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L'économie

 

 

 

La lutte des classes

 

 

 

Cette expression est rarement utilisée. Elle a pourtant fait carrière jadis et elle est toujours d’actualité.

 

Ne voit-on pas dans les mesures prônées par Macron sur le code du travail une attaque en règle de la classe des possédants contre celle des travailleurs. On n’avait jamais vu jusqu’ici une offensive aussi complète et sur tous les fronts.

 

● Le plafonnement des indemnités prud’homales,

 

● La baisse des rémunérations

 

● La promotion des contrats courts

 

● La primauté des accords d’entreprises,

 

● La fusion des institutions représentatives du personnel
● La précarité renforcée.

 

 

 

C’est une attaque en règle. Le code du travail conçu pour défendre le travailleur, devient, par un coup de baguette magique, un outil pour défendre l’employeur, et cela  précisément contre le travailleur. Les ressources humaines, le terme est bien choisi. Il s’agit bien d’un matériau à exploiter jusqu’à la corde et tant pis pour le reste.

 

Il paraît que cela est nécessaire pour le développement de l’économie : il faut que les entreprises fassent plus de profit. Mais ne voit-on pas que les profits augmentent partout d’une façon désordonnée et même que les Français battent des records dans ce domaine, ne voit-on pas que les salaires des dirigeants explosent ? Oui le milliardaire américain Warren Buffet a raison quand il dit : «Il y a une guerre de classes, c’est certain, mais c’est ma classe, la classe riche qui fait la guerre et nous sommes en train de la gagner». Et l’on voit l’exhibition sans scrupule de la réussite individuelle, l’autosatisfaction collective des parvenus, le cynisme le plus brutal des riches et la force policière contre les plus faibles.

 

C’est une véritable guerre sans rime ni raison. Ils la font seulement pour écraser l’adversaire. Ils n’auront aucun résultat sinon l’augmentation de la pauvreté, la misère accumulée du plus grand nombre. Bernard Thibault a sans doute raison quand il dit que la prochaine guerre mondiale sera sociale.

 

 

 

Et pourtant nous avions connu d’autres développements :

 

● 1900, la journée de travail à 10 heures

 

● 1936, la semaine de quarante heures et les congés payés,

 

● 1945, la sécurité sociale et les allocations familiales,

 

● 1981, les 39 heures de travail hebdomadaires, les augmentations du SMIG, le minimum vieillesse, la retraite a 60 ans

 

● 1988, le RMI,

 

● 1999, la CMU.

 

C’était une marche en avant évidente qui avait débuté avant le 20ème siècle et

 

pour le bien être de tous.

 

Eh bien d’un seul coup, tout est cassé.

 

Que vont faire les milieux populaires ?

 

Fernand COMTE

 

  2 septembre 2017

 

  Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

Je n'arrive pas à comprendre

    1. . que faciliter les licenciements réduirait le chômage

 

. que démanteler le CDI permettrait qu'il y ait un plus grand nombre de CDI, mais alors ce n'est plus le CDI

 

· que la durée journalière de travail passe de 10h à 12h et la durée hebdomadaire de 46h à 48h pour la semaine, c'est-à-dire que ceux qui ont un travail travailleront plus, tant pis pour les autres et ces autres sont tout de même quelques millions

 

· que les astreintes seraient effectuées sur le temps de repos

 

· que les apprentis travailleraient jusqu'à 10h par jour et 40h par semaine (8h et 35h aujourd'hui)

 

· qu'afin de supprimer les heures supplémentaires le temps de travail pourrait être calculé sur 3 ans. Aujourd'hui les heures supplémentaires sont rémunérés 25 % de plus pour les 8 premières, et 50 % au-delà. Avec cette loi elles ne seraient plus rémunérées qu'à la hauteur de 10%

 

· que même les jours pour congés consécutifs au décès d’un proche ne sont plus garantis.

 

· que des accords permettant d'augmenter le temps de travail des salariés sans contrepartie deviendraient possibles même en l'absence totale de difficultés économiques

 

· Alors qu'à présent, les difficultés économiques devaient être sérieuse (baisse du chiffre d'affaires de plus d'un an) pour déclencher des licenciements, avec la nouvelle loi, il suffira que le chiffre d'affaires baisse sur un semestre pour les justifier. D'autant que dorénavant, les licenciements dans une filiale seront justifié même si la multinationale est en bonne santé avec le risque non nul de magouille entre le groupe et sa filiale.

 

· Actuellement, le code du travail fixe des planchers aux indemnités de licenciement (6 mois pour les salariés ayant 2 ans d'ancienneté). Le projet de loi ne prévoit plus de plancher mais uniquement une indemnisation plafond de 3 mois de salaires pour moins de 2 ans d'ancienneté et 15 mois au-dessus de 20 ans.

 

Et voilà Sarkozy qui en ajoute en voulant supprimer 300 000 fonctionnaires. Eh oui cela arrangerait le chômage.

 

En fait il s'agit de faire des travailleurs, de leurs salaires, de leurs vies une variable d'adaptation, on pourrait penser que cette fonction soit assurée par le capital, mais cela est contraire à l'esprit, disons l'idéologie, du capitalisme.

 



 

On nous dira que c'est beaucoup plus compliqué que cela. Nous ne pouvons pas comprendre, nous sommes des naïfs, nous sommes mal informés, nous sommes manipulés par des « bien pensants », des apparatchiks et les jeunes sont incapables de penser, tout le monde le sait. Il en ait même qui accusent les manifestants d'être des gens « hyper protégés ». Et les journalistes des grands médias (propriétés des multinationales) s'épuisent à expliquer que c'est pour notre bien, et même le bien des chômeurs. Ils s'épuisent à expliquer que 2+2=5. Ils parlent même d'idéologie. On sait bien que l'idéologie est toujours chez les autres, jamais chez soi.

 

Pourtant quand on prend le texte on s'aperçoit qu'il est tout entier vu de la part des patron. Aucune mention du salarié stressé par les cadences, le risque d'accident, la peur du licenciement, etc.

 

Non,Non ce sont les patrons qui sont à plaindre :

 

Pourtant et cela fait réfléchir :

 

Les entreprises françaises ont distribué 47 milliards de dollars de dividende à leurs actionnaires.

 

L'Allemagne seulement 34,2 (les pauvres!)

 

L'Espagne, 23,1

 

La Suéde, 14

 

L'Italie, 11

 

Les Pays-bas 9,6

 

La Belgique, 9

 

C'est nous qui sommes les plus riches.

L’endettement

 

 

 

 

 

« Aujourd’hui l’endettement est d’environ 31 000 euros par Français »  nous dit Maurice Leroy. Et il continue : « Cela signifie qu’un bébé qui naît aujourd’hui en France est déjà endetté à hauteur de 31 000 euros. Et cette dette il faudra bien la rembourser ! »

 

Remarquons tout de suite que la situation de l’enfant des Etats-Unis d’Amérique est pire puisqu’il hérite d’une dette de 57 000 dollars soit 52279.260 euros sans parler des autres pays occidentaux l’Allemagne y compris.

 

1. Présenter les choses de cette façon est pour le moins naïf ou du moins simpliste. Faudrait-il considérer l’égalité complète des citoyens pour le paiement des dettes et une inégalité écrasante pour la réception des revenus. Faudra-t-il que le fils d’un chômeur à 300 euros mensuels paie aussi cher que le fils de Bernard Arnaud qui approximativement doit se faire 30 000 euros mensuels ? Mettre tout le monde au même niveau est pour le moins manipulateur.

 

2. Mais surtout  dans la même logique nous devons faire la  même répartition pour le patrimoine national. Sachant que l’Etat français est propriétaire d’un capital de 12 513 milliards d’euros et que nous sommes 66,3 millions de Français, on peut dire sans erreur possible que chaque bébé qui naît aujourd’hui en France est d’ores et déjà propriétaire d’un capital de 188 733 euros. Alors il a de quoi rembourser les 31 000 euros que l’on prétend qu’il doit. Ce n’est sûrement pas la même situation pour l’enfant qui naît au Bengladesh.

 

Enfin arrêtons ces inepties qui ne sont là que pour cacher la réalité de tous les jours et persuader la population.

 

3. Soyons maintenant plus sérieux.

 

a. L’Etat s’endette parce qu’il diminue les taxes que devraient payer les riches. L’argument est sans appel : ce sont effectivement les riches qui font marcher l’économie, ce sont eux qui lancent les affaires, eux qui embauchent… enfin qui devraient le faire, qui pourraient le faire.

 

b. Mais alors l’Etat manque d’argent, il emprunte donc, c’est la dette.

 

c. Il emprunte évidemment à ceux qui ont de l’argent, c’est-à-dire aux riches.

