la politique et n'était que l'occasion d'envoyer des flèches à l'adversaire.

Une sorte de combat de coqs qui a fait les choux gras des médias.

Et l'on ne dira pas que Madame LE PEN va arranger les choses  : elle est pire que tous les autres, une véritable caricature. Elle passe son temps à attaquer, maniant avec  dextérité contre-vérités, outrances et simplifications et développe tout son talent à dire "tout pour moi, rien pour les autres"

Allons Français réveillez-vous.

Ce sont là mes voeux pour la nouvelle année.

Le 30 décembre 2015

 

Les mots et les choses

 

Les mots, oui. Dès la première réunion de COP 21, chacun des chefs d'Etat y a été de son bon mot :

Poutine : « Le changement climatique est l’un des défis les plus importants auxquels l’humanité est confrontée ».

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a embrayé. « Nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de l’indécision, des demi-mesures. »

Le président américain, Barack Obama : « Il est presque trop tard, mais si nous laissons de côté les intérêts à court terme, peut-être pourrons-nous inverser la tendance. »
François Hollande : « Nous ne pouvons plus considérer la nature comme un vulgaire et inépuisable réservoir de ressources. »

Et puis les constats :

Le Premier ministre du Tuvalu, état océanien de 26 km2 menacé de submersion : « Personne dans cette salle n’est aussi inquiet que moi. » « Nous sommes au bord de la falaise. Ou bien nous joignons nos efforts ou bien nous tombons tous »

Le président des îles Marshall : « Notre survie en tant que nation dépend des décisions que nous prendrons ici à Paris. » et il ajoute : . « Nous enchaînons déjà les catastrophes naturelles et nous savons que le pire est à venir. »

Le premier ministre du Nigeria : « Les sécheresses et inondations ont entraîné la destruction de structures socio-économiques » de son pays.

Et enfin la question :

Le président des îles Kiribati : « Sommes-nous prêts à consentir les sacrifices pour que ceux sur la ligne de front puissent rester chez eux ? »

Le président serbe. « Notre principale erreur, c’est notre avarice si nous ne sommes pas prêts à changer, nous sommes voués à l’échec. »

Le président du Pérou Ollanta Humala : « Ce ne sont pas les pays pauvres qui ont endommagé la planète, mais les pays riches. A eux, d’abord, de mettre la main au porte-monnaie, et alors nous pourrons tous ensemble nous retrouver dans une grande alliance internationale. La plus vaste de toute l’histoire »,

Là, c’est Evo Morales le plus virulent : « Le capitalisme a, ces deux derniers siècles, donné la formule la plus destructrice. » Pour le président bolivien, « si nous continuons sur le chemin tracé par le capitalisme, nous sommes condamnés à disparaître ».


Et puis il y a les mensonges éhontés :

John Key, le Premier ministre de Nouvelle-Zélande a vanté l’exemplarité de son pays en matière de baisse des subventions aux énergies fossiles et exhorté les autres à faire comme lui alors qu’au même moment le pays « engouffrait des tonnes d’argent pour soutenir la production d’énergies fossiles », d'après le Climate Action Network (CAN) – réseau international de 950 ONG et organisateur des Fossil Fuel Awards. « Les subventions ont été multipliées par sept depuis l’élection de John Key en 2008 », précise leur communiqué. Il a même déclaré que « la Nouvelle-Zélande n’a pas besoin et ne devrait pas être un leader en changement climatique ».

Enfin nous n'en finirions pas de  lister les propos les  plus contradictoires tenus dans cette enceinte. Le plus grave peut-être est que, pendant que tous ces gens formulent de bonnes paroles au Bourget, leurs représentants, (ceux  d’une vingtaine de pays, emmenés par les États-Unis, l’Europe, l’Australie et le Canada) négocient un accord  sur les services (Trade in services agreement ou Tisa, pendant du traité commercial transatlantique Tafta ou Ttip)  et agissent de plus en plus - et dans le secret le plus absolu - pour pousser toujours plus loin l’abaissement des normes et des droits sociaux et environnementaux, l’affaiblissement des États, face à la puissance de l’argent. 

 

Et là des mots, passons donc aux choses.

Aux yeux de Fabius, de Hollande et de bien d'autres, il faudrait parvenir à des accords contraignants. Que veut dire contraignant ? Qui est capable d'imposer aux Etats un accord contraignant? Il n'y a aucune autorité mondiale pour l'imposer.

Et pendant ce temps, les multinationales, au pouvoir dans le monde entier imposent leurs façons de faire.

Il s'agit pour elles, de faire le plus vite possible, le plus de profit possible, quelques que soient les conditions, quelques que soient les dégâts pour les pays, pour les populations, pour la planète. Et personne ne peut rien y faire : ils sont soumis aux actionnaires, multiples et anonymes, petits et grands, qui ont placé ici leur argent pour  qu'il rapporte, un point c'est tout, sans autre considération.

Et ce ne sont pas les panoplies présentées par ces mêmes multinationales,  au Grand Palais, elles aussi soumises au dictat du profit, - sous le label «Solutions COP21» comme s'ils avaient résolu tous les problèmes - qui changent la situation.

C'est sans doute Evo Morales qui a raison ; « si nous continuons sur le chemin tracé par le capitalisme, nous sommes condamnés à disparaître ».

