Gouverner

 

 

 

Il y a évidemment différentes façons de gouverner un pays.

 

Le principe en est, en France, et jusqu’à nouvel ordre :

 

« le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » (titre 1, article 2 de la Constitution)

 

La déclaration des droits de l’homme de 1793 dira même dans son article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

 

Et d’ailleurs n’est-elle pas belle la devise de la France : « Liberté, égalité, fraternité »

 

Peut-on dire mieux ? Mais qu’en fait-on ?

 

 

 

Il y a certes une autre façon de gouverner. C’est évidemment celles des entreprises. Le but recherché, je dis bien le seul but recherché, est le profit, et le profit immédiat si possible, tant pis pour les dégâts. Alors on fabrique des objets utiles ou inutiles, l’essentiel étant qu’ils se vendent. Pour ce faire, on utilise toutes sortes de matériaux, physiques, biologiques, intellectuels. Les moyens sont  aussi variés que possible, outils matériels, algorithmes de toutes sortes, êtres humains, peu importe qu’ils s’usent à l’emploi, tout est mis au même rang. D’ailleurs on finit pas en être encombrés : des continents de plastique, des déchets nucléaires à durée de vie redoutable, des millions de chômeurs sur le pavé.

 

Allons disons le clairement, bien des chefs d’Etat sont tentés par cette façon d’agir : c’est efficace, le résultat est quantifiable rapidement, on voit clair.

 

 

 

Mais il y a pire et l’on y court à toute vitesse. C’est la troisième façon de gouverner : celle des maisons de correction. Alors plus besoin de conciliabule. L’insulte suffit largement : « fainéants, cyniques, extrémistes ». Il est vrai que Macron était à bonne école avec la « racaille » et le « petit con » de Sarkozy. On imagine un instant ce qu’il y a dans la tête de ces gens qui nous gouvernent.

 

Elle est belle notre république !

 

Fernand COMTE

 

14 septembre 2017

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

Le Capitalisme détruit la

 

démocratie.

 

 

 

 

 

Le peuple n’a plus rien à dire puisque des experts hyperrationnels savent d’une façon  infaillible ce qu’il faut faire.

Eh oui les choses sont réglées comme du papier à musique :

Il fut une époque où le prix des objets dépendait intégralement du temps passé à les fabriquer, puis il a été fixé sur leur utilité (nous sommes donc passés de la production à la consommation), mais maintenant, nous avons franchi une nouvelle étape, les prix sont fixés suivant l’offre du marché. S’il y en a beaucoup sur le marché, les prix baissent, s’il y  en a peu, les prix montent. Ceux qui fabriquent, ceux qui vendent n’ont plus rien à y voir. Et  l’on sait comment ce procédé peut être manipulé et est effectivement manipulé par les  financiers. Car il suffit de limiter l’offre pour que les prix montent quels que soient les  besoins de la population.

Ainsi les financiers agissent-ils sur les matières premières, les produits alimentaires (tant  pis pour ceux qui ne mangent pas à leur faim) et même l’offre de travail, il est très  avantageux qu’il y ait beaucoup de chômeurs, cela fait baisser les salaires.

Dans le genre, on sait le tripatouillage accompli en 1992 par le milliardaire George Soros et  ses collègues contre la livre sterling. On vend des quantités énormes de livres sterling, les  prix baissent, on rachète, les prix montent et la livre sterling a dû être dévaluée de près de  15 %. Tant pis pour les Anglais, Soros y a gagné une plus-value estimée à environ 1,1  milliard de dollars !

Ainsi ceux qui possèdent l’argent ont tous les pouvoirs. Vous voulez emprunter, pas de  problème, ils vous prêtent, mais ils ne prennent aucun risque, l’intérêt qu’ils vont vous  imposer dépendra uniquement de vos possibilités supposées de remboursement, un  intérêt très élevé si vous semblez avoir du mal à rembourser, un intérêt très faible si vous  semblez n’avoir aucune difficulté à ce sujet.

C’est ainsi, exemple typique, que la Grèce se trouve endettée avec un intérêt qu’elle ne  peut assumer.

Ce sont les règles du capitalisme.