 

d. Les riches prêtent sans problème. Ainsi  ce qu’ils auraient peut-être dû donner aux impôts, ils le donnent à l’Etat comme prêt. C’est tout bénéfice pour eux car non seulement ils ne perdent rien puisqu’un prêt n’est pas une taxe et ils peuvent récupérer à la fin toute la mise, et il s’y ajoute même un intérêt. C’est exactement comme si les riches taxaient l’Etat. On a ainsi inversé complètement le système des impôts.

 

Simple évidemment mais réel.

 

Il en ait donc pour qui l’austérité a du bon. Il en ait d’autres qui en crèvent.

 

 

 

Fernand COMTE

 

 12 janvier 2016

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

Achille et la tortue

 

 

 

Vous connaissez l’histoire d’Achille et de la tortue

 

Elle est racontée par Zénon d’Elée, un philosophe du cinquième siècle avant Jésus-Christ

 

Il est dit qu'un jour, le héros grec Achille a disputé une course à pied avec la tortue. Comme Achille était réputé être un coureur très rapide, il avait accordé gracieusement à la tortue une avance de cent mètres. Zénon affirme alors que le rapide Achille n'a jamais pu rattraper la tortue. « Achille aura comblé ses cent mètres de retard et atteindra le point de départ de la tortue ; mais pendant ce temps, la tortue aura parcouru une certaine distance, certes beaucoup plus courte, mais non nulle, disons un mètre. Cela demandera alors à Achille un temps supplémentaire pour parcourir cette distance, pendant lequel la tortue avancera encore plus loin ; et puis une autre durée avant d'atteindre ce troisième point, alors que la tortue aura encore progressé. Ainsi, toutes les fois où Achille atteint l'endroit où la tortue se trouvait, elle se retrouve encore plus loin. Par conséquent, le rapide Achille ne pourra jamais rattraper la tortue ».

 

Voici comment un raisonnement d'une grande rigueur mène à une erreur évidente.

 

Beaucoup de mathématiciens et de philosophes se sont penchés sur ce problème: ils ont trouvé des formules compliquées pour expliquer l'erreur de Zénon. Bergson dira d'eux : "ils ont réfuté Zénon de manières si différentes que chacune de ces réfutations enlève aux autres le droit de se croire définitive".

 

Qu’est-ce à dire ? Nos raisonnements quelque rigoureux soient-ils ne donnent pas forcément la vérité. Il faut donc toujours être modéré dans nos appréciations.

 

Si je suis l’orientation de Pierre Dardot et de Christian Laval dans leur livre sur les « Communs », je dirais qu’il n’y a, avec une évidence totale, de relation de cause à effet que dans les mécaniques que construit l’homme : c’est le ressort qui dans la pendule fait tourner l’aiguille. Mais dans tous les autres domaines psychologiques, sociologiques, scientifiques et même matérielles nous ne sommes sûrs que de corrélations c’est-à-dire de deux événements qui se produisent ensemble ou à la suite l'un de l'autre.

 

Alors on interprète chacun à sa façon. D’où la difficulté de tout dialogue, même celui que nous avons entre nous. Comment peut-on être absolument sûr de nos interprétations ?

 

C'est la difficulté qu’ont les Grecs à se faire comprendre de la Troïka. Euclide Tsakalotos, le nouveau négociateur grec dira : « Nous présentons nos arguments, on nous répond par des règles ». Les négociateurs ne sont pas sur la même ligne.

 

Les maîtres de l'Europe sont rigides, ils prennent appui sur des lois qui sont là de toute éternité, c'est logique, rationnel... et inhumain. C'est de la comptabilité pure et simple, de la comptabilité de l'argent et seulement de l'argent, l'argent d'hier et d'aujourd'hui. Ils s'appuient aussi sur des accords, des traités plus ou moins approuvés par les populations. Nous en savons quelque chose nous Français... sur des traités  qui sont des lignes de conduite inmodifiables.

 

Les négociateurs grecs veulent respecter les engagements pris et ces engagements concernent non pas l'argent gagné, perdu ou gaspillé, mais les femmes et les hommes d'aujourd'hui, ces engagements étaient fait pour résoudre des problèmes humains de pauvreté, de conditions de vie. Même en supposant, ce qui n'est d'ailleurs pas forcément vrai, que les Grecs aient vécus au-dessus de leurs moyens, qu'ils aient triché, que leur gouvernement  ont fait n'importe quoi, le problème aujourd'hui n'est pas de s'occuper de ce qui était hier, mais bien de permettre à tous de vivre aujourd'hui.

 

Le problème grec, le problème des négociations euro-grecques est un problème pour tous, pour la France, pour l'Europe, pour l'humanité. Il s'agit tout simplement de savoir si l'important n'est pas l'humain, ici et maintenant.

 

A ce sujet, je ne peux que suggérer à tous de lire le dernier livre de Geneviève Azam. Tout y est dit dans le titre "Osons rester humain, Les impasses de la toute puissance"

L'Austérité

 

Il était entré à l'Edf à 14 ans. Il y a fait toute sa carrière, y a pris du grade et est devenu responsable de tout un secteur.

Charles n'était pas dépensier. Je me souviens : un jour nous étions allés faire un tour en ville. Puis la fatigue et la chaleur aidant, nous sommes entrés dans un bistrot, avons pris un bière et c'est lui qui a payé. En rentrant à la maison, chez lui où j'étais reçu, je fus surpris qu'il prenne tout de suite dans un tiroir un carnet sur lequel il inscrivit la dépense.

Oui Charles ne vivait pas à crédit. Durant toute sa vie il n'a jamais fait d'emprunt pour acheter une voiture et il en eu plusieurs, bien sûr, pendant près de quatre-vingt ans. A chaque fois il avait mis de l'argent de côté pour les payer comptant.

Je ne connais que deux crédits qu'il a pris : le premier est pour sa maison. Il faisait partie de l'association des castors : il a donc installé l'électricité dans plusieurs des maisons de ses associés, pendant que ceux-ci venaient faire, qui la maçonnerie, qui la charpente, qui la plomberie chez lui. Mais il restait à payer les matériaux et bien des frais. Aussi prit-il pour cela un emprunt sur des années.

Un autre emprunt concernait une association dont il était d'ailleurs le président et qui organisait des colonies de vacances pour les enfants du quartier.  Il a fallu acheter un terrain, un bâtiment, des aménagements. Pour ce faire Charles et sans doute bien d'autres ont mis la main à la pâte. Charles en ce qui le concerne a pris un emprunt et pour ce faire a hypothéqué sa maison.

Oui Charles n'était pas pingre. Il savait faire des emprunts pour des investissements, mais n'en faisait jamais pour du fonctionnement. Il gérait ses affaires en un bon père de famille, comme on dit.

Chapeau!

Peut-on faire la même chose pour gérer un pays comme la France.

Sans doute en ce qui concerne les investissements qui correspondent à des biens au soleil, les routes, les stades, les théâtres que sais-je, les emprunts paraissent judicieux, par contre il ne devrait pas être question d'emprunt pour les frais de fonctionnement comme le salaire des fonctionnaires.

Mais la gestion d'un pays a en fait bien peu à voir avec la gestion d'un patrimoine familial. Car nous ne sommes plus dans le même ordre de grandeur et surtout la structure, les mouvements à l'intérieur de cette structure, les déplacements d'objets et de groupes sont très différents. Dans un Etat, les dépenses des uns sont les recettes des autres, les échanges entre les différents membres de la société sont la première source de leurs bien être, de leurs richesses et de leur vie. Ford l'avait bien compris, qui  sut augmenter les salaires de ses ouvriers précisément pour que ceux-ci achètent les voitures qu'il fabriquait. Cela ne veut d'ailleurs pas dire que Ford avait tout bon.

Mais ce ne fut vraiment pas la politique de  Gerhard Schröder (SPD) en Allemagne. Avec les réformes Hartz, entre 2003 et 2005 il a complètement transformé le modèle social établi dans le pays et remis en cause un Etat providence dont les premiers éléments datait de Bismark au XIXe siècle.  Il s'agit pour lui  d'enlever toutes les sécurités des travailleurs : retraites retardées, facilités données pour les licenciements, salaires minimum inexistant, etc, etc. Le résultat  est  sept millions de mini-jobs à 400 euros par mois, l'indemnisation des chômeurs réduite à douze mois, une indemnisation normale de 371 euros mais qui peut descendre jusqu'à 106 euros  et même pour les chômeurs l'obligation d'accepter tous les emplois proposés, même les travaux d'utilité publique à 1 euro l'heure.

Et le plus fort est que cette réforme est un succès (?) puisqu'elle a permis aux riches allemands de vivre sur les exportations, des exportations qui sont absorbées à 70,9 % par l'Union européenne.  Ainsi l'austérité imposée aux Allemands par leur gouvernement rejaillit sur les autres pays, et surtout les pays européens. Une nouvelle forme de colonisation!

