Gouverner

 

 

 

Il y a évidemment différentes façons de gouverner un pays.

 

Le principe en est, en France, et jusqu’à nouvel ordre :

 

« le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » (titre 1, article 2 de la Constitution)

 

La déclaration des droits de l’homme de 1793 dira même dans son article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

 

Et d’ailleurs n’est-elle pas belle la devise de la France : « Liberté, égalité, fraternité »

 

Peut-on dire mieux ? Mais qu’en fait-on ?

 

 

 

Il y a certes une autre façon de gouverner. C’est évidemment celles des entreprises. Le but recherché, je dis bien le seul but recherché, est le profit, et le profit immédiat si possible, tant pis pour les dégâts. Alors on fabrique des objets utiles ou inutiles, l’essentiel étant qu’ils se vendent. Pour ce faire, on utilise toutes sortes de matériaux, physiques, biologiques, intellectuels. Les moyens sont  aussi variés que possible, outils matériels, algorithmes de toutes sortes, êtres humains, peu importe qu’ils s’usent à l’emploi, tout est mis au même rang. D’ailleurs on finit pas en être encombrés : des continents de plastique, des déchets nucléaires à durée de vie redoutable, des millions de chômeurs sur le pavé.

 

Allons disons le clairement, bien des chefs d’Etat sont tentés par cette façon d’agir : c’est efficace, le résultat est quantifiable rapidement, on voit clair.

 

 

 

Mais il y a pire et l’on y court à toute vitesse. C’est la troisième façon de gouverner : celle des maisons de correction. Alors plus besoin de conciliabule. L’insulte suffit largement : « fainéants, cyniques, extrémistes ». Il est vrai que Macron était à bonne école avec la « racaille » et le « petit con » de Sarkozy. On imagine un instant ce qu’il y a dans la tête de ces gens qui nous gouvernent.

 

Elle est belle notre république !

 

Fernand COMTE

 

14 septembre 2017

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

Le Capitalisme détruit la

 

démocratie.

 

 

 

 

 

Le peuple n’a plus rien à dire puisque des experts hyperrationnels savent d’une façon  infaillible ce qu’il faut faire.

Eh oui les choses sont réglées comme du papier à musique :

Il fut une époque où le prix des objets dépendait intégralement du temps passé à les fabriquer, puis il a été fixé sur leur utilité (nous sommes donc passés de la production à la consommation), mais maintenant, nous avons franchi une nouvelle étape, les prix sont fixés suivant l’offre du marché. S’il y en a beaucoup sur le marché, les prix baissent, s’il y  en a peu, les prix montent. Ceux qui fabriquent, ceux qui vendent n’ont plus rien à y voir. Et  l’on sait comment ce procédé peut être manipulé et est effectivement manipulé par les  financiers. Car il suffit de limiter l’offre pour que les prix montent quels que soient les  besoins de la population.

Ainsi les financiers agissent-ils sur les matières premières, les produits alimentaires (tant  pis pour ceux qui ne mangent pas à leur faim) et même l’offre de travail, il est très  avantageux qu’il y ait beaucoup de chômeurs, cela fait baisser les salaires.

Dans le genre, on sait le tripatouillage accompli en 1992 par le milliardaire George Soros et  ses collègues contre la livre sterling. On vend des quantités énormes de livres sterling, les  prix baissent, on rachète, les prix montent et la livre sterling a dû être dévaluée de près de  15 %. Tant pis pour les Anglais, Soros y a gagné une plus-value estimée à environ 1,1  milliard de dollars !

Ainsi ceux qui possèdent l’argent ont tous les pouvoirs. Vous voulez emprunter, pas de  problème, ils vous prêtent, mais ils ne prennent aucun risque, l’intérêt qu’ils vont vous  imposer dépendra uniquement de vos possibilités supposées de remboursement, un  intérêt très élevé si vous semblez avoir du mal à rembourser, un intérêt très faible si vous  semblez n’avoir aucune difficulté à ce sujet.

C’est ainsi, exemple typique, que la Grèce se trouve endettée avec un intérêt qu’elle ne  peut assumer.

Ce sont les règles du capitalisme.

D’ailleurs les autorités politiques le reconnaissent :

« Les élections ne peuvent changer quoi que ce soit, dit Wolfgang Shäuble, le ministre de  l’économie allemande. Si à chaque fois qu’il y a une élection les règles changeaient,  l’Eurozone ne pourrait fonctionner.» Ce à quoi répond Varoufakis : « S’il est vrai que les  élections ne peuvent rien changer, nous devrions être honnêtes et le dire à nos citoyens. »1

Il est vrai que Jean Claude Junker avait déjà dit : « il ne peut y avoir de choix démocratique  contre les traités européens », et il faudrait ajouter que ces traités européens ont été  imposés contre la volonté du peuple (54 % de la population ont voté contre en France).

On me dira les comptes sont les comptes. Deux et deux font quatre, on ne peut rien y  changer. Mais précisément les deux et les deux sont entièrement fabriqués. Qui décide de  faire passer 10 % des plus values des salaires aux profits des actionnaires ? Qui décide de  la loi du marché ? Toujours les financiers, le peuple n’a rien à dire, la démocratie est  bafouée.

On en garde pourtant l’image et il y a des élections.

Et certains candidats sans vergogne ont l’aplomb de proposer aux électeurs de travailler  plus et plus longtemps, de poursuivre l’austérité, de réduire les indemnités de chômage,  etc. Effectivement ils savent qu’ils ne peuvent rien contre l’augmentation des profits des  grosses entreprises (La France est championne sur ce point), qu’ils ne peuvent ou plutôt  qu’ils ne veulent rien faire contre. C’est la loi du marché.

 

Fernand COMTE

 29 septembre 2016

 

 

La volonté du peuple?

 

 

 

Qui dit démocratie dit pouvoir du peuple. Voyons ce qui en est : il y a au départ 10 à 13 % des électeurs potentiels qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Il n'en reste donc plus que 90%. Sur ces 90%  il y a entre 60% et 15 % d'abstention, prenons une moyenne soit 30 %, ce qui fait 30 % de 90 % soit autour de 27 %, il reste donc 90 - 10 - 27 = 53 %. De ces 53 %, seule la majorité sera représentée soit 26 %. Ainsi les représentants du peuple par exemple à l'Assemblée nationale ne représentent réellement que 26 % du peuple et ils prennent des décisions encore une fois à la majorité. Il ne reste donc plus que 13 % pour prendre des décisions. Peut-on encore parler de démocratie?