D’ailleurs les autorités politiques le reconnaissent :

« Les élections ne peuvent changer quoi que ce soit, dit Wolfgang Shäuble, le ministre de  l’économie allemande. Si à chaque fois qu’il y a une élection les règles changeaient,  l’Eurozone ne pourrait fonctionner.» Ce à quoi répond Varoufakis : « S’il est vrai que les  élections ne peuvent rien changer, nous devrions être honnêtes et le dire à nos citoyens. »1

Il est vrai que Jean Claude Junker avait déjà dit : « il ne peut y avoir de choix démocratique  contre les traités européens », et il faudrait ajouter que ces traités européens ont été  imposés contre la volonté du peuple (54 % de la population ont voté contre en France).

On me dira les comptes sont les comptes. Deux et deux font quatre, on ne peut rien y  changer. Mais précisément les deux et les deux sont entièrement fabriqués. Qui décide de  faire passer 10 % des plus values des salaires aux profits des actionnaires ? Qui décide de  la loi du marché ? Toujours les financiers, le peuple n’a rien à dire, la démocratie est  bafouée.

On en garde pourtant l’image et il y a des élections.

Et certains candidats sans vergogne ont l’aplomb de proposer aux électeurs de travailler  plus et plus longtemps, de poursuivre l’austérité, de réduire les indemnités de chômage,  etc. Effectivement ils savent qu’ils ne peuvent rien contre l’augmentation des profits des  grosses entreprises (La France est championne sur ce point), qu’ils ne peuvent ou plutôt  qu’ils ne veulent rien faire contre. C’est la loi du marché.

 

Fernand COMTE

 29 septembre 2016

 

 

La volonté du peuple?

 

 

 

Qui dit démocratie dit pouvoir du peuple. Voyons ce qui en est : il y a au départ 10 à 13 % des électeurs potentiels qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Il n'en reste donc plus que 90%. Sur ces 90%  il y a entre 60% et 15 % d'abstention, prenons une moyenne soit 30 %, ce qui fait 30 % de 90 % soit autour de 27 %, il reste donc 90 - 10 - 27 = 53 %. De ces 53 %, seule la majorité sera représentée soit 26 %. Ainsi les représentants du peuple par exemple à l'Assemblée nationale ne représentent réellement que 26 % du peuple et ils prennent des décisions encore une fois à la majorité. Il ne reste donc plus que 13 % pour prendre des décisions. Peut-on encore parler de démocratie?

 

On me dira " ce n'est pas le cas pour l'élection du président" Et allons donc. Il est vrai que l'élu représente 50% des suffrages exprimés. Mais il faut tenir compte à la fois des non inscrits et des bulletins nuls. Et surtout lorsque l'on vote pour un président est-ce pour lui que l'on vote ou contre son concurrent, puisqu'au deuxième tour il n'y a plus que deux candidats. Cela s'est avéré tellement vrai, par exemple quand Chirac a été opposé à Jean Marie Le Pen en 2002 et même quand Hollande a été opposé à Sarkozy. On voit bien qu'il y a quelque chose à revoir dans notre démocratie.

 

Comment des gens aussi mal élus peuvent-ils se dire encore représentants de la population?

 

Il faut ajouter qu'il y a une sorte de cercle vicieux : ce peu de fiabilité du système électoral, ce que Raoul Marc Jennar appelle  "La trahison des élites"[1], la novlangue et "La Propagande du quotidien" stigmatisés par Eric Hazan[2] et sans doute bien d'autres éléments de la situation entraînent automatiquement une importante désaffection des citoyens, laquelle rend le fonctionnement de la démocratie de plus en plus aléatoire, et peut-être même dangereux.

 

Ce que d'aucuns appelle démocratie n'est plus qu'une comédie jouée dans un cercle restreint de profiteurs qui s'appuient sur des lois, ... sur une constitution.

 

Et ils trichent, et ils se croient les maîtres, et ils ne décident qu'à leur convenance à eux, sans se soucier de ce que pensent la population..

 

Souvenons-nous du referendum sur le traité européen, refusé avec une très grande majorité par le peuple et récupéré allègrement par nos représentants sous la tutelle de Sarkozy.

 

Souvenons-nous de l'engagement clair et ferme de Hollande contre le monde de la finance et son engagement à ne pas ratifier le pacte de stabilité.

 

Parfois cela prend des allures de grandiloquence :  "Miracle, dit Sarkosy en septembre 2009, nous avons mis fin aux paradis fiscaux". Cette montagne de logorhée n'a donné naissance qu'à une souris, à savoir une vague demande de coordination entre quelques pays (seulement quelques-uns) paradis fiscaux et quelques pays non paradis fiscaux.