Les multinationales françaises qui sponsorisent la Conférence climat de Paris sont les plus polluantes

Et tout compte fait, cela est normal, ce sont les plus riches. La pollution rapporte. Et en plus leurs contributions pourront être défiscalisées à hauteur de 60%.

Ajoutons que ce sont aussi les plus intéressées, ... intéressées à  ce qu'on ne casse pas trop leur  business, qui  précisément va à l'encontre de ce que la COP21 prétend faire.

Les entreprises sponsors de la COP21 sont donc les suivantes : ACI, Air France, Axa, BNP Paribas, Caisse centrale de réassurance, Caisse des dépôts et consignation, JC Decaux, le transporteur Derichebourg, EDF, Engie (ex GDF Suez), ERDF (filiale d’EDF), Galeries Lafayette, Generali, Ikea, LVMH, Michelin, La Poste, Renault Nissan, Suez Environnement, Syndicat des eaux d’Ile de France (filiale de Veolia).

Finalement, le gouvernement français semble avoir décidé d’accepter à peu près n’importe qui.

EDF et Engie, tout d’abord, vivent surtout du charbon au niveau mondial, BNP Paribas est la principale banque qui finance les énergies fossiles - charbon, gaz et pétrole confondus - et, elle n’a jamais pris aucun engagement en termes de désengagement des énergies fossiles et de retrait du charbon.

 Air France, est opposée à la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation, Renault-Nissan est fabricant d’automobiles extrêmement polluantes, Suez Environnement travaille pour le gaz de schiste français.

 

L’idée est évidemment que l’action en matière climatique ne doit surtout pas remettre en cause l’ordre économique établi.

George Bush avait dit  en 1992 : "le mode de vie Américain n'est pas négociable." Nous en sommes encore là.

 

 

 

Une volte-face indispensable pour la simple survie

 

 

 

La situation climatique, politique et sociale exige un certain nombre de mesures indispensables pour la simple survie de l'humanité.

 

Entre autres, il faudrait

 

 

 

1. que l'Arabie saoudite, le Qatar, le Venezuela et les autres  producteurs de pétrole cessent de considérer leur produit comme la seule richesse de leur pays et ne vivent plus uniquement de cela ;

 

2. que les multinationales ne prennent plus comme seule priorité le profit à court terme, mais tiennent compte, avant toutes choses, de la production à long terme et du bien de leurs clients et de leurs salariés;

 

3. que l'on arrête de vendre des armes partout, toujours, à n'importe qui et à n'importe quel prix;

 

4. que l'on aille plus chercher produits et nourriture à l'autre  bout du monde et que l'on produise le plus possible localement;

 

5. que les banques ne cherchent plus d'abord à capitaliser mais à rendre service au public;

 

6. que la politique suivie par les gouvernements renonce à l'exclusion des autres (immigrés, chômeurs, inadaptés, etc.) et permette plutôt l'accueil et l'intégration;

 

7. que la concurrence, qu'ils disent libre et non faussée, ne soit pas dure et cruelle,  comme elle est en réalité, et ne fasse presque autant de victimes qu'un guerre ouverte et déclarée.

 

 

 

Toutes ces mesures sont exactement l'inverse de ce que font nos gouvernements.

 

La réunion de presque tous les chefs d'Etat du monde à Paris ne va changer les choses. On n'aura droit qu'à de belles paroles, dites pour que ces messieurs gardent leurs statures de présidents.

 

Incapables et incompétents, ils vont nous signer des traités insignifiants, même pas contraignants comme dit le secrétaire d'état américain.

 

C'est une comédie à grand spectacle pour la seule gloire de ceux qui y participent!

 

Pour que  ce soit plus sérieux il faudrait, il est vrai,  un peu de courage politique et de cela, nos dirigeants en sont totalement dépourvus, trop soucieux de leurs propres réélections.

 

 

 

Le changement, disons cette volte-face des politiques ne peut venir que des mouvements populaires.

 

N'est-il pas curieux que les gens du peuple, qui sont les premiers à subir les méfaits des politiques actuelles, ne puissent pas se faire entendre.

 

Nous avons besoin de tous

 

Profitons du déballage public des discours officiels

 

pour faire entendre notre voix.

 

 

L'Europe et la mort de la démocratie

 

 

 

On connaît l'histoire du traité sur la constitution européenne. Refusé par 54,67 % des Français dans le referendum  le 29 mai 2005, mais rhabillé quelques années plus tard par les soins des fonctionnaires européens, il est  ratifié, non plus par referendum, ( cela était trop dangereux!)  mais par voie parlementaire le 4 février 2008. On peut donc se demander si les parlementaires représentent vraiment le peuple souverain.

 

 

 

Mais pourquoi tant de réticences en ce qui concerne la nouvelle constitution européenne? Il y avait sans doute beaucoup de raisons, entre autres "la concurrence libre et non faussée". Mais il en ait une que l'on signale trop rarement. Dans cette constitution, le pouvoir constitué par la commission est exercé par des gens nommés et non pas élus. De plus il leur est demandé de s'engager sous serment de ne solliciter ni d'accepter aucune instruction d'aucun gouvernement ou d'organisme quelconque. Et même chaque Etat s'engage à respecter ce caractère et à ne pas chercher à influencer les membres de la Commission dans l'exécution de leur tâche. Ainsi surtout pas de contact avec l'électeur. On ne dira sans doute pas la même chose des multiples lobbies établis à Bruxelles précisément pour influencer les gens au pouvoir. Jadis le Roi était de droit divin et donc ne dépendait de personne, c'est sans doute la même chose pour ces gens nommés.