 

On me dira " ce n'est pas le cas pour l'élection du président" Et allons donc. Il est vrai que l'élu représente 50% des suffrages exprimés. Mais il faut tenir compte à la fois des non inscrits et des bulletins nuls. Et surtout lorsque l'on vote pour un président est-ce pour lui que l'on vote ou contre son concurrent, puisqu'au deuxième tour il n'y a plus que deux candidats. Cela s'est avéré tellement vrai, par exemple quand Chirac a été opposé à Jean Marie Le Pen en 2002 et même quand Hollande a été opposé à Sarkozy. On voit bien qu'il y a quelque chose à revoir dans notre démocratie.

 

Comment des gens aussi mal élus peuvent-ils se dire encore représentants de la population?

 

Il faut ajouter qu'il y a une sorte de cercle vicieux : ce peu de fiabilité du système électoral, ce que Raoul Marc Jennar appelle  "La trahison des élites"[1], la novlangue et "La Propagande du quotidien" stigmatisés par Eric Hazan[2] et sans doute bien d'autres éléments de la situation entraînent automatiquement une importante désaffection des citoyens, laquelle rend le fonctionnement de la démocratie de plus en plus aléatoire, et peut-être même dangereux.

 

Ce que d'aucuns appelle démocratie n'est plus qu'une comédie jouée dans un cercle restreint de profiteurs qui s'appuient sur des lois, ... sur une constitution.

 

Et ils trichent, et ils se croient les maîtres, et ils ne décident qu'à leur convenance à eux, sans se soucier de ce que pensent la population..

 

Souvenons-nous du referendum sur le traité européen, refusé avec une très grande majorité par le peuple et récupéré allègrement par nos représentants sous la tutelle de Sarkozy.

 

Souvenons-nous de l'engagement clair et ferme de Hollande contre le monde de la finance et son engagement à ne pas ratifier le pacte de stabilité.

 

Parfois cela prend des allures de grandiloquence :  "Miracle, dit Sarkosy en septembre 2009, nous avons mis fin aux paradis fiscaux". Cette montagne de logorhée n'a donné naissance qu'à une souris, à savoir une vague demande de coordination entre quelques pays (seulement quelques-uns) paradis fiscaux et quelques pays non paradis fiscaux.

 

Cette perfidie ne se limite d'ailleurs pas au plus haut niveau, ce qui serait déjà désastreux: curieusement depuis quelques semaines  trois personnages précisément chargés du contrôle des impôts, un ministre du budget, Cahusac, un ministre du commerce, Thevenoud et enfin un président de la commission des finances, Carrez, se font pincer pour fraude fiscale. "Faites ce que je dis, ne faîtes pas ce que je fais." 

 

Et on se demande sérieusement si ce n'est pas seulement la partie émergée de l'iceberg?

 

Et l'on peut continuer : dans le style de la comédie des paradis fiscaux, on a fait grand cas de la séparation des banques d'affaires et des banques de dépôts, eh bien ce grand projet s'est réduit en peau de chagrin, ce n'est plus qu'une simple séparation de filiales, c'est-à-dire à peu près rien.

 

Et puisqu'on parle de filiales, une loi était en préparation pour que le donneur d'ordre, souvent une multinationale, soit responsable des infractions faites par les sous-traitants, en définitive la loi votée le 10 juillet 2014 se contente d'obliger les donneurs d'ordre à faire, dans ce cas, des remontrances aux sous-traitants. "Allons, les enfants, vous ne faites pas bien."

 

Mais nous n'en finirions pas, si nous voulions citer tous les cas semblables.

 

Sans vouloir faire absolument l'amalgame avec les Etats-Unis d'Amérique et leur constitution, on peut citer ce texte de Howard Zinn[3] :

 

 

 

"L’idée de la constitution fut de mettre en place un gouvernement qui serait capable de s’occuper des rebellions des pauvres, qui serait capable de s’occuper des révoltes d’esclaves, qui serait capable de s’engouffrer à l’Ouest et de gérer ces Indiens qui ne voulaient pas que des blancs s’installent sur leurs territoires. L’idée en d’autres termes, était de créer un gouvernement suffisamment fort pour protéger les intérêts des expansionnistes territoriaux, des esclavagistes, des marchands, des actionnaires de sociétés. Voilà ce qu’était l’idée. "

 

Et pourtant la constitution américaine commence par ses mots : “Nous, le peuple des Etats-Unis…” (La trahison des mots!)

 

Et notre auteur de conclure :

 

"Ultimement, si vous voulez changer les choses socialement et politiquement, cela doit être fait au travers d’un mouvement citoyen. C’est çà la démocratie. C’est à ce moment là seulement que la démocratie vit !"

 

Fernand COMTE

 

 29 novembre 2014

 

 Fernand@fernandcomte.fr

 

 

Une remarque de Florent et il a raison :

Si je suis bien, tu retires 2 fois 10 ?
ça n'enlève rien au fond du discours...
Florent

Le 30/11/2014 17:03, Fernand COMTE a écrit :
Qui dit démocratie dit pouvoir du peuple. Voyons ce qui en est : il y a au départ 10 à 13 % des électeurs potentiels qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Il n'en reste donc plus que 90%. Sur ces 90%  il y a entre 60% et 15 % d'abstention, prenons une moyenne soit 30 %, ce qui fait 30 % de 90 % soit autour de 27 %, il reste donc 90 - 10 - 27 = 53 %
Il est vrai : je ne suis pas bon mathématicien, mais comme le dit Florent cela ne change rien au fond du problème.
Fernand

 

 


[1]Raoul Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, édition augmentée, Fayard, 2004

[2]Eric Hazan, LQR : La propagande du quotidien, éditions Raisons d'agir, 2006

 

[3]Extraits du discours de l’historien Howard Zinn “History Matters” en 2004 à Cambridge, Massassuchetts, compilés par Anthony Arnove dans son livre “Howard Zinn Speaks”, 2013 (p.161-174)

Le sens des mots

 

Un ami américain, professeur à l'université de Chicago me dit enseigner la démocratie.