Ainsi la Commission européenne et  surtout l'Allemagne veulent imposer ces régressions sociales à la Grèce, au Portugal, à l'Espagne et même à la France. La loi Macron est tout à fait dans cet esprit.  Pour ce faire, elle utilise le Traité européen (que le peuple français avait refusé) qui a enlevé deux outils indispensables pour gérer l'économie d'une pays :

1) Le contrôle des frontières, ce qui s'oppose naturellement à la "concurrence libre et non faussée", à la loi de la jungle, à la lutte pour la vie comme aux premiers temps de l'humanité avant que l'homme se soit distingué des animaux, aux expressions "au plus fort la poche", "tout pour moi rien pour les autres", etc, etc.

2) le droit à la création monétaire confisqué par la Banque centrale européenne. Tout pour le dieu argent auquel on ne touche surtout pas, même si cet argent est entre les mains de quelques-uns. On institue même un organisme non démocratique pour le soutenir. Mais pourquoi s'embarrasser de démocratie?

 

 

La crise grecque ou plutôt européenne

 

 

 

Dans la confrontation entre les élus grecs et les bureaucrates européens deux logiques s'affrontent :

 

L'une, celle des bureaucrates européens, est arithmétique, addition, soustraction, multiplication, division : des chiffres rien que des chiffres, établis une fois pour toutes et indiscutables : du primaire à l'état pur, du primaire pour les enfants des écoles, dur comme du fer.

 

 

 

Des chiffres rien que des chiffres,

 

● sans remise en cause ni de leur niveau à l'origine des calculs, (on sait l'origine toujours confuse des accumulations de capitaux, il n'est pas question évidemment de l'argent gagné par le travail de l'artisan, mais de celui des multinationales presque entièrement prélevés sur le travail de leurs salariés)

 

 

 

Des chiffres rien que des chiffres,

 

● sans remise en question de la légitimité de leur établissement: il s'agit toujours d'un contrat entre deux entités tellement inégales, l'une dans le besoin, l'autre dans la surabondance, un petit et un grand, un fort et un faible. Quelle  impartialité peut avoir un tel contrat? Et quelle légitimité?

 

 

 

Des chiffres rien que des chiffres,

 

● sans remise en cause surtout des conditions d'échange, l'intérêt étant toujours calculé en faveur du prêteur et jamais en faveur de l'emprunteur et plus il est insupportable au sens propre du mot pour l'emprunteur, plus il s'élève en faveur du prêteur et au détriment de l'emprunteur : eh oui c'est le prix du risque, dit-on. Ainsi  "Vous ne pouvez pas payer 2%, vous payerez donc  10 %. Une logique irréfutable, une sorte de torture infligée jusqu'à la seconde qui précède la mort.

 

 

 

L'autre logique, celle des élus grecs, est une logique humaine concrète, au jour le jour. C'est le pain quotidien.

 

L'autorité de cette logique est la démocratie c'est-à-dire la souveraineté d'un peuple qui a parlé, et non un pouvoir qui ne repose que sur l'argent possédé.

 

Sa légitimité tient aussi au but poursuivi, lequel n'est pas l'accumulation mais le bien être d'un peuple, c'est-à-dire tout simplement la vie.

 

Son objet n'est pas des chiffres en l'air mais le concret de tous les jours, ici et maintenant et non demain et ailleurs.

 

 

 

En fait l'argent a deux natures, l'une est divine, l'autre humaine, l'une est hors de portée du citoyen, l'autre est entre ses mains. Laquelle sera mise au service de l'autre.

 

La tuerie abominable de Charlie Hebdo a amené des millions de gens dans la rue, la mort lente et systématiquement organisée par les élites européennes amènera-t-elle autant de manifestants et les élus bardés de leur écharpe fanfaronneront-ils de nouveau en début de cortège?

 

Car il faut bien savoir si les populations sont au service du Dieu argent ou si l'argent est au service des populations. That is the question.

 

Fernand COMTE

 

 6 février 2015

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

 

 

La Loi de la jungle

 

La loi de la jungle, c'est la loi de la jungle qui s'applique aujourd'hui dans l'économie. Le plus gros, le plus fort, le plus riche l'emportera toujours et il n'y a pas de limite à son pouvoir. Il peut écraser et il écrase effectivement le plus petit, le plus faible, le plus pauvre. Cela est tellement clair dans les exigences du Medef pour réduire les salaires, les cotisations sociales, les services publics, dépecer systématiquement le code du travail, baisser les impôts des plus riches et augmenter ceux des plus pauvres. Ils n'en ont jamais assez et le gouvernement soi-disant socialiste obtempère sans sourciller.

C'était la loi découverte par Darwin dans sa théorie de l'évolution. Mais Darwin, lui-même avait aussi découvert qu'avec l'apparition de l'homme, et peut-être même avant,  le sentiment social était né, qu'il y avait eu une transition,  de la sphère de la nature régie par la stricte loi de l’élimination des moins aptes, à l’état social civilisé, au sein duquel se généralisent les conduites qui s’opposent au libre jeu de cette loi, la loi pour la lutte pour la vie "struggle for life". Eh oui il y a un pas qui s'est fait dans l'évolution. Patrick Tort  parle de l'effet "réversif de l'évolution"[1] et cet "effet réversif de l'évolution" s'est manifesté particulièrement avec l'apparition de l'homme. L'homme est devenu plus que tout autre être vivant un animal social, quelqu'un qui pense aux autres, qui leur porte éventuellement secours, quelqu'un qui par nature est solidaire.

Eh bien non, les plus forts, les plus gros, les plus riches ne sont pas d'accord pour cette étape de l'évolution et ils s'efforcent d'imposer des règles d'avant l'apparition de l'homme sur terre. Ils veulent que l'humanité reste au niveau du paléolithique inférieur, l'époque où les vivants ne se connaissaient pas entre eux ou plutôt ne voyaient dans les autres que des proies à manger, à détruire, à exploiter, voire à torturer.  Nous savons bien que cet instinct subsiste hélas, mais, que diable, n'oublions pas l'autre, son contraire, qui précisément nous fait être des hommes.

 

Quand on pense que des hommes politiques, élus par le peuple, (élus ou non d'ailleurs?) puissent imposer la "concurrence libre et non faussée" c'est-à-dire la lutte des uns contre les autres, c'est-à-dire ce qu'on a appelé la lutte pour la vie. Quand on pense qu'ils ont établi ce principe comme une règle absolue

● au niveau de la Constitution européenne (d'ailleurs refusée par quelques peuples, mais imposée d'autorité à tous),

● au niveau du traité transatlantique (TAFTA) que la Commission européenne et les Etats-Unis essaient de nous infliger,

● au niveau des maîtres de l'économie mondiale réunis périodiquement à Davos « Tout pour nous, rien pour les autres » disait Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations) [écrit en 1776], traduction française, Flammarion, Paris, 1991, t. 1, page 506.)

Quelle régression!

 

Tout de même il y a de la résistance. Il se trouve beaucoup de femmes et d'hommes dans toutes les régions du monde qui refusent de revenir au paléolithique inférieur. Ce sont des mouvements sociaux très importants - dont la Presse acquise aux milieux financiers ne parlent presque pas - qui se développent partout : le printemps arabe, les grèves et soulèvements en Grèce, en Espagne, au Portugal, à Hong Kong et dernièrement en Italie. C'est souvent spontané et inorganisé, un  peu sans résultat concret, mais ils manifestent la révolte. C'est  presque "un mouvement planétaire qui a pour cible multinationales et organes mondiaux de gouvernement (FMI, Banque mondiale, Union Européenne, G8, OTAN, etc)[2]

Ce sont les 80% de la population qui se révoltent, ceux qui sont en trop pour le développement de l'économie. Une constatation nette et claire faite lors d'une réunion en 1995 de responsables mondiaux à l’Hôtel Fairmont de San Francisco. Il y a même fallu ce jour-là trouver une solution et le démocrate Zbigniew Brzezinski, a inventé le mot « tittytainment », méthode pour endormir les masses et contrôler leurs frustrations (voir Chiffres dans le blog   Fernandcomte.fr).

N'y a-t-il pas quelque chose de ce « tittytainment » dans toutes les initiatives de contre-économie du commun: les dispensaires de santé gratuites en Grèce, les coopératives ouvrières en Thessalonique et en Argentine, les Amap, les monnaies locales, les sel, les cohabittats, la développement de l'agriculture biologique, le mouvement des économies dites sociales et solidaires, etc.

Cela dit, on peut vraiment se demander

● si toutes ces expériences populaires mettent vraiment en danger le régime des banques capitalistes (effectivement celui-ci essaie de les récupérer  et y parvient parfois),

● ou si, au contraire, elles ne lui permettent pas malgré tout de se survivre en surplomb.

Fernand COMTE

18 décembre  2014

Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

 



[1]Patrick TORT, L'effet Darwin, Sélection naturelle et naissance de la civilisation, Editions du Seuil, collection Science ouverte, 2008, 235 pages.