 

 

 

Pendant la campagne référendaire on a beaucoup glosé sur l'initiative citoyenne de pétition. Beaucoup de conditions étaient tout de même imposées : un million de signataires issus d'au moins 7 pays et dans chacun de ces pays un quorum devait être atteint correspondant à sa population. Les tenants de la constitution ne manquaient pas de dire : Vous voyez, on tient compte de l'avis des citoyens. Ils oubliaient de préciser que toutes les conditions étant requises et la pétition étant remise à la Commission, il était prévu que celle-ci en faisait ce qu'elle voulait. Elle pouvait même la mettre au panier.

 

 

 

C'est ce qui se passe pour la pétition Stop-Tafta.

 

 

 

Cette pétition a obtenu aujourd'hui 3 263 920 signatures c'est énormément plus que le million prévu par le traité.

 

D'autre part le quorum exigé de sept Etats a été atteint dans 25 Etats sur 28 (seules manquent les 3 pays baltes de l'ex-URSS)

 

 

 

Pourtant il y a presque un an, la Commission européenne a refusé d'accepter le principe de cette initiative citoyenne au motif que celle ci ne peut pas s'appliquer pour un traité en cours de négociations, (Et où ont-ils pris cela?). Les collectifs Stop TAFTA européens ont maintenu cette consultation en appliquant les mêmes règles que l'ICE (initiative citoyenne) officiel, c'est-à-dire un nombre minimum de signatures au total et pour un minimum de pays.

 

Au delà de cette date du 6 octobre, les signatures pourront continuer à être recueillies mais ne seront plus comptabilisées pour la Commission européenne. Le caractère auto-organisée de cette consultation permet de la prolonger dans le but d'informer les habitants et de matérialiser leur opposition. La possibilité, au travers de cette ICE auto-organisée, de recueillir l'adresse mail, peut être un moyen pour les collectifs de nouer de futurs contacts. (WWW.STOP-TTIP.ORG)

 

 

 

8 octobre 2015

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

 Voir le blog www.fernandcomte.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

Il fallait faire l'Europe

 

 

 

 

 

Il fallait faire l'Europe. Trois guerres à quelques dizaines d'années d'intervalle, cela suffit.

 

Des millions de morts, des destructions phénoménales, un qui-vive perpétuel de la population, on ne pouvait continuer ainsi.

 

Simplement en passant dans le plus petit village, on voit la liste des "morts pour la France". Comparée au chiffre de la population, cela paraît presque invraisemblable. Le pays a ainsi perdu la plupart de ses jeunes.

 

De plus, au fur et à mesure que le temps passe, ce n'est plus seulement les armées qui subissent les effets de la guerre mais les populations civiles. Le souvenir d'Hiroshima est là pour nous le rappeler.

 

On se souvient de cette phrase de Jean Paul Sartre :" Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent.". Car on le sait, ce sont surtout les petites gens qui étaient sur le front, ce sont surtout les petites gens qui avaient les armes à la main. Pendant ce temps Renaud fabriquait des tanks pour l'armée allemande.

 

Le Général De Gaulle ne s'y est pas trompé<; il aurait même dit aux patrons à la libération : " Je n'ai vu aucun de vous, Messieurs, à Londres ". C'est un fait qu'ils n'y étaient pas à Londres.

 

Dans les grandes catastrophes, les plus riches s'en tirent toujours. Et c'est ainsi que le programme du Conseil National de la Résistance a pu être écrit sans la pression de l'oligarchie financière dont l'attitude pendant la guerre avait été pour le moins douteuse. C'est ainsi que ce programme a pu amener les avancées sociales, les plus importantes.

 

Mais pour éviter une nouvelle guerre destructrice les états de l'Europe devaient se réunir et travailler ensemble. Ce fut d'abord la Communauté Charbon/Acier. Il fallait en effet reconstruire. L'Europe fut donc d'abord économique et c'était peut-être normal à cette époque tant les besoins matériels étaient criants. Mais après des progrès évidents dans ce domaine, elle continuera à n'être qu'économique : une Europe d'hommes d'affaires et non une Europe des peuples. Les peuples n'ont rien à dire, nous avons vu ce qu'on a fait des différents referendums[1] dont les résultats ne correspondaient pas la ligne directrice des dirigeants, nous voyons ce que l'on fait encore aujourd'hui des referendums et des pétitions signées dans les règles par des millions d'électeurs[2]. Tout cela va directement au panier.

 

Le peuple n'a rien à dire, il ne comprend rien.

 

Car la règle inscrite dans les gènes de la Communauté européenne est "la concurrence libre et non faussée" c'est-à-dire le renard libre dans le poulailler libre.