- Ah oui! Vous partez sans doute de la Grèce antique, d'Aristote, des réformes de Solon et de Clisthène.

- Mais pas du tout, me répond-t-il. Je ne parle que de démocratie américaine. La démocratie,  pour nous, c'est bien sûr le pouvoir du peuple, mais d'abord le pouvoir du peuple sur lui-même, le pouvoir de l'individu sur lui-même. Il s'agit essentiellement de l'émanciper, c'est-à-dire de le libérer des conditions, - disons plutôt des contraintes - biologiques, naturelles et sociales, oui même sociales, pour en faire quelqu'un de totalement libre. On parle d'émancipation pour les enfants qui deviennent adultes parce qu'ils ne sont plus sous la dépendance de leurs parents, eh bien il y a aussi une sorte d'émancipation de l'adulte qui se libère ainsi de toute dépendance et devient vraiment responsable, c'est-à-dire maître de sa vie. Faire de chacun un centre autonome de raisonnement et de décision. Tocqueville parlait d'« humanités distinctes ».

Quelque temps plus tard, nous avons la visite de la compagne de ce professeur. Elle faisait un voyage à travers les pays en développement. Sa mission, financée par une fondation des États-Unis, était d'apporter la "démocratie" aux femmes de ces pays. Pour elle apporter la démocratie, c'était essentiellement les aider à gérer leurs conditions de vie et leurs entreprises, eh oui, leurs entreprises.

Ainsi cette définition de la démocratie concerne presque exclusivement les individus.

La communauté, la cohésion sociale, la vie en commun, est fonction au jour le jour des individus.  Elle arrive comme par surcroît. On voit d'ailleurs aux États-Unis des routes financées par des particuliers ("adopt that way"), des éclairages publics assumés par des maisons particulières, des parcs uniquement gérés sur des dons. La santé, les retraites et même souvent les prisons sont des affaires privées sous l'égide de l'état.

C'est la démocratie américaine toute orientée vers le maximum de liberté.

 

Rien à voir  avec la démocratie telle que l'a instituée la révolution française. à ce moment-là ce n'est pas la liberté qui est prioritaire, mais l'égalité. Les révolutionnaires ont même poussé leurs convictions  jusqu'à  la caricature en guillotinant tous ceux dont la tête dépassait.

Cela n'a pas été facile : il a fallu d'abord combattre les pouvoirs en place  qui ne s'appuyaient que sur des traditions révolues, des mythes inventés, des croyances farfelues, en fait qui ne s'appuyaient que sur du vent. Il a fallu deux dynasties royales, deux empires, cinq républiques, des constitutions multiples, des révolutions fréquentes et nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il y a encore beaucoup à faire pour organiser la vie commune, c'est-à-dire non pas la laisser s'organiser toute seule, j'allais dire sans se parler, mais au contraire s'entendre, s'écouter, se comprendre les uns les autres pour répartir le plus équitablement tâches et avantages. Bien sûr il faudra une autorité qui s'impose et c'est la montée en puissance de la dépense publique et les risques énormes de corruption.  Rien n'est parfait.

C'est pourtant l'objectif des services publics dont les principes sont particulièrement égalitaires : égalité d’accès, de tarifs, de traitement pour tous, proximité et continuité du service sur toutes les parties du territoire, attention  donnée aux personnes quelques qu'elles soient.

Certaines de ces institutions sont définitivement acquises, enfin on l'espère.

 

D'une démocratie et de l'autre, on peut  voir les excès :

De la première on craint la liberté du renard libre dans le poulailler libre et le monde actuel n'est pas sans montrer quelque peu cette dérive du moins au niveau économique.

De la seconde on peut craindre le troupeau de moutons ... et la désaffection de la politique de beaucoup de citoyens en est la première image.

 

En tout état de cause ces deux sens de la démocratie affectent sérieusement les négociations actuelles concernant le traité transatlantique.

Fernand COMTE

22 février 2014

Fernand@fernandcomte.fr

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Commentaires

 

Le 22/02/2014 18:39, A a écrit :


Bonjour
Il est pour le moins curieux de conclure cet article intitulé "le sens des mots" par un tel contresens.
Où voit-on que les négociations du traité transatlantique serait affectées par des conceptions antagonistes de la démocratie, alors que les négociateurs, qu'ils soient Américains ou Européens partagent fondamentalement la même idéologie qui confond "démocratie" et libre marché?
A

 

Le 22/02/14 16:58,  B a écrit

Bonsoir,

C'est un fait certain que les puissants, des deux côtés, ont les mêmes valeurs. Valeurs qui laissent de côté les peuples, masquées derrière le mot démocratie ! Ça doit être pour ça qu'ils en parlent tous sans cesse!
Par contre, je suis entièrement d'accord, avec Fernand, pour dire que les peuples, des deux côtés (il y a des exceptions) dans leurs majorités, n'ont absolument pas les mêmes valeurs ! Il suffit de voir comment les américains sont attachés à leur pétoire ! Comment ils défendent le patrimoine et la fortune des riches, même quand elle a été volée à eux-mêmes, pour la raison qu'un jour, eux aussi ils pourraient être riches! Etc.,etc...  
Dans ce sens, j'espère que les peuples européens vont réussir à mettre des freins à ce GMT comme ils l'avaient fait pour l'AMI, le TCE etc...

J'ai voulu le comprendre comme cela.

B

Fernand écrit  le 22/02/14 19:06

 

Bonsoir

Je reconnais le contre-sens signalé. J'aurais bien aimé qu'il n'en soit pas ainsi. Il reste que si les négociateurs ne sont, hélas, pas affectés par ces deux sens de la démocratie, les négociations, elles, le sont, puisqu'elles engagent des peuples entiers. C'est bien la responsabilité politique qui est ici mise en question. Mais les négociateurs se croient-ils encore représentants des peuples?

Fernand

 

On me dit que l'égalité n'a été écrite noir sur blanc dans les constitutions françaises qu'en 1848. C'est exact. Mais pensons tout de même qu'il y avait un courant de pensée qui s'est fait jour très tôt. Robespierre parlait d'égalité dès 1793. Il est vrai qu'alors il n'a pas été suivi. Il a fallu des années pour que ce terme soit admis.