[2] Comité invisible, A nos amis, La Fabrique éditions, 2014, pages 225

 

 

Actionnaires contre gestionnaires

 

Actionnaires contre gestionnaires, ou bien propriétaires contre utilisateurs, ou bien encore capitalistes contre salariés.

Quand on fonde une entreprise, c'est d'abord pour fabriquer des objets ou produits utiles à une population ou encore rendre des services à cette même population.  Les maîtres d'œuvre sont donc naturellement ceux qui dirigent dans le concret l'administration et la fabrication, ils sont les décideurs. L'actionnaire est un personnage extérieur à l'entreprise, n'ayant guère plus de droit de regard sur son fonctionnement que le fournisseur ou le banquier. Le profit n'est qu'"un revenu résiduel" - l'expression est de Frank Knight, dans Risk, Uncertainty and Profit, New York, Houghton Mifflin, 1921 - et il peut varier suivant les aléas de la production. "La politique, disait le Général De Gaulle, ne se fait pas à la corbeille." Le but de l'entreprise est avant tout de fabriquer ou de rendre un service.

Le néolibéralisme a complètement retourné la hiérarchie : ce sont désormais les actionnaires, les propriétaires, qui prennent les décisions et  les gestionnaires, les chefs d'entreprise sont totalement sous leur coupe, ils en sont totalement dépendants, retenus parfois par des salaires mirobolants et des projets de retraites mirifiques ou contraints par la crainte d'un licenciement aux conséquences catastrophiques pour leur carrière ou d'un retrait pur et simple des financements de l'entreprise..

Ainsi les financiers exigent des profits extravagants (on parle parfois de 15%) quelques que soient les moyens utilisés : stagnation des salaires, conditions de travail ou risques pris par les salariés, précarité des contrats, qualité des produits fabriqués voire leur obsolescence programmé. Cette stratégie entraine avec elle une série de mesures politiques comme la baisse des prestations familiales, l'allongement de la durée de cotisation pour la retraite, l'augmentation continue du chômage, le démantèlement progressif du code du travail, des services publics et de la Sécurité sociale. C'est tout un monde qui est aux mains des propriétaires. Aux gestionnaires de se débrouiller pour obtenir ces résultats. L'entreprise n'est plus faite que pour le profit et est mise à prix.

Les décideurs ne s'occupent plus de ce que l'entreprise fabrique, mais seulement de ce qu'elle vaut sur le marché. L'on connaît les manœuvres de Bernard Tapie achetant pour un franc symbolique la société Terraillon, revendue cinq ans plus tard 125 millions, la société Look revendue 260 millions de francs, et Testut, Wonder  et les autres.

Tout cela est fait au nom de "La concurrence libre et non faussée", comme dit  la constitution européenne.

"La concurrence libre et non faussée" est une formule étonnante. Pourquoi ces deux qualificatifs qui n'ajoutent rien à la signification du substantif?  C'est sans doute pour affirmer que la concurrence ne sera pas facile à appliquer, alors on insiste, on insiste lourdement. Cette insistance est d'ailleurs un aveu. En effet dans la situation actuelle, dire la concurrence libre, c'est ne pas tenir compte des situations des protagonistes, des circonstances qui peuvent varier d'un jour à l'autre,  des talents des uns ou des autres, des pressions de toutes sortes. Dire qu'elle est non faussée, c'est supposer qu'il n'y a jamais ni rumeur, ni mensonge, ni malversation, ni manipulation.

En fait parler de concurrence libre et non faussée, c'est donner subtilement un avantage énorme aux forts contre les faibles, aux riches contre les pauvres, aux fourbes contre  les intègres.

 

C'est là effectivement tout le jeu de la Bourse. Les valeurs montent ou descendent non d'après leur réalisations concrètes, mais d'après l'opinion des uns ou des autres, le crédit qu'ils leur apportent, des rumeurs, des informations exactes ou fausses, des nouvelles que l'on veut bien dire ou bien cacher, des trucages et des tromperies de toutes sortes.

 

C'est un jeu qu'ils mènent ensemble dans un circuit fermé en dehors de toute l'économie réelle. C'est à qui perd gagne, mais tout ce petit monde s'y retrouve sauf parfois quelques victimes expiatoires.

Ce ne serait pas grave, on les laisserait bien jouer ensemble si cela ne se faisait pas au dépens du bien-être de la population, de la survie de l'humanité et même de la planète. Mais ces questions n'entrent aucunement dans les calculs de nos financiers qui n'ont d'objectif que l'accumulation du capital.

Fernand COMTE

16 octobre 2014

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

Les riches

Ils sont 0,1 % de la population française ; parfois on y ajoute les 1 % de la tranche  fortunée la plus proche. Mais il y a une grande distance entre les premiers et les seconds bien que ces derniers aimeraient se confondre avec ces 0,1 %. Ils les imitent, s'habillent comme eux, essaient de les rencontrer le plus souvent, aspirent à leur train de vie, etc, mais ils n'ont pas tous leurs pouvoirs.

Car ces 0,1 %, ce sont les deux cent familles dont parlait Edouard Daladier, alors Président du Conseil en 1934 : " Deux cents familles sont maîtresses de l'économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu'un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n'eût pas tolérées dans le royaume de France. L'influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l'opinion publique, car elles contrôlent la presse"

La situation n'a pas changé. Elle est même pire.

Les 1% sont un bataillon de 350 000 foyers dont les revenus ont augmenté de 19 % entre 1998 et 2005, les 0,1 % sont 35 000 foyers et leurs revenus ont augmenté dans la même période  de 32 %, mais ce n'est rien encore, car le petit club  des 0,01 % soit 3 500 foyers a vu ses revenus augmenter dans les mêmes conditions de 42,6 %. Pendant ce temps pour les 100 % de la population, c'est-à-dire ceux-ci et ceux-là, l'augmentation des revenus n'a été que de 5,9 %, c'est-à-dire que les premiers ont de cette augmentation pris la plus grosse part (ces données sont de l'école d'économie de Paris)

De plus il faut bien voir les choses : il ne s'agit pas de propriété, de biens possédés, d'avoirs, mais de revenus, de rentrées d'argent, en somme l'équivalent du salaire.

« Ceux qui s'enrichissent en dormant » fustigeait en son temps François Mitterand.

Et quelle justification ?

Sans doute y a-t-il de la part de l'entrepreneur un coup de pouce au départ, une idée géniale, un risque pris, une innovation, imprévue peut-être.

Mais il ne faut pas oublier le nombre important des autres facteurs:

- tout ce qui s'est fait avant est le fait des générations précédentes et contemporaines et ceci permet cela ;

- la situation du lieu où l'entreprise naît;

- surtout l'apport du personnel qui est exploité pour le succès de l'entreprise et n'a pratiquement pas son mot à dire;

- le hasard du moment, etc etc.

Mais comme le dit Frédéric Lordon " il n’est strictement aucun argument, ni celui du mérite ni a fortiori celui du temps travaillé, qui puisse justifier qu’un individu vaille, et gagne, trois cents fois plus qu’un autre, le revenu net maximal est décidément une idée qui a de l’avenir "

D'autant plus qu'il faut ajouter à tous ces facteurs le hasard de la naissance. Toutes les grandes sociétés françaises sont la propriété des Dassault, Bouygues, Arnaud, Lagardère et autres Gattaz. Tous des héritiers!

C'est une sorte de noblesse, indéracinable, semblable à celle qui a perdu ses privilèges lors de la Révolution française. La première n'avait d'autre appui que le roi, légitime ou illégitime selon les aléas de l'histoire, la seconde se cramponne sur la droit de propriété, droit naturel dit-on, qui a même réussi à se faufiler dans les droits de l'homme. Pourtant il y a une marge énorme entre le droit de propriété des riches et celui des gens du commun (voir l'article « l'argent des riches, l'argent des pauvres »)

Un pouvoir exorbitant

Comme le disait déjà en 1934 Edouard Daladier, ils font la pluie et le beau temps.

"Ce sont les riches qui prennent les décisions économiques, disait Robert Rubin, directeur du National Economic Council, le 7 janvier 1993, les attaquer, c'est affaiblir l'économie."

Aussi  décident-ils de tout, entreprennent de grands travaux inutiles mais rentables pour leurs profits, embauchent des employés et les rejettent sans se poser de question, dénaturent l'environnement, polluent tout autour d'eux, paient moins d'impôts que tous les autres (voir l'article « la dette publique ») et vont même jusqu'à imposer l'état. Oui, oui, ils inversent la relation entre l'état et les particuliers. Ce sont des milliards que l'état verse aux riches (voir le fameux contrat de responsabilités) .

Hollande avait proclamé le 22 janvier 2012 : "Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance".  C'était devant 25.000 personnes, selon le PS, réunies au Bourget, près de Paris.

Il a fait exactement le contraire.

Qui normalement devrait décider dans une démocratie? C'est le peuple. Aujourd'hui c'est l'argent, ce sont les riches qui décident en vue de leur profit et non en vue du bien du peuple.