 

Cette perfidie ne se limite d'ailleurs pas au plus haut niveau, ce qui serait déjà désastreux: curieusement depuis quelques semaines  trois personnages précisément chargés du contrôle des impôts, un ministre du budget, Cahusac, un ministre du commerce, Thevenoud et enfin un président de la commission des finances, Carrez, se font pincer pour fraude fiscale. "Faites ce que je dis, ne faîtes pas ce que je fais." 

 

Et on se demande sérieusement si ce n'est pas seulement la partie émergée de l'iceberg?

 

Et l'on peut continuer : dans le style de la comédie des paradis fiscaux, on a fait grand cas de la séparation des banques d'affaires et des banques de dépôts, eh bien ce grand projet s'est réduit en peau de chagrin, ce n'est plus qu'une simple séparation de filiales, c'est-à-dire à peu près rien.

 

Et puisqu'on parle de filiales, une loi était en préparation pour que le donneur d'ordre, souvent une multinationale, soit responsable des infractions faites par les sous-traitants, en définitive la loi votée le 10 juillet 2014 se contente d'obliger les donneurs d'ordre à faire, dans ce cas, des remontrances aux sous-traitants. "Allons, les enfants, vous ne faites pas bien."

 

Mais nous n'en finirions pas, si nous voulions citer tous les cas semblables.

 

Sans vouloir faire absolument l'amalgame avec les Etats-Unis d'Amérique et leur constitution, on peut citer ce texte de Howard Zinn[3] :

 

 

 

"L’idée de la constitution fut de mettre en place un gouvernement qui serait capable de s’occuper des rebellions des pauvres, qui serait capable de s’occuper des révoltes d’esclaves, qui serait capable de s’engouffrer à l’Ouest et de gérer ces Indiens qui ne voulaient pas que des blancs s’installent sur leurs territoires. L’idée en d’autres termes, était de créer un gouvernement suffisamment fort pour protéger les intérêts des expansionnistes territoriaux, des esclavagistes, des marchands, des actionnaires de sociétés. Voilà ce qu’était l’idée. "

 

Et pourtant la constitution américaine commence par ses mots : “Nous, le peuple des Etats-Unis…” (La trahison des mots!)

 

Et notre auteur de conclure :

 

"Ultimement, si vous voulez changer les choses socialement et politiquement, cela doit être fait au travers d’un mouvement citoyen. C’est çà la démocratie. C’est à ce moment là seulement que la démocratie vit !"

 

Fernand COMTE

 

 29 novembre 2014

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

 

Une remarque de Florent et il a raison :

Si je suis bien, tu retires 2 fois 10 ?
ça n'enlève rien au fond du discours...
Florent

Le 30/11/2014 17:03, Fernand COMTE a écrit :

 

 


[1]Raoul Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, édition augmentée, Fayard, 2004

[2]Eric Hazan, LQR : La propagande du quotidien, éditions Raisons d'agir, 2006

 

[3]Extraits du discours de l’historien Howard Zinn “History Matters” en 2004 à Cambridge, Massassuchetts, compilés par Anthony Arnove dans son livre “Howard Zinn Speaks”, 2013 (p.161-174)

Le sens des mots

 

Un ami américain, professeur à l'université de Chicago me dit enseigner la démocratie.

- Ah oui! Vous partez sans doute de la Grèce antique, d'Aristote, des réformes de Solon et de Clisthène.

- Mais pas du tout, me répond-t-il. Je ne parle que de démocratie américaine. La démocratie,  pour nous, c'est bien sûr le pouvoir du peuple, mais d'abord le pouvoir du peuple sur lui-même, le pouvoir de l'individu sur lui-même. Il s'agit essentiellement de l'émanciper, c'est-à-dire de le libérer des conditions, - disons plutôt des contraintes - biologiques, naturelles et sociales, oui même sociales, pour en faire quelqu'un de totalement libre. On parle d'émancipation pour les enfants qui deviennent adultes parce qu'ils ne sont plus sous la dépendance de leurs parents, eh bien il y a aussi une sorte d'émancipation de l'adulte qui se libère ainsi de toute dépendance et devient vraiment responsable, c'est-à-dire maître de sa vie. Faire de chacun un centre autonome de raisonnement et de décision. Tocqueville parlait d'« humanités distinctes ».