 

Fernand le 3 mars 2014

Les Experts

Pic de la Mirandole, un phénomène rare : à dix-huit ans  il parlait vingt-deux langues, puis il prétendit discourir « de omni re scibili » (« de toute chose connaissable »). Ainsi était-il  philosophe, physicien, astrologue, théologien, en somme expert en toutes choses. Il  est vrai qu’il vivait au XVe siècle.  Et peut-être était-il bien prétentieux. En tout état de cause, il a gardé cette réputation de quelqu’un qui connaissait tout ce qui pouvait être connu.

Les choses ont tout de même bien changé depuis cette époque.

Je me souviens avoir jadis demandé à un philosophe-sociologue de renommée un article sur les stars du show business. Il avait effectivement écrit un livre sur le sujet une dizaine d’années auparavant. Pourtant il refusa net disant que ce sujet n’était plus dans ses préoccupations et qu’il serait incapable de le traiter. Il était expert certes, mais seulement au moment de ses études sur le sujet.

Un autre à qui j’avais demandé de parler de catharsis, un mot savant sans doute pour beaucoup, me dit qu’il ne comprenait pas cette notion, qu’il était incapable de la traiter. Puis quinze jours plus tard, il me rappelle pour me dire qu’il avait étudié le sujet et qu’il pouvait en parler. Il est devenu expert par son travail.

Toutes ces expériences montrent effectivement le vrai sens d’expert. L’expert est celui qui a expérimenté, et s’il n’a pas expérimenté, il ne peut pas être expert. Cette idée paraît particulièrement valable en ce qui concerne les savoir-faire manuels. Nul doute que celui qui sait manier la truelle, celui qui sait faire un meuble avec tous ces fignolages que sont emboîtements, placage, et même marqueterie, celui qui sait toutes les astuces de la réparation d’une voiture parce qu’il en a vues de toutes les couleurs à ce sujet, nulle doute que celui-là est un expert indiscutable. S’il n’a pas fait le tour complet des choses de son métier, il en en fait une grande partie.

J’aimerai y ajouter une touche personnelle. J’ai un frère qui était fendeur aux ardoisières. Je l’ai vu parfois travailler. Le bloc de pierre entre ses genoux, - on appelait ce bloc un « reparton » - il saisissait son ciseau, c’est-à-dire une sorte de lame métallique, la mettait sur le bord du bloc de pierre dans sa partie la plus étroite et frappait avec un maillet. Rien d'extraordinaire jusque-là. Mais il fallait prendre la pierre dans le bon sens, frapper juste au bon endroit, taper ni trop fort, ce qui aurait fait éclater le matériau, ni trop faible ce qui n’aurait donné aucun résultat. On peut parler d'un travail délicat malgré la force qu'il faut utiliser, et pourtant de ce « reparton », l’ouvrier va en quelques minutes en débiter un grand nombre d’ardoises de quelques millimètres d’épaisseur. On voit celles-ci arriver une à une à grande vitesse sur la table basse placée devant le chantier.  Précision et rapidité ! Ce travail d’expert suppose  un respect et une sorte de complicité avec le matériau en même temps qu’une véritable connivence. Les fendeurs d’ardoises ont depuis lors été remplacés par des machines, sans doute plus rapides mais provoquant un gaspillage de matériaux phénoménal.

Peut-on en dire autant de tous ceux que l’on appelle experts. Quand le domaine concerné prend de grandes dimensions, quand il rencontre une complexité extrême, quand il comporte des aléas indicibles, alors connivence, complicité et même respect deviennent de plus en plus difficiles. Le plus souvent nous ne sommes plus dans le cas d’une expérimentation, mais seulement celui d’une connaissance.  A cette connaissance s’applique particulièrement ce jugement du physicien hollandais  H. Kramers qui disait en 1987 : « Généralement dans le monde de la pensée humaine et en science physique en particulier, les concepts les plus importants et les plus productifs sont ceux auquel il est impossible de donner un sens bien défini. »[1]

Et pourtant par une espèce de jeu inversé du langage, ce sont ces derniers qui porteront le plus souvent le qualificatif d'expert.

Attention ! Il n’est pas question ici de sous-évaluer le travail incontestable et important des chercheurs. Mais il s’agit seulement de bien entendre entre autres la parole de l’un d’entre eux à savoir Jacques Généreux : « Nous avons besoin de livres, dit-il, pour découvrir que ce que nous comprenons sur nous-mêmes n’est pas toujours un savoir médiocre et moins pertinent que celui des « experts » qui soutiennent le contraire que ce que nous ressentons. » (La Dissociété, page 175).  Chacun doit être à sa place.

Les experts, « ces experts-là » sont en effet bien tentés de s’éloigner du quotidien.

Une soi-disante expertise qui n’est en fait qu’une connaissance, un savoir, porte en fait trois caractéristiques essentielles :

La connaissance est plus ou moins douteuse : on sait comment les théories scientifiques se succèdent les unes aux autres, les dernières contredisant ou tout au plus corrigeant les précédentes.

La copnnaissance est toujours partielle, tout simplement parce qu’il est tout simplement impossible de faire le tour complet d’une question complexe. Parfois même dans la hâte d’arriver à une conclusion, les « experts » négligent certains aspects importants. Cela fait penser aux déchets de l'industrie du nucléaire. Il n'y a encore pas de solutions valables.

La connaissance enfin est immanquablement partiale.

Il y a chez ces « experts » une tentation très grave. Leur compétence le plus souvent acquise en entreprise, - surtout à notre époque où la recherche publique, que l’on pourrait penser neutre, se réduit en peau de chagrin - , les lie consciemment ou inconsciemment au milieu dans lequel ils ont vécu et même, disons le net, aux intérêts des entreprises auxquelles ils ont participé. Nous disions partiaux, ils le sont même malgré eux, liés qu’ils sont à qui les ont employés et qui parfois les rémunèrent encore.

Voyons les faits :

-       vingt-deux des vingt-sept membres du conseil scientifique de l'Agence du médicament (qui autorise la mise des médicaments sur le marché) déclarent des liens d'intérêt avec des laboratoires,

-       dix des treize experts de l’EFSA, chargé d’évaluer les risques des produits chimiques sur l’alimentation sont liés à l’industrie agroalimentaire ou directement à l’Ilsi, l’association de lobbying montée par les géants de l’agroalimentaire tel que Monsanto.