Aujourd'hui le pouvoir politique a démissionné devant les riches.

Il est des moments dans l'histoire où les choses se passent un peu autrement. On se souvient de la phrase qu'aurait dite le général De Gaulle après la Libération au patronat français : " Je n'ai vu aucun de vous, Messieurs, à Londres "

Il est vrai qu'à la Libération l'équilibre entre les différentes classes de la population, toutes ayant participé plus ou moins au combat, ont permis les décisions du Conseil national de la résistance : sécurité sociale, retraite, services publics.

On a parlé ensuite des trente glorieuses, trente années de progrès social.

Mais les riches prennent aujourd'hui leur revanche.

C'est Denis Kessler, vice président du Medef  qui affirme avec une pointe d'arrogance non dissimulée : "Il s'agit de défaire méthodiquement le programme du CNR" (revue Challenges le 4 octobre 2007)

C'est Warren Buffet (qui pèse 58 milliards de dollars) qui affirmait dès 2006 – avant la crise – que les riches étaient en train de gagner la lutte des classes, puis il précisait en 2011 que  cette « lutte des classes » faisait rage, tout en ajoutant : « c’est ma classe, celle des riches, qui a déclaré cette guerre et c’est elle qui est en train de la remporter »

C'est Pierre Gattaz, le président du Medef qui plaide en mai dernier pour des salaires inférieure au smic, un sous-salaire pour des sous-travailleurs. Et pourtant il y a en France des travailleurs à temps plein qui n'ont pas un salaire suffisant pour vivre correctement. Pendant ce temps Pierre Gattaz précisément s'octroie en un an une augmentation de salaire de 29 %

De la devise de la république : Liberté, égalité, fraternité. Seul le premier mot est retenu, la liberté, la liberté des fauves.

Fernand COMTE

 9 août 2014

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

Logique du capitalisme et mépris des hommes

 

On le savait, on le sait, mais parfois cela frise la caricature, une caricature d’une cruauté féroce.

 

Le Président d'EADS, Tom Enders, un ancien parachutiste, a été sacré patron le plus performant du CAC 40 par Challenges le 18 décembre 2013.

 

Ses titres de gloire sont de deux genres :

 

D’abord l’annonce  de 5800 suppressions d’emploi, éventuellement « secs » comme il le dit lui-même et la signature d’ « accords de compétivité » avec les salariés, ce qu’il faut comprendre comme l’acceptation par ces derniers de baisses de salaires.

 

On pourrait croire alors que la situation de l’entreprise est particulièrement mauvaise. Mais, pas du tout, c’est même exactement le contraire, les affaires vont très bien puisqu’il annonce qu’il va  « por­ter le taux de distribution des bénéfices à un niveau compris entre 30 et 40 % » et obtenir 10 % de marge à l'horizon 2015 pour l'ensemble du groupe.

 

L’affaire se trouve alors entre les mains des machines. Je veux dire des ordinateurs des agents boursiers. Oui ces machines qui tournent plus vite que la lumière et s’en vont transformer le monde. Ce ne sont que des machines, certes, mais d’une grande complexité dans leur procédure, on parle même d’algorithmes pour dire combien elles sont au point pour faire les calculs qu’on leur demande.  Elles agissent sans émotion, sans intervention  humaine et sont aveugles et totalement indépendantes. Elles marchent toutes seules. Complexes dans les procédures, mais d’une simplicité évangélique dans le but poursuivi. En effet elles n’ont qu’un seul objectif, l’accumulation du capital. Pas de considération ni pour les salariés (il faut qu’ils s’adaptent), ni pour l’objet à produire (pourvu qu’il se vende), ni même pour les clients pourvu qu’ils paient.  C’est d’ailleurs les critères utilisés par Challenge,  dans sa classification, critères constants, « totalement objectifs », dit le journal. Il s’agit de la  croissance du chiffre d’affaires et de la rentabilité économique. La performance boursière vient par surcroît comme une loi de nature.

 

Et en effet, le résultat est radical et immédiat : sitôt les déclarations de Tom Enders, l'action d'EADS à la Bourse a gagné 7,48 %, à 52,8 euros, ce qui porte à près de 80 % la hausse des cours depuis le 1er janvier.

 

Voici comment, dans le régime capitalisme, on gère une grosse entreprise.

 

Il y a maintenant quinze ans, qu’Attac, à la suite de James Tobin, un prix Nobel d’économie, mais en donnant plus d’expansion à son idée, a proposé de taxer les transactions financières, ce qui mettrait, comme on dit, un grain de sable dans cette machination démoniaque. Voici quinze ans que cette mesure est étudiée dans les plus hautes sphères de la société. Elle commence à être admise par beaucoup de responsables. La France soi-disant socialiste s’y oppose.

 

Comment un politique, élu du peuple, peut-il  s’obstiner contre une telle mesure ?

 

Le combat d’Attac se poursuit jusqu’à la victoire.

 

Fernand COMTE

 

21 décembre 2013

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 

 

Chiffres

Cet article comporte 15 paragraphes, 68 lignes, 942 mots, 5836 lettres ou espaces, 1895 voyelles, 2627 consonnes. Quand j’ai dit cela j’ai tout dit sur cet article sauf l’essentiel, ce pourquoi il est écrit, l’idée qui y est exprimée, le sens.

Nous avons eu un ministre de l’intérieur qui aimait beaucoup les chiffres. Il pensait sans doute que c’était un signe d’efficacité. On sait l’usage qu’il a fait des sondages quand il fut président de la république. Mais le comble est atteint quand dans une instruction relative à l’exercice de l’autorité hiérarchique du 28 juillet 2006, il a imposé à la police nationale des objectifs chiffrés. Il faut faire du chiffre, peu importe la manière – oh, il n’allait pas jusqu’à dire cela, mais c’était sous-entendu. Faire un chiffre fixé d’avance de contraventions, gardes à vue, arrestations ou autre mesures policières sans considération de la situation ni même des actes des soi-disant délinquants. C’est là une aberration intellectuelle et plus grave une mesure de rétorsion inacceptable de la part d’une autorité responsable.

Aujourd’hui on s’occupe beaucoup des chiffres. Parlons des sondages. Souvent pour le grand public, ils sont réduits aux chiffres : tant pour cent pour, tant pour cent contre. On parle moins de  la précision avec laquelle la question a été posée, moins de la façon qu’a été posée la question, de la rapidité avec laquelle on doit répondre (parce que tout de même bien des questions demandent réflexion). On parle à peine du nombre de gens contactés. Pour être honnête il faudrait dire tout cela et ne pas rester aux chiffres.

Pour les entreprises, on parle presque uniquement du chiffre d’affaires, d’un chiffre d’affaires qu’il faut faire grossir, peu importe les moyens, peu importe la manipulation exercée sur les clients, sur les partenaires, confrères ou sous-traitants, peu importe les contraintes imposées aux collaborateurs. Pourtant une entreprise quelle qu’elle soit est d’abord faite pour rendre des services ou fabriquer des biens utiles. On peut rêver d’un artisan - et il y en a - qui ne cherche pas à avoir plus de clients, plus de chiffre d’affaire, qui ne cherche pas à s’agrandir, mais qui consacre tout son temps, toute son énergie et tout son savoir-faire, à satisfaire le mieux possible les gens qu’il sert. On trouve des artisans qui ont cette ambition, on trouve moins d’entreprises un peu importantes qui partagent cette même ambition. Pour la plupart, seul le chiffre d’affaire compte et le chiffre d’affaire en progression.

On peut aussi parler des chiffres qui concernent les prix.  Le prix de revient, disons plutôt le coût de fabrication et le prix de vente sont sans doute liés l’un à l’autre à l’origine. Mais il arrive souvent qu’il y ait des prix d’appel comme on dit. Cela veut dire qu’ils sont inférieurs au prix de fabrication et sont destinés essentiellement à attirer le client. D’ailleurs en règle générale les prix de vente sont plus en fonction de l’état du marché, de la concurrence, mais en bien peu de cas des coûts de fabrication. Ainsi les prix naviguent ainsi au hasard des goûts et des couleurs, en définitive de l’ambiance générale.  D’où cette campagne contre le coût du travail.

N’est-ce pas ainsi que fonctionne effectivement la bourse. Ainsi certains financiers font des achats massifs pour faire monter ou baisser les cours, des chiffres donc encore une fois, seulement des chiffres qui donnent l'illusion d'une demande. Et l’on nous rabâche à la radio les cours de la bourse.. Tout dans l’évolution de la bourse est dans la confiance des investisseurs et l’on sait comment cette confiance peut être manipulée entre autres par les medias.  Alors les chiffres sont essentiels à la Bourse, mais ils dévoilent bien mal ce qu’ils représentent.

Parmi d’autres chiffres, il faut parler de ceux du chômage. Lui aussi en permanente progression, mais aussi sérieusement manipulé. Faut-il compter seulement ceux qui n’ont pas du tout de travail, ceux qui reçoivent l’indemnité chômage, les temps partiels, les précaires, tous ceux qui sont découragés, etc.