Quelque temps plus tard, nous avons la visite de la compagne de ce professeur. Elle faisait un voyage à travers les pays en développement. Sa mission, financée par une fondation des États-Unis, était d'apporter la "démocratie" aux femmes de ces pays. Pour elle apporter la démocratie, c'était essentiellement les aider à gérer leurs conditions de vie et leurs entreprises, eh oui, leurs entreprises.

Ainsi cette définition de la démocratie concerne presque exclusivement les individus.

La communauté, la cohésion sociale, la vie en commun, est fonction au jour le jour des individus.  Elle arrive comme par surcroît. On voit d'ailleurs aux États-Unis des routes financées par des particuliers ("adopt that way"), des éclairages publics assumés par des maisons particulières, des parcs uniquement gérés sur des dons. La santé, les retraites et même souvent les prisons sont des affaires privées sous l'égide de l'état.

C'est la démocratie américaine toute orientée vers le maximum de liberté.

 

Rien à voir  avec la démocratie telle que l'a instituée la révolution française. à ce moment-là ce n'est pas la liberté qui est prioritaire, mais l'égalité. Les révolutionnaires ont même poussé leurs convictions  jusqu'à  la caricature en guillotinant tous ceux dont la tête dépassait.

Cela n'a pas été facile : il a fallu d'abord combattre les pouvoirs en place  qui ne s'appuyaient que sur des traditions révolues, des mythes inventés, des croyances farfelues, en fait qui ne s'appuyaient que sur du vent. Il a fallu deux dynasties royales, deux empires, cinq républiques, des constitutions multiples, des révolutions fréquentes et nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il y a encore beaucoup à faire pour organiser la vie commune, c'est-à-dire non pas la laisser s'organiser toute seule, j'allais dire sans se parler, mais au contraire s'entendre, s'écouter, se comprendre les uns les autres pour répartir le plus équitablement tâches et avantages. Bien sûr il faudra une autorité qui s'impose et c'est la montée en puissance de la dépense publique et les risques énormes de corruption.  Rien n'est parfait.

C'est pourtant l'objectif des services publics dont les principes sont particulièrement égalitaires : égalité d’accès, de tarifs, de traitement pour tous, proximité et continuité du service sur toutes les parties du territoire, attention  donnée aux personnes quelques qu'elles soient.

Certaines de ces institutions sont définitivement acquises, enfin on l'espère.

 

D'une démocratie et de l'autre, on peut  voir les excès :

De la première on craint la liberté du renard libre dans le poulailler libre et le monde actuel n'est pas sans montrer quelque peu cette dérive du moins au niveau économique.

De la seconde on peut craindre le troupeau de moutons ... et la désaffection de la politique de beaucoup de citoyens en est la première image.

 

En tout état de cause ces deux sens de la démocratie affectent sérieusement les négociations actuelles concernant le traité transatlantique.

Fernand COMTE

22 février 2014

Fernand@fernandcomte.fr

Voir le blog www.fernandcomte.fr

 

Commentaires

 

Le 22/02/2014 18:39, A a écrit :


Bonjour
Il est pour le moins curieux de conclure cet article intitulé "le sens des mots" par un tel contresens.
Où voit-on que les négociations du traité transatlantique serait affectées par des conceptions antagonistes de la démocratie, alors que les négociateurs, qu'ils soient Américains ou Européens partagent fondamentalement la même idéologie qui confond "démocratie" et libre marché?
A

 

Le 22/02/14 16:58,  B a écrit

Bonsoir,

C'est un fait certain que les puissants, des deux côtés, ont les mêmes valeurs. Valeurs qui laissent de côté les peuples, masquées derrière le mot démocratie ! Ça doit être pour ça qu'ils en parlent tous sans cesse!
Par contre, je suis entièrement d'accord, avec Fernand, pour dire que les peuples, des deux côtés (il y a des exceptions) dans leurs majorités, n'ont absolument pas les mêmes valeurs ! Il suffit de voir comment les américains sont attachés à leur pétoire ! Comment ils défendent le patrimoine et la fortune des riches, même quand elle a été volée à eux-mêmes, pour la raison qu'un jour, eux aussi ils pourraient être riches! Etc.,etc...  
Dans ce sens, j'espère que les peuples européens vont réussir à mettre des freins à ce GMT comme ils l'avaient fait pour l'AMI, le TCE etc...

J'ai voulu le comprendre comme cela.