 

L'Allemagne a bien compris cette loi et elle s'est mise au travail en premier : ce furent le fameuses réformes de Peter Hartz qui ont inventé les Mini-Jobs, des contrats à temps partiel, payés 400 euros par mois et qui n'ouvrent aucun droit à la retraite ou aux allocations chômage et les 1 euro-jobs, ces fameux contrats payé un euro de l’heure, généralement pour des travaux d’intérêt public.

 

En mai 2011, les statistiques officielles faisaient désormais état de 5 millions de mini-jobs et 2 millions de salariés à moins de 6 € l'heure. Les travailleurs pauvres représentent près de 20 % des employés allemands.

 

Aujourd’hui, près d’un travailleur allemand sur cinq est « pauvre ».

 

Cela ne s'est d'ailleurs pas fait sans douleur, Peter Hartz, a été condamné le 25 janvier 2007 par la justice allemande pour avoir activement corrompu des dirigeants syndicalistes.

 

L’Allemagne compte désormais proportionnellement plus de pauvres que la France, alors que le rapport était inverse au milieu des années 1990. Les Allemands les plus riches se portent bien. Les 10 % des Allemands les plus riches qui possédaient 45 % de la richesse privée du pays en 1995 en possédaient 53 % en 2008, alors que les 50 % du bas de l’échelle se partagent 1 % (contre 4 % en 1995).

 

L'Allemagne a donc mené cette campagne. Il faut donc désormais que les autres suivent. "La concurrence libre et non faussée" est sans bavure. Concurrence, disons le clairement, concurrence entre les capitaux. Le prix du capital est la loi suprême, intouchable, le prix du travail n'est plus qu'une variable d'ajustement. Ce dernier monte ou baisse. Il baisse plutôt et d'une façon inexorable, "la concurrence libre et non faussée" l'exige.

 

Les Allemands ont eu Hartz dans les années 2003 et 2005, les Français ont Macron aujourd'hui, sans parler des autres pays de l'Europe, les pays de l'Est, les pays du Nord et du Sud. Ceux-là même qui ne comprennent pas que la Grèce se rebiffe puisqu'ils ont été les premiers à subir les conséquences de cette politique.

 

Ainsi la guerre que l'on a voulu éviter et que l'on a effectivement évité, s'est reporté et d'une façon aussi  cruelle sur un autre plan : elle n'est plus entre nations mais toutes nations confondues entre les classes sociales, entre les riches et surtout les ultra riches et les "classes moyennes" et surtout les plus pauvres.

 

Fernand COMTE

 

 7 Août 2015

 



[1] Au referendum sur le Traité européen en 2005  avait obtenu en France 54,68 % de non. Malgré cela la ratification du traité a été faite par  voie parlementaire le 8 février 2008.  Quant à l'Irlande, le traité rejeté par referendum le 7 juin 2001 par 53,9 % des électeurs, a été de nouveau soumis à referendum le 19 octobre 2002. Ne parlons pas du récent referendum grec considéré comme nul et non avenu.

[2] Il est prévu dans la constitution européenne qu'une pétition signée par un million de citoyens issus de 7 pays de la Communauté doit être examinée par la commission, oui seulement examinée. Une pétition a ainsi été signée dans les conditions requises, la commission n'en a absolument rien fait.

 

 

 

La Grèce, eh oui la Grèce

 

 

 

C'est tout un poème, la Grèce.

 

Depuis la fin du VIIIe siècle avant Jésus-Christ et au moins jusqu'à la fin du IVe siècle, la Grèce fut le théâtre d'événements qui ont marqué l'histoire de l'Occident. Sans revenir sur l'extraordinaire éclosion d'une humanité différente, faite de poésie, d'art, de tragédies, d'épopées, de philosophie, de guerres hélas, de dictatures aussi, (on disait alors tyrannies) mais aussi... de démocratie, sans que tout cela soit bien parfait.

 

Ce sont des sujets toujours actuels. C'est comme si dans ce laboratoire qu'était la Grèce d'il y a plus de vingt-cinq siècles, on étudiait, on essayait, on s'exercerait à toutes les façons de la vie en société. Nous en avons hérité et cette période de la Grèce a été fructueuse et a illuminé toute la civilisation occidentale sans souvent que l'on s'en aperçoive bien.

 

Rappelons simplement un épisode qui nous touche aujourd'hui directement. Il s'agit de la réforme de Solon qui vécut de 640 à 558 av. J.-C. Aristote dit de lui : "Devenu maître du pouvoir, Solon libéra le peuple, en décidant que dès maintenant et à l'avenir personne ne deviendrait esclave en raison de ses dettes. Il fit des lois et abolit toutes les dettes, tant privées que publiques. C'est une réforme qu'on a appelé la délivrance du fardeau."

 

Cette simple anecdote devrait soutenir l'action d'Alexis Tsipras surtout que ce coup d'envoi grec d'il y a plus de deux millénaires n'a peut-être pas été le premier et a été suivi de nombreuses fois sans faire de tremblements de terres.

 

Déjà Hammourabi (vers 1750 avant JC) avait décrété la suppression de toutes les dettes en cas d’inondation ou de tornade. Il était même de tradition dans la dynastie babylonienne, que chaque souverain en montant sur le trône, annule les dettes des paysans pour leur permettre de repartir à zéro.