La situation à ce sujet ne s’améliore pas et risque même de s’envenimer. Déjà en 1995 des responsables au niveau mondial étaient réunis à l’Hôtel Fairmont de San Francisco. Il y avait  Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner et bien d’autres. Ils se sont mis tous d’accord et sont arrivés à la conclusion que l’arrivée de la dénommée Société 20:80 est inévitable, celle dans laquelle le travail de 20 % de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. 80 % de la population restante ainsi s’avérera superflu, ne disposera pas de travail ni d’occasions d’aucun type et nourrira une frustration croissante. 80 % de la population au chômage.

A aucun moment, semble-t-il, ils n’ont évoqué la possibilité d’un partage du travail et des ressources. Au contraire pour faire accepter cette situation dommageable pour la plus grande partie de la population, le démocrate Zbigniew Brzezinski, membre de la commission trilatérale et ex-conseiller du Président des États-Unis Jimmy Carter a inventé le mot « tittytainment ». Ce mot représente un mélange d'aliment physique et psychologique fait pour endormir les masses et contrôler leurs frustrations et leurs protestations prévisibles. Le mot « tittytainment » est une combinaison des mots anglais « tit » (« sein » en anglais) ou « titillate » (« taquiner pour exciter gentiment » en anglais) et « entertainment » allusion à l'effet endormant et léthargique que l'allaitement maternel produit chez le bébé.

Ce « tittytainment » n’est donc qu’une tactique pour protéger les principes capitalistes et néolibéraux qui dirigeraient la mondialisation.

Fernand COMTE

28 octobre 2013

Fernand@fernandcomte.fr

 

Les prédateurs

«Tu vois, le monde se divise en deux catégories: ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses», lançait Clint Eastwood à Eli Wallach dans Le Bon, la brute et le truand.

 Il y a le riche et le pauvre :

« Pour le riche, la bonne table,
Le tas d’ordure pour les pauvres.
La prospérité pour les riches
Et pour les pauvres le turbin.
Pour les riches la résidence.
Le bidonville pour les pauvres.
L’immunité pour le truand,
La prison pour qui vole un pain.
Paris pour les fils à papa,
Le pauvre, à la mine, au désert ! » (Pablo Neruda, J’accuse)

Il y a aussi les héritiers, Dassault, Lagardère et autre Bouygues et il y a ceux qui sont partis sans le sou.

Il y a les maîtres du monde qui décident de tout sans demander rien à personne et il y a ceux qui n’ont qu’à accepter ce qui leur est offert avec parcimonie.

Il y a les riches qui achètent tout sans en avoir besoin, il y a les pauvres qui ne peuvent pas acheter ce qui leur manque.

Il y a les maîtres du monde qui se fondent sur une logique économique présentée comme indiscutable, il y a ceux qui en subissent les conséquences.

 Jadis on parlait des exploiteurs, ceux qui font travailler les autres, ceux qui s’emparent d’une grande partie du fruit du travail des autres, ceux qui vivent sur le travail des autres,

Aujourd’hui les exploiteurs sont devenus des prédateurs. Vous savez : ces bêtes qui poursuivent et tuent leurs proies pour les manger. Les exploiteurs, parfois des chefs d’entreprise, plus souvent des financiers dont les premiers dépendent. Les financiers sont vraiment devenus prédateurs, et leurs victimes sont les salariés, les sous-traitants, les petites et moyennes entreprises et presque toute la population réduite à l’austérité, à la diminution des services publics, à la régression des retraites, etc. Ils ont la mainmise sur tout, sur les medias qui imposent leur idées, sur les politiciens avec qui ils ont partie liée et qu’ils financent d’une façon ou d’une autre, sur les entreprises qui ne peuvent se passer d’eux, sur la vie sociale dont ils refusent de plus en plus les contraintes.

Les prédateurs utilisent à moindre frais leurs victimes : baisse de salaire, rythme de travail harassant, stress, voire prédisposition au suicide, puis ils les lâchent brutalement avant l’âge et s’en détournent sans scrupule.  Et voilà comment ceux qui leur ont permis de vivre, mieux qui leur ont permis d’amasser leur magot, disparaissent de la circulation et finissent par mourir. Oh, ils ne les mangent pas, mais c’est tout comme.

Prédateurs, ils le sont même entre eux. C’est cela « la concurrence libre et non faussée », credo incontournable de la Commission européenne. Ainsi s’ils peuvent manger l’un de leurs confrères, ils le font sans hésitation. Ils diront même que c’est une loi de la nature. Loi de la nature aveugle, car  on ne sait plus qui mène

cette machine infernale.

Il s’agit en fait d’un système que personne ne commande plus,

qu’aucune règle ne contrôle sinon l’accumulation,

l’accumulation pure et simple sans raison, sans  limite, sans objectif,

un monstre tyrannique et totalitaire.

Mais pourquoi le laisser faire ?

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, disait Etienne de la Boétie, et il ajoutait, Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. » 

Fernand COMTE

13 octobre 2013

Fernand@fernandcomte.fr

 

Il y a de l’argent,

Il y a beaucoup d’argent

Il y a trop d’argent

Les 500 premières fortunes de France ont même vu leur richesse globale augmenter de près d'un quart en un an, rapporte l'hebdomadaire Challenges du jeudi 11 juillet. Cela représente 16 % du produit intérieur brut du pays. C’est « un dixième de la richesse entre les mains d'un cent-millième de la population », affirme Challenges. Bernard Arnault, PDG de LVMH, a gagné 3,1 milliards et Liliane Bettencourt, 7,9 milliards, etc.  « Gagner de l’argent en dormant » condamnait déjà François Mitterand. En clair selon Les Echos les entreprises du CAC 40 ont versé quelque 38,3 milliards d'euros de dividendes au titre de l'exercice 2012, un montant en hausse de 5% comparé à ceux versés au titre de l'exercice 2011. Liliane Bettencourt a gagné  7,9 milliards, en ne faisant rien, la pauvre dame.                Avec cette somme elle aurait pu entretenir, il est vrai seulement au smic mais tout de même, près de 470 000 personnes, soit deux fois la population de la ville de Bordeaux.

Ces chiffres sont tellement énormes qu’on a peine à y croire. Il faut refaire les calculs. C’est un exercice d’arithmétique du certificat d’études primaires : il y a deux données 1) le gain en une année de 7,9 milliards d’euros, lequel s’ajoute d’ailleurs au capital initial, 2) le montant du smic mensuel qui est approximativement de 1430 euros. L’énormité des chiffres fait penser aux chiffres que l’on utilise en astronomie pour donner par exemple la distance qui séparent deux étoiles ou deux galaxies, des chiffres qui n’ont rien à voir avec les quelques mètres de mon jardin, la dimension des pièces de ma maison ou des objets usuels.

Il faut penser aussi que ce capital n’est que du travail accumulé fait par des dizaines, des centaines, peut-être des milliers d’hommes et de femmes pendant des dizaines, des centaines d’années. Et Madame Bettencourt en dispose à son gré, selon ses caprices, selon ses faiblesses.

« Au début du XXème siècle, le banquier J.P. Morgan définissait l’écart maximal légitime entre rémunérations dans une même entreprise de 1 à 20. Aujourd’hui, dans les multinationales, les écarts de salaire peuvent aller de 1 à 1000… » écrivaient encore Gaël Giraud et Cécile Renouard, le lundi 28 janvier 2013. Mais quand nous parlons des revenus des capitaux, alors on sort complètement des clous : l’écart n’est plus ni de 1 à 20, ni même de 1 à 1000, mais, nous le voyons, il peut aller jusqu’à « de 1 à 470 000 ». Et nous ne parlons que de la situation de Liliane Bettencourt, il y en a d’autres comme cela. Nous ne jouons plus dans la même cour, nous ne sommes plus dans le même univers. L’argent a une toute autre nature pour les très riches et pour les très pauvres. On sait par exemple ce qui s’est passé aux Etats-Unis en janvier 2008 : deux millions de personnes ont perdu leur maison. Au cours du même mois, Wall Street s’attribuait un bonus de 32 milliards de dollars (2% seulement de moins que l'année précédente).

"Le monde, disait Gandhi, est assez grand pour satisfaire les besoins de tous, Mais il sera toujours trop petit pour satisfaire l'avidité de quelques-uns".

Pourtant ici et ailleurs, les riches, on les soutient, on les protège, on les cajole, on les invite à des banquets. Eh oui, ce sont eux qui donnent du travail, du moins le devrait-il, qui font vivre les entreprises, qui soutiennent l’économie du pays, quelques qu’en soient d’ailleurs les moyens. On ne peut se passer d’eux. Aussi on ne leur demande presque rien, le moins possible d’impôts, ils risqueraient de s’en aller ailleurs.