-       Au moment de l’affaire des nitrates en Bretagne, est apparu un  institut de l’environnement, association à but "non lucratif", à gestion "désintéressée", qui se trouve par hasard comme membre fondateur… le premier groupement de producteurs de porcs.

Et l’on pourrait continuer la liste. La presse en parle pas ou peu, on le comprend, elle vit de la publicité financée par les puissants intérêts économiques.

Allez, et nous n’avons pas été jusqu’au bout de nos réflexions. Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008 affirme « la macroéconomie avait au mieux été spectaculairement inutile, au pire carrément nuisible. »[2] Et Vlan pour les experts en économie !

Alors ne donnons pas  trop de place aux « experts ».

Fernand COMTE

9 février 2014

Fernand@fernandcomte.fr

Voir le blog www.fernandcomte.fr



[1]                      Cité par Jacques Reisse, La Longue histoire de la matière, Puf, 2006, page 292.

[2] The économist, 16 juillet 2008

 

 

Le Chef

 

 

 

 

 

Les Jivaros n’ont pas de nom pour désigner le « chef ». En fait chez eux il n’y a pas de chef permanent. Certains prennent des missions certes, mais celles-ci sont limitées par leur objet, par le temps qui lui est nécessaire et ne laissent aucune trace sur le statut de l’intéressé.

 

Il y a quelque temps un éditeur m’avait demandé de participer à un livre concernant les hommes célèbres dans l’histoire. Il m’était imparti entre autres de trouver un auteur pour parler d’Alexandre le grand. Je me suis adressé à un professeur d’origine grecque, mais enseignant dans une université française. Je reçus un refus particulièrement cinglant. Pour cet universitaire non seulement Alexandre n’avait jamais été grec, mais il avait été un usurpateur, destructeur de la pensée grecque, fossoyeur de tout ce qu’avait apporté la Grèce à l’humanité. Un Chef en somme comme la Grèce n’en a jamais accepté.

 

Il faut dire que les Grecs ont toujours été méfiants à l’égard des hommes providentiels. Quelques-uns ont pourtant laissé leur nom dans l’histoire comme Solon, Clisthène et autres Périclès. Mais leur titre de gloire est précisément d’avoir fait à chaque fois un pas vers plus de démocratie en donnant plus de pouvoir de décision au peuple et moins à l’aristocratie.

 

L’aristocratie, voilà le mot. En principe il signifie le pouvoir des meilleurs : aristos signifie en grec le meilleur. Mais la dérive du sens fait qu’il ne s’agit pas tellement des meilleurs mais du petit nombre. Le mot devient peu à peu synonyme d’oligarchie. Peut-être l’était-il déjà dans l’antiquité grecque !

 

Quoi qu’il en soit, pour combattre cet inconvénient majeur, les Grecs anciens se sont aménagé un certain nombre de dispositions statutaires originales pour l’époque. Ainsi les membres de la « Boulè » étaient-ils tirés au sort. La « Boulè » était un organisme des plus importants, elle décidait des lois à soumettre à l’ « Ecclésia », ou assemblée du peuple, et veillait à leur application. Les bouleutes tirés au sort n’étaient donc sans doute pas les meilleurs, mais ils étaient vraiment sortis du peuple et non d’une sorte d’élite, élite qui n’était telle que par une sorte de magie incantatoire. Les précautions ne s’arrêtaient pas là. Les citoyens tirés au sort n’étaient en fonction que pendant une année et sans renouvellement possible sinon quelques années plus tard, et même cela, seulement une seule fois. Un citoyen ne pouvait donc être bouleute que deux fois et de façon non successive.  Cela faisait que la plupart des citoyens devenait bouleute au moins une fois dans leur vie.  Le système avait évidemment pour but de donner les responsabilités au plus grand nombre de citoyens. Il faut ajouter qu’il y avait un contrôle en fin de mandat et même la possibilité de révocation en cours du mandat.

 

La situation est ainsi résumée par Mogens Hansen : « Les Athéniens tiraient leurs magistrats au sort pour être sûrs qu’ils ne seraient pas les pilotes de l’État (...). Dans une démocratie, la volonté de limiter le pouvoir des magistrats s’associe avec celle de faire servir tout un chacun à son tour en qualité de magistrat » ( La Démocratie athénienne à l’époque de Démosthène, traduction de S. Bardet avec le concours de Ph. Gauthier, Paris, Les Belles Lettres, 1993. p. 275).

 

Il est vrai que cette démocratie grecque n’était pas en tout point parfaite : ils étaient seulement 40 000 à participer au tirage au sort sur une population évaluée à peu près à 200 000. Et sans doute  y avait-il au sein de la « Boulè » des lobies comme on dit aujourd’hui et même quelque peu de corruption.

 

La démocratie est toujours à venir comme dit Jacques Dérida.

 

 

 

Pourtant nous sommes loin, très loin des Grecs anciens avec notre démocratie représentative d’aujourd’hui. A se demander si l’on peut appeler cela démocratie ! En effet le contraste est frappant.

 

On voit la pusillanimité des candidats prêts à tout entendre, à tout accepter, à tout faire, tout dire pour se faire élire et l’arrogance de l’élu, sûr de lui, « droit dans ses bottes » comme disait l’un  d’eux, et ne tenant aucun compte des promesses faites. Je sais : cette description frise la caricature. Pourtant on se souvient des mots du candidat "mon adversaire, c'est le monde de la finance" et les actions  de l’élu, à savoir l’austérité face aux banques.

 

Il faut en effet des dons particuliers pour réussir à se faire élire, mais ce ne sont pas ces dons qui donnent le talent pour gouverner.

 

La démocratie à la grecque casse évidemment toute carrière politique. Pour les Grecs anciens, la politique ne pouvait pas et ne devait pas être un métier. Elle était de la responsabilité de tous. Aujourd’hui la constitution d’une classe d’hommes ou de femmes politiques, parce que mis à part, ont bien du mal à être près des gens, à comprendre leurs problèmes et parfois ne le cherchent même pas, trop heureux de se croire indispensables.  Cette dérive atteint même à sa façon le grand public. En effet il en est beaucoup qui se désintéressent de la politique tout en en subissant durement les contrecoups, simplement parce que d’autres s’en occupent. On a ainsi pu parler de monarchie républicaine : cela est vrai non seulement au niveau de l’Etat, mais même au niveau des départements sinon des communes.