B

Fernand écrit  le 22/02/14 19:06

 

Bonsoir

Je reconnais le contre-sens signalé. J'aurais bien aimé qu'il n'en soit pas ainsi. Il reste que si les négociateurs ne sont, hélas, pas affectés par ces deux sens de la démocratie, les négociations, elles, le sont, puisqu'elles engagent des peuples entiers. C'est bien la responsabilité politique qui est ici mise en question. Mais les négociateurs se croient-ils encore représentants des peuples?

Fernand

 

On me dit que l'égalité n'a été écrite noir sur blanc dans les constitutions françaises qu'en 1848. C'est exact. Mais pensons tout de même qu'il y avait un courant de pensée qui s'est fait jour très tôt. Robespierre parlait d'égalité dès 1793. Il est vrai qu'alors il n'a pas été suivi. Il a fallu des années pour que ce terme soit admis.

 

Fernand le 3 mars 2014

Les Experts

Pic de la Mirandole, un phénomène rare : à dix-huit ans  il parlait vingt-deux langues, puis il prétendit discourir « de omni re scibili » (« de toute chose connaissable »). Ainsi était-il  philosophe, physicien, astrologue, théologien, en somme expert en toutes choses. Il  est vrai qu’il vivait au XVe siècle.  Et peut-être était-il bien prétentieux. En tout état de cause, il a gardé cette réputation de quelqu’un qui connaissait tout ce qui pouvait être connu.

Les choses ont tout de même bien changé depuis cette époque.

Je me souviens avoir jadis demandé à un philosophe-sociologue de renommée un article sur les stars du show business. Il avait effectivement écrit un livre sur le sujet une dizaine d’années auparavant. Pourtant il refusa net disant que ce sujet n’était plus dans ses préoccupations et qu’il serait incapable de le traiter. Il était expert certes, mais seulement au moment de ses études sur le sujet.

Un autre à qui j’avais demandé de parler de catharsis, un mot savant sans doute pour beaucoup, me dit qu’il ne comprenait pas cette notion, qu’il était incapable de la traiter. Puis quinze jours plus tard, il me rappelle pour me dire qu’il avait étudié le sujet et qu’il pouvait en parler. Il est devenu expert par son travail.

Toutes ces expériences montrent effectivement le vrai sens d’expert. L’expert est celui qui a expérimenté, et s’il n’a pas expérimenté, il ne peut pas être expert. Cette idée paraît particulièrement valable en ce qui concerne les savoir-faire manuels. Nul doute que celui qui sait manier la truelle, celui qui sait faire un meuble avec tous ces fignolages que sont emboîtements, placage, et même marqueterie, celui qui sait toutes les astuces de la réparation d’une voiture parce qu’il en a vues de toutes les couleurs à ce sujet, nulle doute que celui-là est un expert indiscutable. S’il n’a pas fait le tour complet des choses de son métier, il en en fait une grande partie.

J’aimerai y ajouter une touche personnelle. J’ai un frère qui était fendeur aux ardoisières. Je l’ai vu parfois travailler. Le bloc de pierre entre ses genoux, - on appelait ce bloc un « reparton » - il saisissait son ciseau, c’est-à-dire une sorte de lame métallique, la mettait sur le bord du bloc de pierre dans sa partie la plus étroite et frappait avec un maillet. Rien d'extraordinaire jusque-là. Mais il fallait prendre la pierre dans le bon sens, frapper juste au bon endroit, taper ni trop fort, ce qui aurait fait éclater le matériau, ni trop faible ce qui n’aurait donné aucun résultat. On peut parler d'un travail délicat malgré la force qu'il faut utiliser, et pourtant de ce « reparton », l’ouvrier va en quelques minutes en débiter un grand nombre d’ardoises de quelques millimètres d’épaisseur. On voit celles-ci arriver une à une à grande vitesse sur la table basse placée devant le chantier.  Précision et rapidité ! Ce travail d’expert suppose  un respect et une sorte de complicité avec le matériau en même temps qu’une véritable connivence. Les fendeurs d’ardoises ont depuis lors été remplacés par des machines, sans doute plus rapides mais provoquant un gaspillage de matériaux phénoménal.