Il n’y a d’ailleurs pas assez d’impôts pour faire vivre la république. Aussi emprunte-t-on. A qui emprunte-t-on ? Mais à ceux qui ont de l’argent, à ceux qui paie le moins possible d’impôts, aux riches. Ainsi les impôts qu’ils devraient payer, qu’on les dispense de payer, les riches les prêtent à l’état et ils en réclament un intérêt. Ils font ainsi coup double. Ils récupèrent en plus de ce qu’ils donnent un pourcentage, le risque paraît-il. Oh bien sûr, cela ne se fait pas directement, cela se fait à travers les banques ou autres sociétés financières, mais c’est la même chose.

L’argent a un autre goût pour les très riches et pour les pauvres. L’Etat qui est chargé de la répartition, par exemple pour les retraites, pour les services publics, pour la santé, ne se préoccupe que de gérer l’argent des pauvres. Il répartit bien sûr mais seulement entre les pauvres. C’est un état pour les pauvres, pas pour les très riches.

Fernand COMTE

28 août 2013

Fernand@fernandcomte.fr

fr

 

L’intérêt général

 

 

 

Il y avait dans l’antiquité grecque une disposition politique remarquable. Elle est entre autres rapportée par Aristote dans la Politique (1330a 20). Elle imposait que lorsqu’il fallait prendre une décision sur un conflit avec une cité voisine et frontalière, les citoyens habitant près de la frontière étaient exclus de la délibération. Trop impliqués dans leurs intérêts propres, ils risquaient de ne pas prendre en compte le bien général.

 

Exactement le contraire de ce qui se passe aujourd’hui

 

Nombre d’économistes chargés par les plus grands médias d’éclairer le public, nombre de chercheurs choisis pour conseiller le gouvernement, reçoivent des gratifications non négligeables des grandes banques et des grosses entreprises. Peuvent-ils parler en toute indépendance ? Ce sont de véritables conflits d’intérêt et, le plus fort, c’est qu’elles ne sont même pas tenues secrètes, même si elles ne sont pas affirmées haut et court. On dira qu’ils connaissent bien la question puisqu’ils sont dans le coup complètement. Ils ont « les mains dans le cambouis ». Oui, dans le cambouis des affaires financières et seulement des affaires financières, non dans celui de la vie quotidienne des gens ordinaires. Ils font partie de l’oligarchie et ne peuvent précisément se détacher des intérêts de cet oligarchie. Ils le disent d’ailleurs sans vergogne : «  L’unique moyen d’améliorer la condition économique des couches les moins favorisées est de faire croître la richesse globale » disait Vilfredo Pareto[1].

 

Nous n’allons pas faire la liste de tous ces économistes « droits dans leurs bottes », « économistes à gages »[2], nous n’en finirions pas. Citons seulement Jean-Hervé Lorenzi invité à la matinale de France-Inter, il est présenté comme président du cercle des économistes, mais non comme membre des Conseils d’Administration de Pages Jaunes, d’Associés en finance de PNP Parisbas. Elie Cohen est Conseiller de François Hollande et membre du CA d’Edf Energies nouvelles, Jacques Mistral économiste Au Monde est aussi administrateur de Paribas, etc.

 

Sans doute ont-ils leur mot à dire comme les banquiers quand il s’agit de banque, les agriculteurs quand il s’agit d’agriculture, les enseignants quand il s’agit d’éducation, mais l’intérêt général va bien au-delà des intérêts corporatifs. Les banquiers fournissent un service public pour toute la population, les agriculteurs ont en charge l’alimentation de tous, les enseignants exercent leur métier pour tous les enfants. La directive donnée par Aristote est donc particulièrement radicale.

 

Pourtant le plus flagrant est la situation des économistes. Tout le monde sait que l’économie n’est pas une science exacte, qu’ils se trompent régulièrement. Ils vont jusqu’à inventer des mots pour indiquer ce qu’ils n’ont pu prévoir : ainsi en est-il de la « stagflation », qui unit l’inflation et une stagnation de l’économie, ce qui n’était pas prévu dans leur calcul. « Les économistes jouissent d’un privilège que ne connaissent pas d’autres professions : on ne leur demande jamais de rendre des comptes de leurs bévues. » dit De Martino[3].

 

Aussi la prééminence de ces « économistes à gages » dans les organes du gouvernement et dans les médias n’est-elle proprement scandaleuse ? Il arrive bien parfois que l’on invite à une radio ou à la télévision un Jean Marie Haribey, un Thomas Coutrot, un Paul Jorion ou un Bernard Stiegler. Mais c’est à dose homéopathique, pour quelques instants, et uniquement pour montrer que l’on est large, généreux et quelque peu impartial.

 

On est stupéfait du peu d’impact dans les médias de l’intervention des « économistes atterrés ». Ils étaient pourtant tous universitaires, des spécialistes, des experts de haut niveau. Les termes utilisés, les arguments présentés, les stratégies proposées sont d’une grande force. Et ils ne sont pas qu’une simple poignée, ils sont plus de sept cents à avoir signé ce manifeste. Mais c’est comme s’ils n’existait pas. Ils ne faisaient pas partie de l’oligarchie qui nous gouverne.

 

Fernand COMTE

 

4 août 2013

 



[1] Voir Albert Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Fayard, Paris, 1995, page 99

[2]  Serge Halimi, Renaud Lambert et Frédérick Lordon, économistes à gages, édition Les liens qui libèrent, 2012

[3] Cité page 22 dans Economistes à gages, op. cit.

 

 

Des Dogmes

 

Un dogme est une donnée que l’on ne peut pas démontrer et qui, malgré tout, est considérée par certains comme incontestable. L’existence de Dieu n’a jamais été prouvée et pourtant, pendant des millénaires, des philosophes, des scientifiques et même des astronautes se sont efforcés de trouver une preuve indiscutable. Personne n’y est parvenu. En fait on est resté au pari de Pascal : croire à l’existence de Dieu, si c’est vrai, tout est gagné, si c’est faux, rien n’est perdu. Eh ! Pourquoi pas ?

 

Pourtant cette donnée a été à l’origine de bien des pensées, provoqué attitudes et même politiques, marqué toute la civilisation, au moins la civilisation occidentale. Nombre d’autorités autoproclamés (plus de deux cents religions dans le monde, des plus petites aux plus grandes, toutes sûres d’elles et se prétendant infaillibles) s’en sont servis pour décréter des oukases absolus. Une sorte de monde supérieur s’efforçant de soumettre la réalité de tous les jours.

 

De la même façon il y a les dogmes de l’économie libérale. Ils ont l’apparence d’une justification rationnelle, ont reçu la caution d’experts bien en cours et sont devenus les fondements de traités internationaux. Un monde supérieur, je vous dis. Un monde supérieur qui s’impose contre vents et marées parce qu’il possède la « vérité » et ne tient aucun compte des dégâts collatéraux, c’est-à-dire en fait de la réalité vécue tous les jours.

Quelques dogmes de l’économie libérale :

Concurrence :

La « concurrence libre et non faussée », que l’on a déguisée plus récemment en « compétitivité », a pour but de produire les objets au meilleur prix et à la meilleure qualité. C’est logique et indiscutable. Une vue de l’esprit !

Pourtant, dans les faits,  cette concurrence donne avantage, sans doute parfois au meilleur, mais le plus souvent au plus retors,  au plus voleur, au plus puissant. C’est la loi du plus fort. Un retour pieds et mains liés à un stade très lointain de l’évolution de l’univers, à l’époque de la loi de la jungle en vertu de laquelle le petit, le faible, le mineur était écrasé et voué à la disparition, c’est un refus, purement et simplement de la civilisation, celle qui avec l’humanisation avait permis jusqu’ici la solidarité.

Croissance :

La Croissance : Laurence Parisot invitée de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 le jeudi 16 mai  considère « qu’évidemment on peut s’en sortir, on peut retrouver la voie de la croissance, à condition que chacun comprenne ce qui est à l’origine de cette situation » Pour l’économie libérale la croissance  entraîne une plus grande production de richesses et vu que la croissance économique touche toutes les classes sociales, les riches comme les plus pauvres. Tout le monde y gagne. Une vue de l’esprit !

Pourtant dans les faits, on voit très bien les chefs d’entreprises critiquer le coût du travail, les contraintes du code du travail. Surtout qu’il n’y a jamais eu autant d’inégalité dans les revenus, les riches étant toujours de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, et cela non seulement entre les individus mais même entre les états. La croissance profite d’abord et surtout aux riches.

 

Privatisation :

Le rapport annuel de la Banque sur le développement dans le monde, intitulé "Making Services Work for the Poor", affirme que seuls des services privatisés peuvent permettre l'accès généralisé des populations les plus pauvres aux services de base. Les services publics c’est du gaspillage, disent-ils. Personne n’est responsable, tout le monde se sert. Encore une vue de l’esprit !