 

En Egypte, le pharaon Bakenranef (vers 720-715 avant JC) décide une amnistie de la dette et l’abolition de l’esclavage des endettés.

 

Chez les Hébreux tous les cinquante ans, lors de l’année jubilaire les dettes et créances étaient annulées (Lév, 25, 11)

 

Plus proches de nous, les rois de France ne se gênaient pas pour abolir leurs propres dettes. Ils allaient d’ailleurs jusqu’à tuer ou emprisonner leurs créanciers : les Templiers et Fouquet en sont des exemples notoires.

 

Et la tradition se perpétue : en 1776, les treize colonies britanniques d’Amérique du Nord décident de se libérer du fardeau de la dette en déclarant nulles les dettes dues à l’égard de Londres.

 

En 1867, Benito Juarez  refuse d’assumer les emprunts que le régime de l’empereur Maximilien avait contractés auprès de la Société Générale de Paris deux ans plus tôt pour financer l’occupation du Mexique par l’armée française.

 

En 1898, les Etats-Unis, prenant possession de Cuba refusent de payer la dette que l’Espagne leur réclame.

 

En janvier 1918, le gouvernement russe issu de la Révolution de 1917 refuse d’endosser la responsabilité des emprunts de la Russie tsariste et a annulé sans conditions toutes les dettes.

 

Et puis il y a l’annulation de 51 % de la dette de guerre allemande en 1953, l’annulation de la dette d’Irak quand les Etats-Unis sont devenus les maîtres du pays.

 

Etc, Etc.

 

En fait le problème de la dette n'est pas un problème financier, mais un problème politique, ce n'est pas une relation de finance à finance, mais une relation d'homme à homme. En face du pouvoir exorbitant, et capricieux au niveau des conditions, des délais, des intérêts, exercé par les banques, quelques qu'elles soient, il faut imposer la souveraineté des peuples. Ce qu'on fait les rois et chefs d'état dans l'histoire, les peuples peuvent le faire aujourd'hui

 

Bravo à Syriza de poser froidement cette question. La Grèce reste aujourd'hui par son action à la pointe de la civilisation.

 

Fernand COMTE

 

25 janvier 2015

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

 

 

Le Pouvoir

 

Le pouvoir était jadis exercé par les rois : "de droit divin" disait-on. Pourquoi pas? Il suffit d'y croire et les gens sont facilement crédules.

 

 

 

Le pouvoir a maintenant l'apparence de la démocratie. Du moins chez nous.  Eh oui! Ceux qui l'exercent sont élus de temps en temps, tous les cinq, six ou sept ans. Pour obtenir le suffrage des citoyens, ils promettent la lune. L'objectif n'est souvent pas le bien-être des électeurs, mais bien pour eux  l'acquisition d'une situation confortable. Celle-ci une fois acquise, ils n'en font plus qu'à leur tête.

 

 

 

Parler ainsi a l'air d'une caricature. Et pourtant n'y a-t-il pas eu une décision indiscutable du peuple dans un référendum sur la constitution européenne. Les gens y voyaient clairement une régression de la démocratie. Elle a donc été refusée par le peuple à 56%. Et pourtant un chef d'Etat (élu) l'a tout simplement ratifiée sans problème, il est vrai avec la complicité de beaucoup d'élus de tout bord. Qui représentaient-ils les uns et les autres. Et ce Sarkozy, qui a mis tout cela en chantier, a  même l'aplomb de se représenter! Décidément  les citoyens  sont naïfs, ils vont chercher le bâton pour se faire battre.  Allons soyons honnête : le successeur ne fait pas mieux, mais avec moins de panache.

 

 

 

Enfin dans tout cela il y a parfois tout de même le simulacre de la caution populaire. Il est vrai en ce moment, ce n'est qu'un simulacre, mais il laisse l'espoir que cela change.

 

Eh bien avec le Traité transatlantique que l'on est en train de nous concocter, il n'y aura même plus ce simulacre. Le dernier moyen de défense des populations disparaît avec armes et bagages. Un grand bond en arrière!

 

Avec ce traité, et donc avec l'assentiment des politiques de tous poils, les multinationales pourront prendre toutes décisions dans leur intérêt exclusif. Les Etats, les collectivités locales, enfin tout ce qui a l'apparence de la démocratie, ne pourront plus rien, trainés qu'ils  seront, au moindre écart, devant des tribunaux privés

 

.

 

Ainsi tout ce qui pouvait être fait pour le bien du peuple , la sécurité sociale, les règles sur l'emploi, les services publics, etc, passeront désormais au crible du profit de quelques-uns, seul et unique objectif des multinationales.

 

Le traité transatlantique  (TAFTA) est un danger mortel pour la démocratie et pour le bien-être des peuples.

Le Front national, la girouette

 

 

 

On peut s 'attendre d'un homme politique ou d'un parti qu'ils aient des convictions sur les mesures à prendre au niveau de l'état et qu'ils ne changent pas d'opinions comme de chemise. Cela est d'autant plus grave en ce qui les concerne que ce changement d'opinions peut être avant, et aussi après, leurs propres élections. Voilà pourtant ce qui arrive au Front National.