 

Il y a pourtant des mesures qui donneraient plus de démocratie. On parle d’ailleurs de certaines d’entre elles mais sans jamais aboutir à les établir. Ce sont :

 

1)      L’interdiction du cumul des mandats  qu’ils soient simultanés ou successifs (pas de députés-maires, pas d’élus se présentant de nouveau à l’élection) ;

 

2)      Mandat impératif : l’élu n’a pouvoir que sur ce qu’il a promis. Un changement de politique impose un nouveau passage devant l’électeur, une nouvelle élection ;

 

3)      Le vote révocatoire : à la demande d’un certain nombre de citoyens, l’élu doit retourner devant l’électeur ;

 

4)      J’y ajouterai bien un dernier point : que tous les élus ne soient payés qu’au niveau du salaire médian de tous les Français (50 % des Français gagnent plus,  50 % des Français gagnent moins)

 

 

 

Il est évident que l’oligarchie au pouvoir ne peut être favorable à une telle remise en cause de son statut. Et comme, dans la situation actuelle, ils sont les seuls à pouvoir faire ces réformes, nous sommes enfermés. Ce n’est pas une raison pour ne pas chercher à les imposer.

 

 

 

La démocratie est toujours à venir comme dit Jacques Dérida.

 

Fernand COMTE

 

16 janvier 2014

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

Voir le blog www.fernandcomte.fr

 

 

L’autre

 

 

 

Lors de la guerre d’Espagne, une petite commune de quelque 5000 habitants, Calanda, s’est constituée en collectivité autonome et autogérée : tous les biens ont été mis en commun. Mais certains n'ont pas voulu être collectivisés. On leur a laissé les terres nécessaires pour vivre sans exploiter personne ! On les appelait les individualistes. Au sein du village, l'adhésion à la vie nouvelle était donc un fait volontaire. Par exemple la collectivité avait acquis deux moissonneuses-batteuses. Eh bien ! Une fois finie la besogne, les individualistes venaient battre leur blé avec les machines de la collectivité. Il n'y a pas eu de point de friction. « C'étaient des rela­tions comme ça, dans le but qu'un jour ils soient convaincus et qu'ils viennent... »

 

L’expérience s’est terminée d’abord par l’organisation imposée par les communistes, puis par l’arrivée des troupes fascistes qui ont fusillé plus de trois cents personnes (voir La collectivité de Calanda, éditions CNT, 1997 pages 52-53)

 

Un bel exemple de société sans contrainte !

 

Le contraire de ce que nous vivons aujourd’hui.

 

On voit cette manifestation monstrueuse contre le mariage pour tous. Elle est faite de gens qui ne sont pas concernés, mais qui luttent pour que d’autres gens qui, eux, sont concernés n’obtiennent pas ce qu’ils demandent. Une aberration ! Il est vrai qu’il y a dans l’ADN des églises quelque chose qui ressemble bien à cela. Ne se sont-elles pas donné beaucoup de mal pour faire prévaloir à travers le monde leur vérité[i] : croisade, inquisition, etc. Sans doute ce temps paraissait-il révolu avec les nouvelles relations entre les églises et l’œcuménisme, ces manifestations donnent à penser que leur naturel est revenu au galop.

 

N’est-ce pas aussi une partie du problème des révolutions égyptienne et tunisienne.

 

La technique brutale qui donne le pouvoir absolu à la majorité, l’inégalité des intelligences, des compétences et des fortunes, la rivalité des situations font que les lois quelle qu’elles soient,  quelles qu’en soient les intentions, bonnes ou mauvaises, ne sont que des béquilles qui permettent certes la station verticale, - et cela est nécessaire,-  mais elles ne forcent pas la marche en avant.

 

La première raison en est que les lois arrêtent les décisions et la vie bouge toujours, la deuxième raison est qu’elles ne peuvent avoir une vision universelle des choses.

 

L’important semble bien malgré tout, de garder une ouverture totale. Cette ouverture précisément qui reconnaît l’autre, proche ou lointain, qui le reconnaît comme autre, une autre vie, d’autres valeurs, d’autres intérêts, d’autres façons d’être, une ouverture qui accepte l’autre dans son étrangeté, qui à la limite ne s’oppose pas à être changé par lui, mais ne s’épuise pas à le changer, respectueux de la liberté et de l’authenticité de l’un et de l’autre. Toujours une richesse d’être à accueillir.

 

« Être plus, c’est s’unir d’avantage » disait Pierre Teillhard de Chardin (Le Phénomène humain, page 19)

 

 

 

 « Au village sans prétention
J'ai mauvaise réputation
Qu' je me démène ou qu' je reste coi
Je passe pour un je-ne-sais-quoi.
Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme
Mais les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux...
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux...
Tout le monde médit de moi
Sauf les muets, ça va de soi. »

 

Fernand COMTE

 

22 août 2013

 

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

 



[i] Pourtant à la question de Pilate « Qu’est-ce que la vérité ? » Jésus n’avait pas répondu. Voir Jean 18, 38.

 

 

La démocratie est en voie de disparition

 

Il y a eu le « Je vous ai compris » de De Gaulle le 4 juin 1958 suivi quelques jours après du « Vive l’Algérie française », des expressions sans ambigüité. Pourtant la politique qui a suivie a été menée de sang-froid et sans discussion par le même De Gaulle et elle était à l’opposé de ce qu’il avait dit, c’était l’ « Algérie algérienne ».

 

En 1990, Mitterrand dénonce les dictatures africaines. La France, dit-il « liera ses efforts de contribution à tous les efforts faits pour aller vers plus de liberté ». Et la même année, l’armée française s’installe au Rwanda et est complice en avril 1994, du gouvernement génocidaire qui a fait des millions de victimes. 

 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », c’était bien dit et c’était la phrase de Jacques Chiracprésident de la République française, devant l'assemblée plénière du IVe Sommet de la terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud. Phrase creuse puisqu’elle n’a donné aucun résultat.