Pourtant la privatisation a substitué ce que d’aucuns appellent « la gabegie » à un accaparement. Avec les privatisations les prix montent (eh ! naturellement il faut bien garder une part pour le profit), les services publics finissent par être réservés aux plus riches, les territoires moins rentables ne sont plus desservis, le marché avec ses aléas remplace la solidarité.

 

Libre-échange :

L’avantage comparatif est une idée géniale : effectivement si un pays ne produit plus que ce qu’il peut produire à peu de frais et dans les meilleures conditions pour le vendre à un pays qui fera la même chose avec d’autres produits dont le premier a besoin. Ainsi dans un échange au niveau de la planète, chacun garde son avantage comparatif, tout le monde y gagne.  Mais c’est encore une vue de l’esprit.

Pourtant dans les faits, tout le monde n’a pas le même avantage. Le libre-échange a donné un avantage monstrueux aux pays les plus développés. C’est normal puisqu’ils avaient les moyens de réduire les frais de fabrication et alors on trouve des paysans dans les pays dits en voie de développement ne plus pouvoir vendre leurs productions, trop chères par rapport aux produits importés et en retour ne plus pouvoir acheter de quoi vivre.

 

Des dogmes qui ont l’apparence du bon sens et de la raison, des dogmes auxquels s’accroche l’oligarchie politico-financière même si des signes avant-coureurs sont une sorte de menace. Elle y trouve en effet son compte au moins provisoirement et s’entête à poursuivre cette politique désastreuse.

Fernand COMTE

19 juin 2013

Fernand@fernandcomte.fr

L’annulation des dettes publiques ou privées, une politique traditionnelle dans toute l’histoire de l’humanité.

Au septième siècle avant Jésus Christ, après Dracon, un Dracon d’illustre mémoire puisqu’il a donné même en français l’adjectif « draconien » pour indiquer une extrême sévérité, donc après Dracon, Solon arrive au pouvoir.

Il constate les désordres de la société : des riches de plus en plus riches et de moins en moins nombreux, des pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux. Il faut ajouter que les pauvres qui ont des dettes et sont dans l’impossibilité de les payer, sont  réduits par leurs créditeurs à l’esclavage.

La situation était donc celle qui se présente aujourd’hui dans nos pays, sauf peut-être l’esclavage, encore qu’il y avait sans doute, à cette époque, moins de suicides de la misère que nous en avons en ce moment dans nos entreprises.

Solon inaugure le cheminement, que connaîtra la Grèce vers la démocratie, en annulant toutes les dettes, qu’elles soient publiques ou privées et en interdisant l’esclavage pour dette. C’était il y a 2500 ans et le premier mouvement vers la démocratie.

Déjà dans la bible tous les cinquante ans, lors de l’année jubilaire toutes dettes et créances étaient annulées (Lév, 25, 11)

En Egypte, le pharaon Bakenranef (vers 720-715 avant JC) décide une amnistie de la dette et l’abolition de l’esclavage des endettés.

Et même bien avant encore, les lois de Hammourabi (vers 1750 avant JC) décrètent la suppression de toutes les dettes en cas d’inondation ou de tornade. C’était même une tradition dans la dynastie babylonienne, que chaque souverain en montant sur le trône, annule les dettes des paysans pour leur permettre de repartir à zéro.

D’ailleurs plus proches de nous, les rois de France ne se gênaient pas pour abolir leurs propres dettes. Ils allaient d’ailleurs jusqu’à tuer ou emprisonner leurs créanciers : les Templiers et Fouquet en sont des exemples notoires.

Et la tradition se perpétue : en 1776, les treize colonies britanniques d’Amérique du Nord décident de se libérer du fardeau de la dette en déclarant nulles les dettes dues à l’égard de Londres.

En 1867, Benito Juarez refuse d’assumer les emprunts que le régime de l’empereur Maximilien avait contractés auprès de la Société Générale de Paris deux ans plus tôt pour financer l’occupation du Mexique par l’armée française.

En 1898, les Etats-Unis, prenant possession de Cuba refusent de payer la dette que l’Espagne leur réclame.

En janvier 1918, le gouvernement russe issu de la Révolution de 1917 refuse d’endosser la responsabilité des emprunts de la Russie tsariste et a annulé sans conditions toutes les dettes.

Et puis il y a l’annulation de 51 % de la dette de guerre allemande en 1953, l’annulation de la dette d’Irak quand les Etats-Unis sont devenus les maîtres du pays.

Et sans doute pourrions-nous continuer cet inventaire. Les Islandais ont eu raison, en 2010 et 2011 de refuser par referendum de payer leur dette publique accumulée auprès de la Grande Bretagne et des Pays-Bas et les Chypriotes aujourd’hui aussi. Tout compte fait c’était une attitude traditionnelle.

Le problème de l’argent prêté, rendu, n’est pas un problème simple. La preuve en est que ces remises de dettes dans l’histoire montrent combien n’est pas légitimée à coup sûr l’origine de la richesse puisque l’on peut la faire disparaître d’un coup de plume. C’est la question de la répartition des biens et des revenus. Cette question peut toujours être controversée et est toujours controversée, quoique les riches, une fois en possession de leurs biens, font tout pour qu’elle ne le soit pas. En effet pourquoi tel travail est payé beaucoup plus que tel autre, pourquoi telle situation porte beaucoup plus d’intérêt que telle autre. La richesse n’a pas de fondement indiscutable. Et pourtant elle s’accumule et devient vite un pouvoir accaparé par quelques privilégiés (1%) au dépens de tous les autres (99%).

Et ces privilégiés s’en servent comme une arme de guerre, une arme de destruction massive contre les peuples. Voyez ce qui se passe en Grèce et bientôt hélas dans nos pays.

Fernand COMTE

21 mars 2013

Fernand@fernandcomte.fr

 

La Dette publique

Il est très au point le système qui consiste à prendre l’argent des pauvres pour le donner aux riches, il est même tellement au point que les pauvres eux-mêmes finissent par y consentir. C’est l’application parfaite du principe érigé jadis par Alphonse Allais : « il faut prendre l’argent là où il se trouve c’est-à-dire chez les pauvres. Bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres. »

Tout en fait est une question de répartition des recettes de l’état, c’est-à-dire des impôts. Chacun doit payer des impôts selon ses moyens. Le Conseil constitutionnel l’a rappelé en 1993 s’appuyant sur l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen selon lequel "la contribution commune... doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés".

Pourtant il y a une dette énorme de l’État, on parle de 20% du budget. Les causes en sont la différence (négative) entre les recettes de l'État au sens large, et ses dépenses. Alors il faut réduire les dépenses (compression de personnels, de stagnation voire de baisse des salaires réels, de dégradation des services publics...) en fait il s’agit de diminuer la qualité de vie de la population et surtout de sa partie la plus pauvre qui n’a pas d’argent pour compenser.

 

Mais on peut aussi accroitre les recettes, c’est-à-dire augmenter les impôts. Cela fait hurler parce que tout le monde se sent visé. Et pourtant il ne s’agit pas forcément d’augmenter les impôts de tous. On verra en fait que certains peuvent payer plus d’impôts, car en fait il verse beaucoup d’argent à l’état mais d’une autre façon.

 

Car l’état a un besoin imprescriptible de plus d’argent. Il l’emprunte donc aux investisseurs institutionnels : grandes banques, compagnies d'assurances, fonds de placement, fonds de pension, etc... c’est-à-dire aux membres de la bourgeoisie, mais aussi à l'ensemble des couches aisées de la population.

Ainsi l’argent que ces contribuables ne donnent pas sous forme d’impôt donc à fond perdu, ils le prêtent à l’état, mais sous forme de prêts rémunérés. Ainsi non seulement ils ne perdent pas l’argent qu’ils prêtent, mais ils en reçoivent un intérêt. Double bénéfice !

 

La dette publique est un système conçu non seulement pour que les riches ne paient pas l’impôt qu’il devrait payer, mais pour que ces mêmes sommes se trouvent transformées  en capital  porteur d'intérêts. 

 

Ajoutons que ces intérêts versés aux riches viennent précisément du revenu national prélevé sur toutes les classes de la société. Ainsi la dette publique est seulement un moyen de piquer l’argent des pauvres pour le donner aux riches.

 

Fernand COMTE

 

5 octobre 2011

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

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Commentaires

16.01 | 21:50

je regarde ton blog ce soir
c'est bon pour moi: tu y es bien
avant je ne le faisais pas

...
26.07 | 19:16

Je viens de lire un peu plus tes articles. j'ai ouvert le blog. Ils mettent en mots, en ordre les pensées que j'essaie d'ébaucher. je vais continuer.

...
13.08 | 01:08

Bonsoir Fernand, c'est avec plaisir que je viens de decouvrir votre blog. Amities, Lucian

...
13.01 | 20:53

bonsoir Fernand. J'ai lu hier votre magistrale démonstration sur l'endettement et ce soir vos voeux de 2014. Cela m'a beaucoup touchée.

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