En 1988, Jean Marie Le Pen se faisait un triomphe comme leader européen. Son intervention « se termina dans un climat chaleureux, aux accents de l'Ode à la joie de la IXe symphonie de Beethoven, l'hymne officiel de l'Union Européenne, et aux cris de : "l'Europe, Le Pen, Liberté". »

En 2011, Marine Le Pen affirme : “L'Europe de Bruxelles a imposé partout les principes destructeurs de l'Ultra libéralisme et du libre-échange au détriment des services publics, de l'emploi, de l'équité sociale. Restaurer la souveraineté nationale, cela signifie d'abord sortir du carcan étouffant et destructeur de Bruxelles dans lequel on nous a enfermé malgré nous”

Il ne semble pourtant pas que Marine ait rompu avec Jean Marie.

On a vu aussi ce dernier en appeler à “la suppression, étalée sur cinq ans, de l'impôt sur le revenu” (c'était à l'assemblée nationale le 23 avril 1986).

Pourtant Marine Le Pen affirme dans son projet de 2012 : “ La priorité sera de rendre plus progressif, sans l'alourdir, l'impôt sur le revenu des personnes physiques par la création de nouvelles tranches intermédiaires. La tranche supérieure de l'impôt sur le revenu sera portée à 46%. Ainsi les classes moyennes paieront moins l'impôt sur le revenu, mais les foyers plus aisés le paieront d'avantage.”

Il ne semble pourtant pas que Marine ait rompu avec Jean Marie.

Toujours à l'assemblée nationale, le 29 avril 1986 un député Front national affirme : « C'est notre devoir, et aussi votre intérêt de respecter les droits des actionnaires, car sinon vous ne rendrez pas la confiance aux investisseurs, et si vous ne permettez pas l'investissement, il n'y aura pas d'emploi. »

Pourtant Marine Le Pen dans son projet en 2012 affirme faire « .. face à la volonté toujours plus insistante des marchés financiers, des milliardaires qui détricotent notre industrie et jettent des millions d'hommes et de femmes de notre pays dans le chômage, la précarité et la misère.. »

Ce n'est pas du tout la même politique.

Avouons pour finir qu'il y a quelque contradiction entre les paroles du père et de la fille.

Le premier dit  en 2006 : « Je crois que les gens qui veulent travailler trouveront des employeurs, que les employeurs qui veulent embaucher embaucheront les gens qui sont dignes d'être embauchés, et s'ils juge à l'exercice qu'ils ne sont pas capables d'assumer la tâche dans laquelle ils ont été placés eh bien ils seront obligés de s'en séparer. »

Nous ne sommes pas loin de ce jugement sur la sécurité sociale affirmée dans le National Hebdo du 16 novembre 1995 : « l'habitude de l'irresponsabilité chez le citoyen assisté, et, chez l'état le goût de s'immiscer partout sans rien faire de bien. »

La seconde affirme le 17 décembre 2012 : « La multiplication du travail à temps partiel contraint et le développement incontrôlé des contrats à durée déterminée jettent une partie du salariat dans un précarité financière...Le choc de précarité n'est pas une fatalité ! »

Il y a bien deux esprits différents. D'ailleurs Marine Le Pen est mal à l'aise dans sa défense des milieux populaires. Ce n'est évidemment pas le fond de commerce dans lequel elle a été élevée. Elle reste toujours à la surface, celle qui, croit-elle, peut lui amener des électeurs. Ainsi rien sur sur le triplement des dividendes, rien sur les 200 milliards passés du travail au capital, le mot même d'actionnaire n'est pas cité dans son document de campagne. On sent bien que si les mots ont changé, les choses restent les mêmes.

Il ne s'agit pas de programme politique, il ne s'agit que d'un programme de propagande. Il ne s'agit pas de transformer les structures économiques, il s'agit d'émouvoir, un point c'est tout.

« Mais bon, on peut changer d'avis. Même opérer un demi-tour gauche, à 180°, après avoir incarné l'extrême droite économique. À condition, toutefois, que la nouvelle orientation s'accompagne d'une explication. » (Fakir n°63 Décembre 2013)

 

Fernand COMTE

 

15 décembre 2013

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

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Le Monde comme il va

« Vers une civilisation du loisir » disait Joffre Dumazedier en 1962 et il a publié, avec la collaboration de ses étudiants, un livre portant ce titre. C’était, pensait-il, prémonitoire : de moins en moins de travail, de plus en plus de loisir. On trouve quelque chose de ce constat dans les conclusions de la fameuse réunion des grands décideurs du monde à la fondation Gorbatchev de San Francisco en 1995 : ils ont en effet constaté  l’arrivée de la dénommée Société 20:80, celle dans laquelle le travail de 20 % de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. 80 % de la population restante ainsi s’avérera superflu, ne disposera pas de travail ni d’occasions d’aucun type et nourrira une frustration croissante. 80 % de la population au chômage ! Tout un programme !

 

La conclusion de Joffre Dumazedier, bien sûr, était totalement différente. Il y voyait surtout l’occasion d’un développement extrêmement important du loisir, avec naturellement partage du travail et non accaparement de celui-ci par le petit nombre.  Je me souviens qu’il m’avait dit un jour : « Toi et moi, nous sommes des privilégiés parce que nous faisons un travail qui nous plaît. Mais  une très grosse partie de la population ne voit dans le travail que le moyen de gagner sa vie. C’est pour eux surtout une contrainte. »

 

Et de réfléchir sur les moyens de donner au loisir toute son ampleur. Ainsi parlait-il des trois D : Le délassement qui délivre de la fatigue, le divertissement qui délivre surtout de l’ennui et répond à un besoin de rupture avec l’univers quotidien, enfin le développement de la personnalité et son épanouissement dans un style de vie personnel et social. Un tout autre programme !