 

Sarkozy disait le 23 septembre 2009, à New York : "La France s’est battue, pour que les paradis fiscaux, le secret bancaire, la fraude organisée, ce soit terminé. Les paradis fiscaux, la fraude bancaire, c’est terminé. Et je me battrai à Pittsburgh pour qu’il y ait des sanctions". Et badaboum en 2013, les paradis fiscaux sont toujours là. Quant aux sanctions on ne les a pas vues venir.

 

"Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire", a lancé François Hollande au Bourget. "Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera pas élu. Et pourtant, il gouverne", "Mon adversaire, c'est le monde de la finance". Il ajoutera même plus tard "Je renégocierai ce traité que je refuse de graver dans le marbre en privilégiant la croissance et l'emploi et en réorientant le rôle de la Banque centrale dans cette direction". Ce sont de belles phrases, c’est beau comme un monument. Du Cicéron je vous dis. La réalité fut moins belle. Le traité a été signé, le "pacte de croissance" n’est qu’un ajout symbolique puisqu’il n’y figure pas les euro-obligations (qui auraient permis une mutualisation de la dette souveraine) et  que le chef d'Etat français s'était fait fort d'obtenir de la Banque centrale d'investissement.

 

Faut-il donc que les promesses des politiciens ne soient jamais tenues ?

Ils se disent les représentants des citoyens et font le contraire de ce pour quoi ceux-ci les ont élus.

Alain disait « Dès qu’on se laisse gouverner, on est mal gouverné. » 

 

Nous avons même assisté au comble de cette trahison avec le traité établissant une constitution pour l'Europe (ne n’était pas un mince traité puisqu’il s’agissait d’une constitution) rejeté par  55 % des Français lors du référendum de 2005, mais approuvé en 2008 après une révision  de la Constitution française, par les soi-disant représentants des citoyens qui eux l’avaient rejeté. Comment peuvent-ils se dire encore les représentants des citoyens ?

 

Mais l’affaire ne s’arrête pas là, loin s’en faut.

Cette constitution européenne donne un énorme pouvoir à la commission, laquelle est constituée de gens nommés par les gouvernements, il est vrai acceptés par le parlement européen qui peut certes les refuser (c’est arrivé une fois) mais n’a pas la possibilité de les choisir. Les commissaires font serment de « ne solliciter ni accepter d’instructions d’aucun gouvernement, institution, organe ou organisme ». Ainsi ne sont-ils plus redevables devant le peuple souverain, mais seulement devant cette constitution européenne définitive. Définitive puisque la révision impose la règle de l’unanimité et faire l’unanimité de 27 pays semble d’emblée impossible. Ils s’y sont bien pris les libéraux. La constitution européenne est bien inscrite dans le marbre quoiqu’on dise.

 

Est inscrit aussi ainsi dans le marbre la « Concurrence libre et non faussée » qui met précisément en concurrence les entreprises et à travers elles les salariés, les salaires des salariés, les conditions de travail des salariés, les normes du droit du travail. Tout cela amène automatiquement un nivellement par le bas, puisque la concurrence ne joue que sur le profit et pas sur le reste. Et contre cette dérive, on ne peut rien dire la « concurrence libre et non faussée » est inscrite dans le marbre.

 

Il y a bien de temps en temps des réactions contre l’AGCS (Accord général sur le commerce des services), contre L’AMI (Accord Multilatéral sur l'Investissement), contre la directive Bolkestein et bien d’autres. Mais c’est seulement pour amuser la galerie et faire croire à un soupçon de démocratie. Car rien ne peut s’opposer à la constitution européenne et à la  « concurrence libre et non faussée » Alors l’on change les mots et l’on garde les choses. On ne dit plus AMI, ni directive Bolkestein, mais les directives restent les mêmes.

 

L’exemple le plus manifeste vient de nous arriver sur un plateau.

Un large mandat est donné à la Commission européenne pour ouvrir les négociations pour un accord de libre-échange avec les États-Unis. Il s’agit de s’attaquer aux barrières non tarifaires, principalement les normes et règlements, qui gênent les entreprises dans leurs stratégies de pénétration des marchés étrangers (comme par exemple le code du travail). Et cet accord doit permettre aux firmes (privées c’est-à-dire aux grosses sociétés d’actionnaires dont le pouvoir ne tient qu’à l’argent qu’ils possèdent)  de porter plainte contre les États et les collectivités territoriales qui, eux par contre, sont en principe détenteurs de la souveraineté populaire.  C’est la mise en cause de toutes les réglementations faites précisément pour protéger le citoyen. Un flagrant déni de démocratie !

 

Voyons d’ailleurs comment cela se passe dans les arcanes de la commission européenne. François Hollande a crié victoire quand il a cru avoir imposé l’ « exception culturelle » aux 26 autres gouvernements de l’UE à propos des tractations sur l’accord transatlantique. C’était beaucoup trop vite dit. Car « le commissaire Karel De Gucht, chargé de la négociation, a déjà annoncé qu’il se réservait le droit de « discuter » des questions culturelles si ses partenaires américains en faisaient la demande » (cf Bernard Cassen 1er juillet 2013).

 

Et voici comment aux votes des citoyens est substituée les décisions des grosses firmes multinationales.

« Les peuples une fois accoutumés à des maîtres ne sont plus en état de s’en passer. » disait déjà Jean Jacques Rousseau)

Et pendant ce temps il y a en France 50 % de sdf en plus en dix ans et que les 500 plus fortunés de France se sont enrichis de 25 % en un an (Le Monde du 10 juillet 2013).

 

 

« Vos citoyens, tout absorbés dans leurs occupations domestiques, et toujours froids sur le reste, ne songent à l’intérêt public que quand le leur propre est attaqué. Trop peu soigneux d’éclairer la conduite de leurs chefs, ils ne sentent les fers qu’on leur prépare que quand ils en sentent le poids. Toujours distraits, toujours trompés, toujours fixés sur d’autres objets, ils se laissent donner le change sur le plus important de tous, et vont toujours cherchant le remède, faute d’avoir su prévenir le mal. » (Toujours Jean-Jacques Rousseau dans Lettres écrites de la montagne, 1764)

Fernand COMTE

12 juillet 2013

Fernand@fernandcomte.fr

 

 

Le Gouvernement du peuple ?