Peut-on en dire autant de tous ceux que l’on appelle experts. Quand le domaine concerné prend de grandes dimensions, quand il rencontre une complexité extrême, quand il comporte des aléas indicibles, alors connivence, complicité et même respect deviennent de plus en plus difficiles. Le plus souvent nous ne sommes plus dans le cas d’une expérimentation, mais seulement celui d’une connaissance.  A cette connaissance s’applique particulièrement ce jugement du physicien hollandais  H. Kramers qui disait en 1987 : « Généralement dans le monde de la pensée humaine et en science physique en particulier, les concepts les plus importants et les plus productifs sont ceux auquel il est impossible de donner un sens bien défini. »[1]

Et pourtant par une espèce de jeu inversé du langage, ce sont ces derniers qui porteront le plus souvent le qualificatif d'expert.

Attention ! Il n’est pas question ici de sous-évaluer le travail incontestable et important des chercheurs. Mais il s’agit seulement de bien entendre entre autres la parole de l’un d’entre eux à savoir Jacques Généreux : « Nous avons besoin de livres, dit-il, pour découvrir que ce que nous comprenons sur nous-mêmes n’est pas toujours un savoir médiocre et moins pertinent que celui des « experts » qui soutiennent le contraire que ce que nous ressentons. » (La Dissociété, page 175).  Chacun doit être à sa place.

Les experts, « ces experts-là » sont en effet bien tentés de s’éloigner du quotidien.

Une soi-disante expertise qui n’est en fait qu’une connaissance, un savoir, porte en fait trois caractéristiques essentielles :

La connaissance est plus ou moins douteuse : on sait comment les théories scientifiques se succèdent les unes aux autres, les dernières contredisant ou tout au plus corrigeant les précédentes.

La copnnaissance est toujours partielle, tout simplement parce qu’il est tout simplement impossible de faire le tour complet d’une question complexe. Parfois même dans la hâte d’arriver à une conclusion, les « experts » négligent certains aspects importants. Cela fait penser aux déchets de l'industrie du nucléaire. Il n'y a encore pas de solutions valables.

La connaissance enfin est immanquablement partiale.

Il y a chez ces « experts » une tentation très grave. Leur compétence le plus souvent acquise en entreprise, - surtout à notre époque où la recherche publique, que l’on pourrait penser neutre, se réduit en peau de chagrin - , les lie consciemment ou inconsciemment au milieu dans lequel ils ont vécu et même, disons le net, aux intérêts des entreprises auxquelles ils ont participé. Nous disions partiaux, ils le sont même malgré eux, liés qu’ils sont à qui les ont employés et qui parfois les rémunèrent encore.

Voyons les faits :

-       vingt-deux des vingt-sept membres du conseil scientifique de l'Agence du médicament (qui autorise la mise des médicaments sur le marché) déclarent des liens d'intérêt avec des laboratoires,

-       dix des treize experts de l’EFSA, chargé d’évaluer les risques des produits chimiques sur l’alimentation sont liés à l’industrie agroalimentaire ou directement à l’Ilsi, l’association de lobbying montée par les géants de l’agroalimentaire tel que Monsanto.

-       Au moment de l’affaire des nitrates en Bretagne, est apparu un  institut de l’environnement, association à but "non lucratif", à gestion "désintéressée", qui se trouve par hasard comme membre fondateur… le premier groupement de producteurs de porcs.

Et l’on pourrait continuer la liste. La presse en parle pas ou peu, on le comprend, elle vit de la publicité financée par les puissants intérêts économiques.

Allez, et nous n’avons pas été jusqu’au bout de nos réflexions. Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008 affirme « la macroéconomie avait au mieux été spectaculairement inutile, au pire carrément nuisible. »[2] Et Vlan pour les experts en économie !

Alors ne donnons pas  trop de place aux « experts ».

Fernand COMTE

9 février 2014

Fernand@fernandcomte.fr

Voir le blog www.fernandcomte.fr



[1]                      Cité par Jacques Reisse, La Longue histoire de la matière, Puf, 2006, page 292.

[2] The économist, 16 juillet 2008

 

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Commentaires

29.01 | 00:00

Bonsoir ou bonjour,
Je suis la compagne de Fernand mort le 22 novembre 2017. Ce blog reste ouvert pour commentaires ; nous projetons un livre à partir du blog.

...
16.01 | 21:50

je regarde ton blog ce soir
c'est bon pour moi: tu y es bien
avant je ne le faisais pas

...
26.07 | 19:16

Je viens de lire un peu plus tes articles. j'ai ouvert le blog. Ils mettent en mots, en ordre les pensées que j'essaie d'ébaucher. je vais continuer.

...
13.08 | 01:08

Bonsoir Fernand, c'est avec plaisir que je viens de decouvrir votre blog. Amities, Lucian

...
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