 

Il est vrai que nous étions pendant les trente glorieuses. Entre autres, les grandes grèves de 1936 avaient permis les conventions collectives, la semaine de 40 heures et les 15 jours de congés payés. Et puis le Conseil National de la Résistance,  dans lequel le patronat trop compromis avec l’adversaire vaincu n’avait eu que peu d’influence, avait décidé la nationalisation de l'électricité, du gaz et des grandes compagnies d'assurances et surtout  la généralisation de la Sécurité sociale et de la retraite des vieux. On peut dire qu’il s’agissait de véritables victoires  pour la vie en commun.

 

La situation a bien changé. La contre-attaque des puissants est foudroyante, avec la complicité des politiques au pouvoir qu’ils soient de droite ou soi-disant de gauche. Les armes utilisées sont une mondialisation qu’on prétend ne pas pouvoir maîtriser,  une concurrence que l’on revendique comme une loi naturelle, une dette due essentiellement aux niches fiscales qui profitent doublement aux financiers, d’abord par le fait qu’ils paient moins d’impôts et ensuite par les intérêts qu’ils exigent pour les prêts qu’ils font. Et tout cela est mis en musique par une Europe ultralibérale que précisément les Français avaient clairement refusée.

Même des mesures qui auraient pu aller dans le bon sens ont été détournées, ainsi la réduction du temps de travail est devenue créatrice de stress dans les entreprises, stress qui va souvent jusqu’au suicide.  Le Conseil économique, social et environnemental estime, par exemple, qu'il y a entre 300 et 400 suicides liés au travail chaque année. Je me souviens de cette réflexion d’un céréalier de la Beauce, qui n’était pourtant pas dans  la misère : « aujourd’hui on court toujours, on court pour les semailles, on court pour les traitements, on court pour la moisson,  on court même pour les vacances, courir pour prendre l’avion, courir pour revenir, on court, on court. »

Toujours courir parce qu’on a remplacé le service par la course au profit : il ne s’agit plus de répondre aux besoins des uns et des autres, mais d’accumuler. Et les services publics eux-mêmes sont touchés par cette dérive. Les usagers sont devenus des clients qu’il faut faire payer.  Plus de service partout et toujours et à tous, mais recherche continue de la marchandise et de l’acheteur qui rapporteront le plus.  On dit que c’est une nécessité parce que l’argent manque. Et allons donc, il ne manque pas à tout le monde  et c’est bien là que le bât blesse.

Car les hauts salaires s’envolent (Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, gagne  9 240 809 euros annuels, soit 572 fois le smic   et en 2012  Maurice Lévy, s’est vu octroyer une « rémunération conditionnelle différée » de 16 millions d’euros s’ajoutant aux 2,7 millions de salaire annuel).  Il est vrai qu’il y a gros patrons et petits patrons.  Si pour une entreprise de plus de 250 salariés, le salaire moyen du patron est de 17475 euros mensuels, pour celles de 50 salariés il est de 10942 et pour celles de 20 à 49 salariés il est de 6733. Soyons clair ils ne jouent pas dans la même cour de récréation. 

D’autant plus que lorsqu’il s’agit de sous-traitant, - et il s’agit de la moitié des PME -   la situation est gravissime et il peut y avoir jusqu’à sept niveaux de sous-traitance. Jean-Claude Volot, chef d’une grosse entreprise lui-même et médiateur national des relations inter-entreprises a enquêté sur les relations entre sous-traitant et donneur d’ordre. Il a constaté 36 disfonctionnements courants dans ces relations, mais il ajoute  « bien souvent la PME et à juste titre craint des représailles de la part de son client » si elle porte plainte.

Le pouvoir est nettement entre les mains des très grosses entreprises. Et en plus elles paient beaucoup moins d’impôt que les autres : Alors que le taux de l'IS [impôt sur les sociétés] est théoriquement de 33,3% dans l'hexagone, il tombe à 22% pour les entreprises de moins de 500 salariés. A 13% pour celles de plus de 2000 salariés. Et seulement 8% pour celles du CAC 40 ». « A cela il faut ajouter, les mécanismes d'optimisation fiscale ; si bien qu'un quart des entreprises du CAC 40 (Total, Essilor, Danone, Saint-Gobain, Schneider Electric...) n'ont pas payé le moindre impôt en France en 2009 ».

Pendant ce temps les bas salaires stagnent ou même diminuent. En Allemagne 7,5 millions de salariés ne gagnent que 400 euros par mois. La précarité augmente, les contrats à durée déterminée se multiplient. Les Britanniques ont même inventé le contrat zéro heure qui permet aux entreprises de recruter des salariés pour le nombre d'heures dont elles ont besoin, sans autres obligations.

L’esclavage n’est pas loin.

Quand le mouvement social reprendra-t-il du poil de la bête ?