Certes il n’y a pas de troupes étrangères dans nos rues, il n’y a pas de Kommandantur dans nos villes, pas de rafles, encore que certaines expulsions peuvent y ressembler. Tout cela est bel et bien vrai. Il reste que bien des décisions, sinon presque toutes, viennent non de Paris mais de Bruxelles, non d’un gouvernement démocratique mais d’un accord entre états. Ainsi un commissaire  nommé et non élu, pour le désigner on dira qu’il s’agit de Olli Rehn, commissaire chargé des affaires économiques, un commissaire - qui s’est même engagé « à exercer ses responsabilités en pleine indépendance […] et à ne solliciter ni accepter d’instructions d’aucun gouvernement, institution, organe ou organisme », ce commissaire exige de la France trois réformes « structurelles de grande ampleur ». Il s’agit du financement des retraites, pour ne pas parler de conditions moins avantageuses pour les retraités, de la diminution du coût du travail pour ne pas parler tout simplement de diminution du salaire et enfin de l’ouverture à la concurrence des biens et des services pour ne pas parler de privatisation des services publics.

Je sais : il y a le traité européen. Mais précisément les Français l’ont refusé, ce traité, en 2005, et s’il a été mis en application c’est à la suite de manipulations administratives grossières et indignes sans respecter du tout la volonté du peuple.

On ne peut que se rendre compte de l’énorme contraste ou plutôt l’énorme opposition entre ce qui se fait aujourd’hui en politique et la loi constitutionnelle française. Celle-ci dit dans son article 2 : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

-          Gouvernement du peuple, certes, 

-          gouvernement par le peuple, oui mais il y a tellement d’intermédiaires irresponsables que le peuple n’est pas entendu quand il n’est pas trahi purement et simplement par ses représentants, voire le traité européen,

-          gouvernement pour le peuple, là nous en sommes loin puisque les mesures prises ont précisément pour but de réduire les avantages que le peuple avait obtenus de longue date.

La comparaison avec une occupation par une armée étrangère peut paraître une caricature, pourtant quand les décisions viennent d’ailleurs, et aujourd’hui elles viennent d’une oligarchie internationale politico-financière qui n’a plus rien à voir avec le peuple, quand le pouvoir dépèce le pays au profit des intérêts financiers de quelques-uns, quand la souveraineté n’appartient plus à la nation, il y a bien quelque chose de comparable.

Quant au gouvernement de la France, irons-nous jusqu’à le considérer comme « Collaborateur » ?

En 1943, dans une situation grave, il a été formé le premier Conseil National de la Résistance, en 2013 n’est-il pas temps de former un nouveau Conseil National de la Résistance.

 

Fernand COMTE

10 mai 2013

Fernand@fernandcomte.fr

 

La démocratie

 

 

 

 

 

La démocratie est instable. Comment concilier en effet la souveraineté de l’individu et celle de la nation ? Car la démocratie suppose l’un et l’autre. Pas de démocratie sans liberté des citoyens, pas de démocratie sans prise de décision par les citoyens : « le gouvernement de tous » disaient les Grecs au cinquième siècle avant Jésus-Christ. Mais aussi pas de démocratie sans pouvoir central, sans décision s’imposant à tous, sans aliénation d’une façon ou d’une autre, peu ou prou, de l’individu. Aussi la démocratie est un terme de combat, combat contre tous les régimes depuis la monarchie absolue, son ennemie jurée, jusqu’aux constitutions qu’elle a elle-même inspirées. Parce qu’elle n’est jamais parfaite, la démocratie s’inscrit toujours contre.

 

Elle n’existe jamais vraiment car elle repose sur une contradiction, sur un équilibre fragile, toujours remis en question. Pour la nation, l’idéal serait des citoyens uniformes, pensant, agissant, réagissant, décidant de la même façon. Elle suppose l’égalité parfaite. En opposition l’épanouissement du citoyen, sa véritable nature, se nourrit de création, de personnalisation, de différence. égalité parfaite et liberté totale ne peuvent aller ensemble et la raison révolutionnaire s’est ingéniée à trouver des solutions à ce dilemme : elle n’a cessé d’aller d’un bord à l’autre.

 

La démocratie est donc contraire à la raison raisonnante. Pas de système rationnel, pas de formule magique qui pourrait résoudre tous les problèmes. La démocratie agit par tâtonnement, essais et erreurs. Elle ne s’installe jamais, elle est toujours en marche. Sans doute s’appuie-t-elle sur quelques principes : la sauvegarde, l’intégrité et le respect de l’individu en même temps que la réalisation d’une société équilibrée. C’est tout beau, un vrai paradis. Mais ces principes sont abstraits et, quand on veut en venir aux applications concrètes, les divergences se multiplient, les désaccords deviennent flagrants. Et chacun de restreindre les principes si beaux aux applications partielles et partiales qu‘il propose. Il n’y a pas de théorie de la démocratie

 

La démocratie ne peut se réaliser qu’en tenant ferme les deux bouts de la chaîne, qu’en ayant les yeux fixés avec la même intensité sur chacun des éléments et sur l’ensemble social pour les conserver l’un et l’autre intacts et épanouis. Aucune mesure, aucune procédure, aucune politique, aucun droit ne peut rendre parfaite cette démarche. Seule l’attention, la préoccupation, l’intention manifeste, la volonté permanente peut faire avancer. Le formalisme ne sert à rien, l’état d’esprit, l’expérience, la pratique sont essentielles.

 

 

 

                                                                                              Fernand COMTE

 

                                                                                              jeudi 23 février 2006

 

 

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Commentaires

16.01 | 21:50

je regarde ton blog ce soir
c'est bon pour moi: tu y es bien
avant je ne le faisais pas

...
26.07 | 19:16

Je viens de lire un peu plus tes articles. j'ai ouvert le blog. Ils mettent en mots, en ordre les pensées que j'essaie d'ébaucher. je vais continuer.

...
13.08 | 01:08

Bonsoir Fernand, c'est avec plaisir que je viens de decouvrir votre blog. Amities, Lucian

...
13.01 | 20:53

bonsoir Fernand. J'ai lu hier votre magistrale démonstration sur l'endettement et ce soir vos voeux de 2014. Cela m'a beaucoup touchée.

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