Fernand COMTE

1er décembre 2013

Fernand@fernandcomte.fr

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L’homme total ou l’homme diminué ?

On peut se demander si l’apogée de la nature humaine n’est pas maintenant passée. Il y a eu peut-être une époque où l’homme exerçait, avec beaucoup de liberté, toutes ses facultés intelligence, sensibilité, inventivité, sociabilité, technique, etc. même si les moyens étaient particulièrement limités, et peut-être même surtout parce que les moyens étaient limités et qu’il fallait toujours en inventer. On peut se demander aujourd’hui si l’état actuel de la civilisation lui permet d’être ainsi pleinement un homme, surpassé qu’il est souvent par l’organisation imposée, la sophistication des démarches, par les techniques même, mais surtout par une emprise de plus en plus importante d’un ensemble monstrueux qui décide pratiquement de tout sans en avoir l’air et cela d'une façon anonyme. Le pouvoir, la publicité, les medias permettent à l'individu de n’avoir plus qu’à survivre, c'est-à-dire à rester en vie plutôt qu’à vivre pleinement.

Pourtant l’être humain, chaque individu, a dans son être des potentialités énormes qui ne peuvent que le grandir. Sans doute est-il même impossible de toutes les développer au maximum et qu’il y a, pour chacun, un choix à faire. Artiste, intellectuel, sportif, musicien, chercheur, inventeur, créateur, technicien, - que sais-je ! Chacun est unique. Je ne sais plus quel anthropologue disait que l'être humain, chaque être humain, était une espèce animale à lui tout seul. Sa singularité n'est égale à aucune autre. Il y a bien des ressemblances dès la naissance mais, chaque jour de la vie, celles-ci se dissipent dans une unité toute originale. Ainsi l'un trouvera le visage de « la Joconde » banal, quand l'autre en sera ému à en fondre en larmes, l'un ne pourra supporter l'odeur des bêtes dans une écurie, quand l'autre y trouvera une sorte d'accord avec la nature et la vie. En fait les sens, l'ouïe, la vue, le toucher, le goût, l'odorat, ne sont pas semblables dans chacun, ils ont des aspects qui n'appartiennent singulièrement qu'à l'un ou à l'autre. « Le corps sort du corps par tous les sens »  dit Michel Serres. Quelle richesse, quelle diversité, impossible à encadrer, contrôler, mesurer !

C'est pourtant ce que l'on tente de faire de plus en plus à notre époque. Et pour cela une seule unité de mesure, la quantité, l'argent, comme si toute cette richesse, cette diversité, cet énorme arbre qui s'élève au ciel avec ses multiples branches pouvait se réduire à un tronc unique au raz du sol, aussi gros qu'il puisse être. « L'argent-roi et la marchandisation généralisée des rela­tions humaines, propres aux sociétés capitalistes, tendent à écraser la singularité incommensurable de chaque indi­vidu au profit d'une mesure unique : ce que cela coûte et ce que cela rapporte en espèces sonnantes et trébuchantes. L'être humain est appauvri au profit de l'avoir. Ses sens et ses capacités sont amenuisées par rapport aux potentiali­tés de l'« homme total » (ou « individu complet ») » (Philippe Corcuff, Marx XXIe siècle, textes commentés, Textuel, 2012 page 70). Aujourd'hui il faut tout compter, le prix de l'école, le prix de la santé, le prix de la sécurité, le prix de l'armée, le prix de la fonction publique, jusqu'au prix des lois sociales, code du travail, budget de la justice, etc. Rien n'est jamais présenté que par le prix et chacun s'y attache plus qu'à toute autre chose.

Mon père disait qu’il y avait une avarice des riches et une avarice des pauvres. Mais l’avarice des riches est volontaire, puissante : elle détruit la planète, se nourrit de vols et de rapines, détruit les relations sociales, etc. Elle est souvent plus anonyme que personnelle, mais en cela elle est d'autant plus féroce. L’avarice des pauvres est forcée, individuelle, liée le plus souvent à la survie.  Elle subit toutes les contraintes imposées par celle des riches, sacrifie la qualité, va toujours au plus pressé et au plus vital. Elle ne ressemble à l'avarice des riches que par le fait de compter, de compter la moindre miette, et de recompter, et de surcompter.

Et l'homme  dans tout cela ??

Fernand COMTE

14 août 2013

Fernand@fernandcomte.fr

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MFrance | Réponse 26.07.2017 19.16

Je viens de lire un peu plus tes articles. j'ai ouvert le blog. Ils mettent en mots, en ordre les pensées que j'essaie d'ébaucher. je vais continuer.

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Commentaires

16.01 | 21:50

je regarde ton blog ce soir
c'est bon pour moi: tu y es bien
avant je ne le faisais pas

...
26.07 | 19:16

Je viens de lire un peu plus tes articles. j'ai ouvert le blog. Ils mettent en mots, en ordre les pensées que j'essaie d'ébaucher. je vais continuer.

...
13.08 | 01:08

Bonsoir Fernand, c'est avec plaisir que je viens de decouvrir votre blog. Amities, Lucian

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13.01 | 20:53

bonsoir Fernand. J'ai lu hier votre magistrale démonstration sur l'endettement et ce soir vos voeux de 2014. Cela m'a beaucoup touchée.

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